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    Actualité Syndicale / 2006 / 09
 
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  29/9/2006
  Deux jours pour l'avenir du maïs


Maïs au futur

Deux jours pour l'avenir du maïs

Les producteurs de maïs avaient organisé deux jours de démonstrations et de conférences pour parler des nouvelles techniques et de la culture du maïs. Les participants ont commencé par manifester dans les rues de Pau pour défendre une agriculture à vocation productive et le droit d'utiliser tous les moyens techniques modernes.

Toute la filière maïs était réunie les 20 et 21 septembre, sur l'agrosite de Pau, dans le Sud-Ouest, dans le cadre de l'évènement "maïs au futur". Sur 7 hectares , à travers un circuit de seize ateliers, des démonstrations de matériels et de nombreuses parcelles expérimentales, les participants ont pu découvrir les innovations applicables à la production de maïs. L'ensemble de la filière, avec notamment les principales entreprises d'agro-fourniture, ont soutenu la manifestation. Les avancées techniques concernant la culture du maïs sont nombreuses, avec l'utilisation de semences génétiquement modifiés (OGM), mais aussi l'utilisation de l'informatique et des satellites pour piloter les interventions culturales, le développement des utilisations industrielles et énergétiques du maïs, ainsi que de nombreux outils proposés par Arvalis - Institut du végétal, pour optimiser les itinéraires techniques.


Photo : 7 hectares étaient consacrés au maïs sous tous ses aspects.

Parmi les outils présentés, Farmstar, système informatique basé sur l'utilisation d'images satellites, permet notamment de piloter l'utilisation des intrants et la surveillance des cultures à l'échelle de la parcelle, grâce à des informations précises ainsi que des conseils élaborés par Arvalis. Utilisé dans les grandes plaines céréalières et pour la première fois en 2006 dans le Sud-Ouest, rien ne s'oppose à ce que le système soit adapté à l'Alsace, même si les parcelles culturales de petite taille rendent le système plus difficile à utiliser.

Plusieurs stands ont expliqué l'utilisation des biotechnologies pour accélérer la sélection variétale. A travers l'utilisation de l'analyse génétique on peut par exemple détecter la présence ou non d'un gène particulier, sans avoir besoin de cultiver la plante, ce qui permet de gagner beaucoup de temps dans le processus de sélection. C'est la sélection par marqueurs génétiques. Des parcelles de maïs OGM résistant à la pyrale (maïs Bt) étaient également présentées, puisque dans le Sud-Ouest, 4 à 5 000 ha ont été plantés cette année à destination du marché espagnol de l'alimentation animale. D'après Claude Ménara, agriculteur qui cultive 350 ha de maïs dans le Lot et Garonne, "l'utilisation des OGM résistant à la pyrale, permet de gagner une dizaine de quintaux, avec des risques sanitaires moindres, notamment en ce qui concerne les mycotoxines". En contrepartie, le surcoût à l'achat des semences est d'environ 40 €/ha, soit l'équivalent d'environ 4 quintaux, et certaines règles doivent être respectées. Sur ce point, l'AGPM et Arvalis ont présenté tout le travail d'expérimentation mené afin de définir le cadre de la coexistence des cultures de maïs OGM et conventionnel, et de démontrer qu'elle est possible. Il faut notamment mettre en place autour de chaque parcelle de maïs Bt, une bande en maïs conventionnel correspondant à 20% de la surface de la parcelle OGM, pour éviter les phénomènes de résistance et la contamination des parcelles voisines. A tous les stades de production (semis, récolte, transport, séchage/stockage), il faut en outre séparer les lots de maïs OGM et conventionnel. "L'expérience menée dans le Sud-Ouest mérite que l'on s'y intéresse, même si le cas de l'Alsace, où le maïs est principalement destiné à l'alimentation humaine, est très différent" a fait remarquer Marc Moser, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin et administrateur de l'AGPM.

Outre les biocarburants et l'utilisation dans la chimie verte, les cultures peuvent servir à produire du biogaz générateur de chaleur et/ou d'électricité. Le maïs a des atouts pour ce débouché. Les sélectionneurs sont d'ailleurs en train de travailler à l'obtention de variétés géantes optimisées pour la production de matière sèche (jusqu'à 30 tonnes/ha). Ces variétés auront un cycle végétatif allongé et seront sélectionnées pour mieux résister au froid. Concernant les unités de méthanisation, une grande partie des références technico-économiques présentées à Pau proviennent d'Allemagne, et les connaissances Bas-Rhinoises sur le sujet avaient peu de choses à envier à ce qui a été présenté.

A travers la plateforme technique mise en place pour l'évènement "mais au futur", la filière maïs a su communiquer sur de très nombreux aspects, de manière concrète et technique, en posant certains débats qui animent la société. En effet, parmi les multiples innovations présentées se trouvent certainement des technologies qui pourront à l'avenir résoudre certains problèmes auxquels sont confrontés les producteurs de maïs.

 

Près de 2000 agriculteurs à Pau expriment avec force leur " ras-le-bol "

Près de 2000 agriculteurs réunis par l'AGPM (producteurs de maïs), Orama, la FNSEA et les JA ont exprimé à Pau, le 20 septembre, leur " ras-le-bol " face aux attaques dont ils sont l'objet mettant en cause " tout ce qui constitue l'acte de production ". " Notre métier est menacé " et " l'agriculture économique est attaquée ", a lancé en tribune Christophe Terrain, président de l'AGPM, qui considère que " les OGM ne sont qu'un nouvel outil de production" et que "les politiques doivent prendre les bonnes décisions". Il constate qu'en termes d'interdictions de produits phytosanitaires, les agriculteurs sont "agronomiquement au bord du naufrage " et il demande une égalité de traitement avec les autres pays d'Europe.

Philippe Pinta, président d'Orama a défendu le droit pour les producteurs d'"utiliser des produits phytosanitaires pour produire des aliments de qualité répondant aux attentes du marché", rappelant que les exploitations agricoles " doivent accéder aux innovations ". Didier Marteau, représentant la FNSEA a rappelé que les agriculteurs veulent "se faire entendre dans la transparence". "On importe des OGM et on nous interdit de les cultiver en France" dénonce-t-il, ajoutant "si notre recherche [sur les OGM] s'en va à l'étranger, nous serons de plus en plus dépendants d'autres pays".

Au sujet de l'irrigation, Christophe Terrain demande que " cesse la diabolisation : nous utilisons l'eau à bon escient. La vraie question est le stockage ". A ce propos, Daniel Martin, président de l'AGPM irrigants, a rappelé que le maïs ne représente que 40% des surfaces irriguées en France et que "dans tous les pays où des efforts ont été faits pour stocker l'eau, on a beaucoup moins de problèmes et de conflits d'usage". L'Inra " qui a viré au politiquement correct sur les phytosanitaires " est aussi épinglée : une pétition mentionnant que l'agriculture française " doit disposer des moyens de production comme en bénéficient tous les grands pays agricoles " a été remise au préfet.

Photo : Les manifestants protestaient notamment contre l'arrachage des champs de maïs OGM et les attaques contre le maïs, les produits phytosanitaires et l'irrigation.

 

Irrigation et stockage de l'eau : l'exemple du barrage-réservoir du Gabas

La section irrigants de l'AGPM avait organisé une visite du barrage-réservoir du Gabas, achevé récemment, qui permet de stocker l'eau durant l'hiver, pour l'utiliser en été, notamment pour irriguer les cultures, mais également pour alimenter les cours d'eau lorsque leur débit est trop faible, et ainsi contribuer à la préservation de la faune piscicole. Il faut dire que l'eau est une denrée précieuse dans la région de Pau, et que les maïsiculteurs doivent régulièrement faire face à des restrictions de l'irrigation.


Le réservoir représente 245 ha et 20 millions de m3 d'eau.

Achevé en 2005, le barrage-réservoir est géré par une structure créée pour cela, l'institution Adour, regroupant l'ensemble des gestionnaires du site (administrations, collectivités, agriculteurs, pêcheurs...). L'ensemble des coûts de construction, plus de 33 millions d'euros, ont été pris en charge par les collectivités, l'Etat, l'Agence de l'Eau et l'Union Européenne. L'ouvrage a une capacité de stockage de 20 millions de m3. Le fonctionnement est assuré par une contribution des agriculteurs, à hauteur de 2,6 centimes par m3 prélevé. Chaque agriculteur se voit attribuer un droit d'eau correspondant à ses besoins, en fonction de la quantité d'eau existant dans le réservoir et des besoins nécessaires pour le soutient des débits des cours d'eau. L'ensemble du site a une emprise foncière de 245 ha et a nécessité un remembrement.

Marc Moser et Christian Schneider, qui n'ont rien manqué de la visite, se sont mis à imaginer de transférer cette expérience en Alsace. "On pourrait créer des réservoirs semblables dans le piémont ou la montagne, pour alimenter les cours d'eau et permettre aux agriculteurs d'irriguer lorsqu'ils sont trop loin de la nappe phréatique". Alors que les restrictions à l'irrigation dans les cours d'eau sont de plus en plus fréquentes, cela pourrait effectivement être une réelle solution aux problèmes de manque d'eau, aussi bien pour l'agriculture que pour les milieux naturels.


La salle des machines avec les pompes permettant d'envoyer de l'eau dans différents cours d'eau.

 

 

P.O.

 


Source : FDSEA du Bas-Rhin
Auteur : Philippe OSSWALD

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