Garder confiance en l’avenir

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par Denis Ramspacher, président de la FDSEA du Bas-Rhin

Une fois de plus, l’année qui s’achève aura mis les nerfs des agriculteurs à rude épreuve. La succession d’un hiver sans gel, d'un printemps sec puis d'un été très arrosé a perturbé tous les travaux. Malgré nos craintes au moment la mise en place des cultures, les rendements ont été corrects. En revanche, les prix ont complètement décroché. Si cela a permis une baisse du coût de l’alimentation animale, notamment pour le porc et la volaille, le revenu de la plupart des secteurs d’élevage est resté en berne, à l’exception de la filière laitière. Les prévisions de revenu agricole 2014 publiées par le ministère de l’Agriculture il y a  dix jours confirment cette morosité. Le revenu moyen des exploitations françaises a baissé de 5 % en 2014 avec un décrochage très fort pour les grandes cultures et l’arboriculture fruitière.

En plus de cette morosité économique et des difficultés qui vont se faire sentir en 2015, notre profession est confrontée à une crise morale sans précédent liée à la surenchère réglementaire et à l’accumulation de contraintes. Sans cesse, l’agriculture est pointée du doigt, un peu comme si nous ne faisions pas correctement notre métier. Pourtant, agricultrices et agriculteurs prennent à cœur ce qu’ils font, comme aucun autre métier, et ne comptent pas les heures. C’est à croire que la société est devenue amnésique. Les agriculteurs produisent pour nourrir le monde, mais il n’y a plus aucune reconnaissance en retour. Évidemment que nous devons continuer à faire des efforts pour préserver l’environnement ! Les agriculteurs ne sont pas moins soucieux que les autres de transmettre à leurs enfants une terre qui leur permettra de vivre sainement. Mais le harcèlement dont nous sommes victimes aujourd’hui doit cesser ! Par exemple, la qualité de l’eau s’améliore globalement dans notre région, mais l’administration estime nécessaire de donner un tour de vis supplémentaire à la directive nitrates. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de voir monter la colère et l’exaspération des agriculteurs face aux ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, ainsi qu’à leur administration. Le plus incompréhensible est que notre pays va mal mais qu’on continue de charger la barque !

Remettre l’économie au cœur des priorités

Cette colère s’est exprimée lors de la journée nationale d’action du 5 novembre dernier. La forte mobilisation dans le département, pour laquelle je tiens une nouvelle fois à vous remercier toutes et tous, a permis certaines avancées. Nous en avons longuement débattu avec vous lors des réunions cantonales qui viennent de s’achever. Grâce à cette mobilisation forte et déterminée, ce qui n’était pas possible le devient. Le nouveau zonage de la directive nitrates va bouger. Le recours gagné par la FDSEA devant le tribunal administratif de Strasbourg y a nettement contribué. L’écotaxe a été supprimée, les sanctions contre les pratiques abusives des GMS sont renforcées. Le versement anticipé des aides Pac a fonctionné et l’État reconnaît l’urgence de traiter la question des contrôles en agriculture de manière plus simple et coordonnée. Le ministère de l’Agriculture va diffuser un guide pour promouvoir l’origine France dans les marchés publics de la restauration collective.

Sur ces sujets, nous avons eu de vraies victoires syndicales. Pour autant, nous continuerons à travailler avec vigilance, avec fermeté et sans concession pour faire bouger les lignes et atteindre nos objectifs. Les chantiers sont nombreux. Il est important qu’ils avancent rapidement, particulièrement ici en Alsace, car nos exploitations vont être confrontées à la convergence et donc à une diminution des aides. Pour une majorité d’agriculteurs alsaciens, les aides du premier pilier de la Pac vont diminuer, en plus d’être conditionnées au verdissement. Il est d’autant plus important que les aides du second pilier aient une vocation économique. Les discussions en cours avec la Région, devenue autorité de gestion des aides européennes du second pilier, les conseils généraux et les autres partenaires comme l’agence de l’eau doivent impérativement intégrer cette réalité. Nous demandons que les aides de modernisation du plan bâtiment, du PVE et du PPE deviennent de vraies aides économiques. Il faut arrêter une fois pour toute de rajouter des contraintes environnementales en les justifiant par la nécessité d’aller vers une agriculture plus durable. N’oublions pas que dans la notion de durabilité, à côté de l’environnement et du social, il y a aussi l’économique ! Trop de contraintes tuent l’agriculture et plus généralement toute activité de production. Car sans rentabilité économique, point d’avenir durable ! Il serait temps que certains de nos dirigeants nationaux et régionaux se rendent enfin compte qu’ils scient la branche sur laquelle ils sont assis !

Mettre fin à la surenchère réglementaire et environnementale

S’agissant du verdissement et des autres règles à caractère environnemental, il faut que la France arrête de sur-transposer les directives européennes. J’en veux pour preuve l’interdiction d’épandage de tout fertilisant minéral et organique sur les parcelles en pente initialement proposée par le ministère dans le programme d’actions national de la directive nitrates. Lors d’une sortie sur le terrain initiée par la FNSEA, la Direction générale de l’environnement de la Commission européenne a indiqué qu’elle n’exigeait pas une telle interdiction mais seulement que des dispositions soient prises pour éviter des pertes. Il en est de même pour les contrôles. On a vraiment l’impression que ceux qui les réalisent partent du principe que les agriculteurs cherchent à frauder. Ce climat de suspicion exaspère les agriculteurs.

L‘agriculture étant de plus en plus soumise à la volatilité des prix et aux aléas climatiques, nous demandons aussi que de vrais outils de lissage des charges fiscales et sociales soient mis en place. Nos trésoreries sont tendues, certaines exploitations auront des difficultés à faire face aux échéances MSA et fiscales à venir, basées, elles, sur de meilleures années. Ainsi, lorsque les marchés sont rémunérateurs, il faudrait pouvoir disposer d’outils plus efficaces que les actuels DPI/DPA pour réaliser des provisions et les réintégrer lorsque la situation s’inverse.

Ensuite, n’oublions pas que notre revenu se compose d’abord du prix. Le prix payé au producteur est trop souvent considéré comme la variable d’ajustement dans la chaîne allant du producteur au consommateur. Cela n’est pas acceptable. Chacun à son niveau doit pouvoir vivre de son travail et il est scandaleux de voir parfois la marge confisquée par l’aval, la distribution en particulier. Nous militons pour une meilleure contractualisation entre les différents maillons. Celle-ci doit porter tant sur les prix que sur les volumes. Dans le secteur du lait en 2015 et du sucre deux ans plus tard, le régime des quotas prendra fin. Il est important que nous trouvions un nouveau mode de contractualisation qui ne désavantage pas le producteur. Par exemple, le nouveau contrat proposé par Alsace Lait va dans le bon sens, mais il faudra veiller à ce que le producteur qui n’atteindrait pas son objectif de production suite à un problème sur son exploitation ne soit pas injustement pénalisé.

Produire français pour manger français

Enfin, dans notre pays qui revendique la première place européenne pour son agriculture, il est important de réaffirmer que nous voulons produire français pour manger français. Au-delà du slogan, cela doit se traduire en actes : à l’exigence qualitative des consommateurs devrait s'ajouter l’exigence de la proximité de production. Et il faudra aussi que le consommateur ait vraiment le choix. C’est pourquoi nous appelons la distribution, mais aussi les entreprises et collectivités qui passent des appels d’offre pour la restauration hors domicile à être plus exigeants sur la provenance des produits. En faisant cela elles feraient «d’une pierre trois coups » : ce serait bon pour l’économie locale, bon pour l’emploi local et bon pour l’environnement car il y aurait moins de transport. Bref, ce serait tout bon pour la durabilité !

A l’inverse, on peut légitimement s’interroger sur la « durabilité » de la réforme territoriale qui vient d’être actée par le gouvernement. Une chose est sûre, dans cette grande région Alsace-Lorraine-Champagne Ardennes, les centres décisionnels seront plus éloignés et nous perdrons en efficacité. J’espère me tromper dans cette analyse car c’est bien de plus de proximité dont nous avons besoin !

Vous l’aurez compris, l’ingrédient principal de la recette qui permettra de sortir le pays de l’impasse repose sur l’économie. Cela vaut tant pour l’agriculture que pour les autres secteurs d’activité. L’assemblée générale de la FDSEA qui se tiendra le 6 février prochain à Brumath abordera cette question de fond avec la participation de Philippe Mangin, président de Coop de France.

L’agriculture et l’agroalimentaire doivent engager un vigoureux effort de compétitivité. Elles ne pourront le faire seule. Elles n’y parviendront que si les pouvoirs publics reprennent à leur compte les revendications que je viens d’évoquer précédemment. Le gouvernement a exprimé des intentions qui vont dans le bon sens. Reste à les concrétiser sans trop tarder. La FDSEA et le réseau FNSEA y travaillent et y veilleront. S’il le faut, nous n’hésiterons pas à nous mobiliser à nouveau. Nous croyons en notre métier. Nous croyons en la capacité des agricultrices et des agriculteurs, jeunes et aînés, à être plus forts ensemble et rebondir face aux difficultés. Même si les temps sont durs, j’invite chacune et chacun d’entre vous à garder confiance en l’avenir. C’est avec cette confiance en l’avenir et la conviction que nous réussirons ensemble à relever les défis que je vous souhaite à toutes et à tous une joyeuse fête de Noël et une bonne année 2015.

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