Maïs au futur
Deux jours pour l'avenir du maïs
Les
producteurs de maïs avaient organisé deux jours de démonstrations et de
conférences pour parler des nouvelles techniques et de la culture du maïs. Les
participants ont commencé par manifester dans les rues de Pau pour défendre une
agriculture à vocation productive et le droit d'utiliser tous les moyens
techniques modernes.
Toute la filière maïs était
réunie les 20 et 21 septembre, sur l'agrosite de Pau, dans le Sud-Ouest, dans le
cadre de l'évènement "maïs au futur". Sur
7 hectares , à travers un circuit de seize ateliers, des
démonstrations de matériels et de nombreuses parcelles expérimentales, les
participants ont pu découvrir les innovations applicables à la production de
maïs. L'ensemble de la filière, avec notamment les principales entreprises
d'agro-fourniture, ont soutenu
la manifestation. Les
avancées techniques concernant la culture du maïs sont nombreuses, avec
l'utilisation de semences génétiquement modifiés (OGM), mais aussi l'utilisation
de l'informatique et des satellites pour piloter les interventions culturales,
le développement des utilisations industrielles et énergétiques du maïs, ainsi
que de nombreux outils proposés par Arvalis - Institut du végétal, pour
optimiser les itinéraires techniques.

Photo : 7
hectares étaient consacrés au maïs sous tous ses
aspects.
Parmi les outils présentés, Farmstar, système informatique basé sur
l'utilisation d'images satellites, permet notamment de piloter l'utilisation des
intrants et la surveillance des cultures à l'échelle de la parcelle, grâce à des
informations précises ainsi que des conseils élaborés par Arvalis. Utilisé dans
les grandes plaines céréalières et pour la première fois en 2006 dans le
Sud-Ouest, rien ne s'oppose à ce que le système soit adapté à l'Alsace, même si
les parcelles culturales de petite taille rendent le système plus difficile à
utiliser.
Plusieurs stands ont expliqué l'utilisation des biotechnologies pour
accélérer la sélection variétale. A travers l'utilisation de l'analyse génétique
on peut par exemple détecter la présence ou non d'un gène particulier, sans
avoir besoin de cultiver la plante, ce qui permet de gagner beaucoup de temps
dans le processus de sélection. C'est la sélection par marqueurs génétiques. Des
parcelles de maïs OGM résistant à la pyrale (maïs Bt) étaient également
présentées, puisque dans le Sud-Ouest, 4 à 5 000 ha ont été plantés cette
année à destination du marché espagnol de l'alimentation animale. D'après Claude
Ménara, agriculteur qui cultive 350 ha de maïs dans le Lot et Garonne,
"l'utilisation des OGM résistant à la
pyrale, permet de gagner une dizaine de quintaux, avec des risques sanitaires
moindres, notamment en ce qui concerne les mycotoxines". En contrepartie, le
surcoût à l'achat des semences est d'environ 40 €/ha, soit l'équivalent
d'environ 4 quintaux, et certaines règles doivent être respectées. Sur ce point,
l'AGPM et Arvalis ont présenté tout le travail d'expérimentation mené afin de
définir le cadre de la coexistence des cultures de maïs OGM et conventionnel, et
de démontrer qu'elle est possible. Il faut notamment mettre en place autour de
chaque parcelle de maïs Bt, une bande en maïs conventionnel correspondant à 20%
de la surface de la
parcelle OGM, pour éviter les phénomènes de résistance et la
contamination des parcelles voisines. A tous les stades de production (semis,
récolte, transport, séchage/stockage), il faut en outre séparer les lots de maïs
OGM et conventionnel. "L'expérience menée
dans le Sud-Ouest mérite que l'on s'y intéresse, même si le cas de l'Alsace, où
le maïs est principalement destiné à l'alimentation humaine, est très
différent" a fait remarquer Marc Moser, secrétaire général de la
FDSEA du Bas-Rhin et administrateur de l'AGPM.
Outre les biocarburants et
l'utilisation dans la chimie verte, les cultures peuvent servir à produire du
biogaz générateur de chaleur et/ou d'électricité. Le maïs a des atouts pour ce
débouché. Les sélectionneurs sont d'ailleurs en train de travailler à
l'obtention de variétés géantes optimisées pour la production de matière sèche
(jusqu'à 30 tonnes/ha). Ces variétés auront un cycle végétatif allongé et seront
sélectionnées pour mieux résister au froid. Concernant les unités de
méthanisation, une grande partie des références technico-économiques présentées
à Pau proviennent d'Allemagne, et les connaissances Bas-Rhinoises sur le sujet
avaient peu de choses à envier à ce qui a été présenté.
A travers la plateforme technique mise en place pour l'évènement "mais au
futur", la filière maïs a su communiquer sur de très nombreux aspects, de
manière concrète et technique, en posant certains débats qui animent
la société. En effet, parmi les multiples innovations présentées se
trouvent certainement des technologies qui pourront à l'avenir résoudre certains
problèmes auxquels sont confrontés les producteurs de maïs.
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Près de 2000 agriculteurs à Pau expriment avec
force leur " ras-le-bol "
Près de 2000 agriculteurs réunis par l'AGPM
(producteurs de maïs), Orama, la FNSEA et les JA ont exprimé à Pau, le 20
septembre, leur " ras-le-bol " face aux attaques dont ils sont l'objet
mettant en cause " tout ce qui constitue l'acte de production ". "
Notre métier est menacé " et " l'agriculture économique est
attaquée ", a lancé en tribune Christophe Terrain, président de
l'AGPM, qui considère que " les OGM ne sont qu'un nouvel outil de
production" et que "les
politiques doivent prendre les bonnes décisions". Il constate
qu'en termes d'interdictions de produits phytosanitaires, les agriculteurs
sont "agronomiquement au bord du naufrage " et il
demande une égalité de traitement avec les autres pays
d'Europe.
Philippe Pinta, président d'Orama a défendu
le droit pour les producteurs d'"utiliser des produits phytosanitaires
pour produire des aliments de qualité répondant aux attentes du
marché", rappelant que les exploitations agricoles " doivent
accéder aux innovations ". Didier Marteau, représentant la FNSEA a
rappelé que les agriculteurs veulent "se faire entendre dans la
transparence". "On importe des
OGM et on nous interdit de les cultiver en France" dénonce-t-il,
ajoutant "si notre recherche
[sur les OGM] s'en va à l'étranger,
nous serons de plus en plus dépendants d'autres pays".
Au sujet de l'irrigation, Christophe Terrain
demande que " cesse la diabolisation : nous utilisons l'eau à bon
escient. La vraie question est le stockage ". A ce propos, Daniel
Martin, président de l'AGPM irrigants, a rappelé que le maïs ne représente
que 40% des surfaces irriguées en France et que "dans tous les pays où des efforts ont
été faits pour stocker l'eau, on a beaucoup moins de problèmes et de
conflits d'usage". L'Inra " qui a viré au politiquement correct sur
les phytosanitaires " est aussi épinglée : une pétition mentionnant
que l'agriculture française " doit disposer des moyens de production comme
en bénéficient tous les grands pays agricoles " a été remise au
préfet.
Photo : Les manifestants protestaient
notamment contre l'arrachage des champs de maïs OGM et les attaques contre
le maïs, les produits phytosanitaires et
l'irrigation. |
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Irrigation et stockage de l'eau : l'exemple du
barrage-réservoir du Gabas
La section irrigants de l'AGPM avait
organisé une visite du barrage-réservoir du Gabas, achevé récemment, qui
permet de stocker l'eau durant l'hiver, pour l'utiliser en été, notamment
pour irriguer les cultures, mais également pour alimenter les cours d'eau
lorsque leur débit est trop faible, et ainsi contribuer à la préservation
de la faune piscicole. Il faut dire que l'eau est une denrée précieuse
dans la région de Pau, et que les maïsiculteurs doivent régulièrement
faire face à des restrictions de l'irrigation.
 Le
réservoir représente 245 ha et 20 millions de m3 d'eau.
Achevé en 2005, le barrage-réservoir est
géré par une structure créée pour cela, l'institution Adour, regroupant
l'ensemble des gestionnaires du site (administrations, collectivités,
agriculteurs, pêcheurs...). L'ensemble des coûts de construction, plus de 33
millions d'euros, ont été pris en charge par les collectivités, l'Etat,
l'Agence de l'Eau et l'Union Européenne. L'ouvrage a une capacité de
stockage de 20 millions de m3. Le fonctionnement est assuré par
une contribution des agriculteurs, à hauteur de 2,6 centimes par
m3 prélevé. Chaque agriculteur se voit attribuer un droit d'eau
correspondant à ses besoins, en fonction de la quantité d'eau existant
dans le réservoir et des besoins nécessaires pour le soutient des débits
des cours d'eau. L'ensemble du site a une emprise foncière de
245 ha et a nécessité un remembrement.
Marc Moser et Christian Schneider, qui n'ont
rien manqué de la visite, se sont mis à imaginer de transférer cette
expérience en Alsace. "On pourrait
créer des réservoirs semblables dans le piémont ou la montagne, pour
alimenter les cours d'eau et permettre aux agriculteurs d'irriguer
lorsqu'ils sont trop loin de la nappe phréatique". Alors que les
restrictions à l'irrigation dans les cours d'eau sont de plus en plus
fréquentes, cela pourrait effectivement être une réelle solution aux
problèmes de manque d'eau, aussi bien pour l'agriculture que pour les
milieux naturels.
 La salle des machines avec les pompes permettant
d'envoyer de l'eau dans différents cours d'eau.
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P.O.