Sommet du Végétal
Le monde a de nouveau besoin de nous !
Une certaine euphorie était palpable lors du congrès des associations
spécialisées en grandes cultures, regroupées au sein d'ORAMA, qui s'est tenu
à Tours les 19 et 20 septembre. Mais ce n'est pas tant la flambée des cours,
peut être passagère, qui a redonné le moral aux producteurs, que le sentiment
de redevenir indispensables face à une demande de matières premières végétales
en pleine croissance.
Pour les producteurs de céréales, la conjoncture actuelle est marquée par
des niveaux de prix sans commune mesure avec ceux qui prévalaient ces dernières
années."L'augmentation des prix arrive au bon moment pour nous redonner
un peu d'oxygène et un sens à notre travail" résume Philippe Pinta,
président d'Orama qui tempère "le prix moyen sur la campagne sera
plus bas que le prix actuel, d'autant que 75% de la production était déjà vendue
avant la récolte".
Un ciel dégagé
Lors d'une table ronde consacrée à ce sujet, Martin Von Lampe, économiste de
l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique, regroupant
les pays industrialisés) a présenté les conclusions des études réalisées
avec la FAO (Agence des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture). "D'après
nos prévisions, les prix des céréales devraient se maintenir à un niveau
élevé, mais c'est dû principalement à une augmentation de la demande alimentaire
plutôt qu'à l'impact des biocarburants". En effet, des pays émergents
très peuplés comme l'Inde et la Chine se développent et leur population consomme
plus de viande. Sachant qu'il faut près de 10kg de fourrages et de céréales
pour produire 1 kg de viande, la demande en céréales augmente. Pour Philippe
Chalmain, président du bureau d'étude Cyclope, "nous sommes désormais
en prise directe avec le prix mondial et la variabilité des prix va s'amplifier
: certains jours ils seront rémunérateurs, d'autres jours ils ne le seront
plus" prédit-t-il, "il faudra trouver des moyens pour gérer ce
risque". Cela pourrait notamment prendre la forme d'une assurance
récolte renforcée, prenant en compte les fortes variations de prix, ou du
système de dotation pour aléas, permettant de défiscaliser certains bénéfices
des exploitations, pour couvrir des pertes lors d'une mauvaise année. Pour
Christophe Terrain, président des producteurs de maïs, "à l'avenir,
le rôle de la PAC devra être de gérer les variations climatiques et économiques
pour que nous puissions inscrire nos entreprises dans le long terme".
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| De gauche à droite : Xavier Beulin, président de la FOP (oléagineux),
Philippe Pinta, président d'ORAMA, et Christoph Terrain, président de l'AGPM
(maïs). |
Entre Grenelle et réforme de la PAC: les nuages s'accumulent à l'horizon
Outre le développement de la fièvre catarrhale et les négociations à l'OMC,
Jean Michel Lemétayer est revenu sur les assises de l'agriculture qui se
tiendront prochainement pour préparer le bilan de santé de la PAC. "L'Europe
devra se poser la question de ce qu'elle attend de son agriculture, et ensuite
seulement mettre les moyens correspondants, et non pas réformer uniquement
pour des questions budgétaires ou de compatibilité avec l'OMC" a
indiqué le président de la FNSEA. "Notre rôle reste bien de nourrir
la population et de répondre aux défis environnementaux et de qualité des
produits" a-t-il ajouté, "et tout cela a un prix !".
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| Jean Michel Lemétayer : Notre rôle est de nourrir la population
et de répondre aux défis environnementaux et de qualité des produits. |
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Le Grenelle de l’environnement a également occupé l’assemblée, preuve des
inquiétudes des agriculteurs. Parmi les différents sujets évoqués, le dossier
des produits phytosanitaires a retenu une bonne partie de l’attention. Selon
ceux qui participent aux groupes du travail du Grenelle, c’est le second sujet
le plus épineux après les OGM. Les dirigeants d’Orama veulent éviter à tout
prix une réduction des quantités de matière active utilisées. En contrepartie,
ils se disent prêts à construire des démarches de progrès. « Les assises
de l’agriculture sont le lieu où l’on pourra reparler de ces choses-là »,
a jugé Christophe Terrain, pour qui ces exigences précises ne peuvent être
discutées dans un débat du type Grenelle.
Concernant les OGM, la découverte le matin même d’un article sur le site internet
du quotidien Le Monde intitulé « La France s’oriente vers un gel
des cultures OGM » a donné lieu à une réaction excédée de Philippe Pinta,
président d'ORAMA. Dans ce texte, Jean-Louis Borloo affirme : « Sur les
OGM tout le monde est d’accord : on ne peut pas contrôler la dissémination.
Donc on ne va pas prendre le risque ». Une annonce irrecevable pour les
professionnels, alors que les groupes de travail n’ont pas terminé de se réunir.
Inutile de s’étonner des sifflets qui ont accueilli le ministre de l’Agriculture,
venu clôturer ce sommet. Que celui-ci ait démenti les propos de son confrère
n’y a rien changé. Les producteurs de grandes cultures ont décidé pour l’heure
de se retirer des réunions du Grenelle de l’environnement. En attendant que
le gouvernement leur donne des explications.
Un avenir pourtant prometteur.
L'avenir des grandes cultures a fait l'objet d'une table ronde réunissant des
économistes et des chercheurs qui ont cherché à comprendre les évolutions
en cours, tant du point de vue de la demande et des marchés, que des technologies.
Hosein Shapouri, de l'USDA (Le Département agricole américain), a donné quelques
chiffres sur le développement des biocarburants aux Etats-Unis. 129 usines
d'éthanol ont été construites et 76 nouvelles usines sont prévues. Cela représente
une capacité de 50 millions de tonnes à l'horizon 2010. Par contre, la production
de biodiesel ne représente que 4,4 millions de tonnes, ce qui s'explique par
la faible utilisation de ce carburant dans ce pays. "Le Congrès américain
estime que la production de biocarburants devrait atteindre 130 millions de
tonnes d'ici 2017" ajoute Jean-Christophe Debar, président de Pluriagri. "Entre
50 et 80 millions de tonnes sont consacrées à la production de biocarburants
aux Etats-Unis" précise Bruno Hot, directeur de l'ONIGC.
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Dans les couloirs, on parle beaucoup de Diabrotica
Le sommet du végétal a été l'occasion pour les représentants des
régions touchées par la chrysomèle, d'échanger sur les mesures de lutte
qui s'appliquent et de multiplier les rencontres, notamment avec la
DGAL (Direction Générale de l'Alimentation du ministère de l'agriculture).
Les responsables agricoles ont demandé que l'Etat français assouplisse
ces mesures de lutte et mette en place des outils pour gérer la présence
de la chrysomèle. "D'autres pays où la chrysomèle est présente
luttent en utilisant le traitement insecticide des semences ou les
traitements sur la ligne, sans parler des OGM résistants utilisés aux
Etats-Unis" explique Christian Schneider qui ajoute qu'"il
faut d'ores et déjà réfléchir à un dispositif plus souple, applicable
en cas d'extension de cet insecte sur de grands secteurs, pour éviter
les pertes trop importantes pour les agriculteurs". |
Raffaello Garofalo, de l'European Diesel Board, a expliqué qu'en Europe, contrairement
aux Etats-Unis, c'est le diesel qui est utilisé en majorité, même si l'éthanol
se développe également. Il explique que la Commission européenne prépare une
nouvelle directive qui prévoit l'incorporation de 10% de biocarburants d'ici
2020 tout en fixant des règles pour éviter que leur production, destinée à
combattre l'effet de serre, ne se traduise par d'autres nuisances pour l'environnement.
Dans le même temps, les Etats-Unis investissent massivement dans le développement
des biocarburants de 2ème génération, fabriqués à partir de biomasse issue
de plantes entières plutôt que des grains. "Ces biocarburants auront
un impact plus faible sur l'environnement tout en offrant une meilleure efficacité
énergétique" ajoute Hosein Shapouri.
A la question de l'impact des biocarburants sur la disponibilité et les prix
des céréales, la plupart des experts s'accorde à dire qu'il sera bien moins
important que l'impact du développement des utilisations alimentaires. "L'augmentation
de la demande non alimentaire sera surtout concentrée dans les pays développés" explique
Martin Von Lampe. Pour Jean-Christophe Debar, le progrès technique et l'amélioration
variétale permettront d'accroître la production, principalement en Amérique
du Sud (Brésil), dans les pays de l'Est (Ukraine, Russie…) ainsi qu'en Afrique,
d'autant plus que les prix élevés permettront de cultiver des terres qui n'étaient
pas rentables jusqu'à présent.
François Houillier, directeur de recherche à l'INRA, a présenté les axes de
travail qui se mettent en place. "L'INRA est en train de réorienter
de nombreuses équipes de chercheurs pour travailler sur ces questions de biocarburants,
chimie verte, biotechnologie, variétés adaptées à la production de biomasse,
tout en cherchant l'excellence environnementale des cultures et des processus
de transformation des produits" explique-t-il. C'est donc une tendance
de fond qui se dessine pour les productions végétales, amenées à répondre à
des demandes des plus en plus diversifiées, tout en conservant leur vocation
première qui est de nourrir la planète.
Philippe Osswald
Proposer nos solutions à une société déboussolée
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| Jean Viard, sociologue : "Il est temps
pour le monde agricole de devenir acteur. C'est à vous de proposer
à la société vos solutions pour le développement durable" |
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"Sur une vie, nos grands parents vivaient 500 000 heures, dormaient
200 000 heures et travaillaient 200 000 heures, il leur restait donc 100 000
heures pour faire autre chose" explique le sociologue Jean
Viard, spécialiste des relations entre la ville et la campagne. Aujourd'hui,
on vit 700 000 heures, et on travaille 67 000 heures, il nous reste
donc près de 400 000 heures libres. "On entre dans la civilisation des vies complètes
dont ont rêvé nos ancêtres durant des siècles". La conséquence
de cela est que le travail n'est plus le cœur du lien entre les hommes
qui deviennent plus individualistes, veulent profiter au maximum de
ce temps et vivre aussi longtemps que possible en bonne santé. Les
consommateurs exigent donc désormais une alimentation et un environnement
sains et ne supportent plus de courir le moindre risque. Il ne faut
pas non plus oublier la façon dont est vue la campagne : "Vous êtes devenus les acteurs d’un paysage, vous êtes
le décor du TGV !", a-t-il encore signalé. Concernant le
progrès technique Jean Viard constate qu'"on assiste actuellement à une crise
de la société, de son projet, de son sens, et en même temps on se rend compte
que la terre et ses ressources sont limitées". "Si toute
la planète consommait autant que les français, il nous faudrait 8 planètes" explique-t-il.
Tout cela fait qu'aujourd'hui nous avons peur du futur alors que depuis
des siècles, l'avenir était synonyme de progrès social et technique.
Les agriculteurs doivent tenir compte de ces changements et chercher
à s'y adapter pour en tirer profit conseille le sociologue. D'autant
qu'ils ont de nombreux atouts en main pour cela. "Il est temps
pour le monde agricole de devenir acteur. C'est à vous de proposer à
la société vos solutions pour le développement durable, plutôt que de
subir les projets que d'autres ont imaginé" conclut-il.
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| La délégation Bas-rhinoise était composée de Mathieu Trauttmann, Christian
Schneider, Marc Moser, Christian Schott et Philippe Osswald |