Conseil FDSEA du 26 octobre
Les crises sanitaires gâchent une campagne prometteuse.
A l'heure du bilan de la campagne agricole, les résultats satisfaisants
pour les productions végétales ne parviennent pas à faire oublier les difficultés
du secteur de l'élevage et les crises sanitaires qui touchent aussi bien
le maïs, avec la chrysomèle, que les élevages avec la fièvre catarrhale.
Les responsables agricoles s'interrogent aussi sur les conséquences concrètes
des récentes conclusions du Grenelle de l'environnement.
Bonne année pour les productions végétales
Le conseil de la FDSEA de l'automne est traditionnellement l'occasion pour
l'ensemble des présidents cantonaux de dresser un bilan de la campagne agricole. "Après
des années difficiles, les productions végétales relèvent la tête et la campagne
agricole est plutôt favorable, tant du point de vue des rendements que des
prix. Par contre, les productions animales sont touchées par la fièvre catarrhale,
un marché difficile et l'augmentation des prix des aliments" explique
Denis Ramspacher en guise d'introduction avant de passer en revue les différentes
filières. "Une restructuration a lieu dans le secteur du sucre et une
sucrerie ailleurs en France va fermer. Dans ce contexte il est important
de continuer à défendre la filière sucre alsacienne" ajoute le président
de la FDSEA. "Le marché du lait est favorable aux producteurs car la
production est inférieure à la demande, mais l'augmentation de 54 €/1000
litres ne se verra que sur les paies de lait du dernier trimestre 2007".
Il explique en outre que les producteurs du grand Est sont en train de se
structurer pour négocier plus efficacement au sein de l'interprofession.

Concernant le houblon, "la récolte est bonne en quantité, avec des problèmes
de qualité très localisés et globalement une bonne campagne qui laisse entrevoir
un développement du marché pour les années à venir" indique Joseph Lechner.
L'année tabacole 2007 est particulière, avec "une production en baisse
de 15 à 20%, ce qui est préoccupant pour la viabilité des outils de transformation" explique
Rémy Losser, président des tabaculteurs. Par contre, la qualité est bonne et
les prix compenseront en partie la baisse de rendement. "Il reste 300
producteurs en Alsace et le nombre ne cesse de baisser. L'enjeu des années
à venir sera de consolider et moderniser les structures en place" conclut-il.
La production viticole du département poursuit ses bons
résultats. "Les vendanges ont commencé tôt, dès fin août, la qualité est au
rendez vous et 2007 sera une bonne année pour le vin d'Alsace" a déclaré Pierre
Huchelmann, président de la cave coopérative d'Obernai.
Les productions animales ont la langue chargée.
A la suite de la réunion des producteurs de porcs qui s'est tenue le jour même,
Jean Michel Fritsch fait état de difficultés liées à la flambée des prix
des aliments alors que le prix payé au producteur est à la baisse du fait
d'une surproduction européenne, de la parité euro/dollar défavorable à l'Europe,
et de la concurrence d'autres gros producteurs mondiaux. "La crise est
atypique car elle est très violente mais pourrait être relativement courte" prédit-il. "Nous
avons demandé des restitutions pour exporter sur les pays tiers, ainsi que
des mesures d'accompagnement pour alléger la trésorerie des éleveurs".
Face aux incertitudes qui pèsent sur l'avenir de l'abattoir de Holtzheim,
il indique que "des mesures ont été prises pour pérenniser l'abattoir,
même si dans un premier temps on ne pourra pas développer de nouveaux produits
à forte valeur ajoutée".
Les productions bovine et ovine souffrent du prix élevé des concentrés, mais
aussi de la fièvre catarrhale, aussi appelée maladie de la langue bleue. "La
mortalité dans certains élevages ovins est importante" constate Jean-Jacques
Fischer, président du syndicat ovin. Sur ce sujet, la FDSEA et le GDS ont organisé
de nombreuses réunions d'information sur le terrain. "Dans environ 85%
des élevages touchées, cela ne se passe pas trop mal, mais dans les 15% restants,
il y a des pertes importantes, avec 40 à 60% des animaux touchés, ce qui engendre
des frais vétérinaires parfois extrêmement élevés. Il y a aussi des problèmes
de fertilité chez les mâles, qui engendrent des baisses importantes de productivité" explique
Patrick Bastian, président du GDS et responsable cantonal FDSEA. "Pour
l'instant, c'est aux éleveurs de payer les traitements médicaux et à l'avenir
le monde de l'élevage devrait mettre en place une caisse pour faire face à
ce type de crise" explique Patrick Bastian. Il ajoute qu'"un vaccin
sera mis au point mais les quantités disponibles seront probablement insuffisantes
et il faudra décider de priorités pour sa distribution", ce qui laisse
augurer des choix politiques difficiles dans les mois qui viennent.
En ce qui concerne la viande bovine, "les cours actuels sont bas, même
si depuis l'été, le prix des broutards a baissé ce qui redonne un peu d'oxygène
aux engraisseurs" constate Lucien Simler, membre de l'interprofession
bovine.Même son de cloche pour la production avicole où, malgré la levée des
contraintes liées à la grippe aviaire qui redonne un peu d'oxygène aux producteurs,
l'augmentation du coût des aliments pèse sur les élevages. "Certains calculent
la rentabilité des bandes mises en place en hiver, qui coûtent cher en chauffage,
et certains bâtiments risquent de rester vides" explique Eric Kléthi.
Christian Schneider, responsable du groupe céréales déplore que l'augmentation
des prix soit si soudaine. "La flambée des prix est gênante pour les productions
animales, mais elle est le résultat de mauvaises récoltes dans plusieurs régions
du monde, alliée à des stocks qui étaient déjà très bas. Ce n'est pas la conséquence
directe du développement des biocarburants" tient-il à préciser.
Chrysomèle : réduction in-extremis du périmètre.
Parmi les dossiers d'actualité, la découverte d'une chrysomèle à Geispolsheim
a mobilisé le réseau syndical ces dernières semaines. Comme la découverte
a été tardive, il a fallu informer rapidement les agriculteurs des mesures
qui allaient se mettre en place, tout en négociant ces mesures avec l'administration. "Il
y a eu un certain flottement entre l'annonce initiale des mesures, avec le
périmètre de 10 km, et les nouvelles mesures qui ont été négociées par la
suite" a fait remarquer Eric Kléthi. "Au départ, nous avons réagi
rapidement pour informer les agriculteurs, d'autant plus que le préfet avait
signé l'arrêté préfectoral avec le périmètre de 10 km, contre l'avis de la
profession" explique Jean-Paul Bastian. Ayant été mandaté par la FNSEA
pour suivre ce dossier, il explique que les négociations ont continué à Paris
et que de nouvelles mesures ainsi qu'un périmètre réduit ont finalement été
décidées. "Le changement aussi rapide du périmètre et des mesures était
inespéré et a été obtenu après un arbitrage du ministre. De plus nous avons
évité pour 2008 la mise en place de rotations obligatoires autour des aéroports,
et obtenu un accord sur le principe d'une caisse alimentée par tous les producteurs
de céréales, pour payer les traitements et d'éventuelles compensations aux
agriculteurs touchés". "La lutte contre la chrysomèle doit se poursuivre
avec les meilleurs moyens possibles, c'est dans l'intérêt de l'ensemble de
la filière maïs" a conclu Jean-Paul Bastian.
Un autre sujet qui empoisonne régulièrement la vie des agriculteurs, est celui
de la présence, souvent imprévisible, de gens du voyage, qui s'installent sur
des parcelles agricoles, souvent parce que la mise en place d'emplacements
prévus pour cela par l'Etat et les communes se fait attendre. "Suite à
la rencontre qui a eu lieu sur le terrain à ce sujet, le secrétaire général
de la préfecture s'est engagé à essayer de trouver de solutions d'ici la prochaine
campagne" rappelle Marc Moser, secrétaire de la FDSEA qui ajoute que "les
agriculteurs demandent que les dégâts sur les parcelles soient indemnisés,
et qu'ils n'aient aucun problème d'ordre administratif, notamment vis-à-vis
de la PAC".
Grenelle de l'environnement : des changements en perspective
Au lendemain de l'annonce des conclusions du Grenelle de
l'environnement, Denis Ramspacher est revenu sur le déroulement de la journée
régionale qui s'est tenue à Mulhouse. "Les points principaux concernent la
diminution des traitements phytosanitaires, le développement de l'agriculture
biologique, les OGM, et la certification des exploitations agricoles". "Le
débat sur les pesticides était très délicat et le compromis trouvé est assez
contraignant" prévient
Jean-Paul Bastian "même si les dossiers agricoles seront repris aux
assises de l'agriculture où on pourra discuter des modalités d'application". "Certains
pays nordiques, comme le Danemark, ne produisent plus de blé panifiable car
les traitements phytosanitaires ont été très fortement réduits" fait
remarquer Christian Schneider, pour qui il est essentiel que les agriculteurs
disposent de solutions techniques pour lutter contre les ravageurs des cultures. "La
profession agricole s'est pourtant bien défendue" estime pour sa part
Rémy Losser qui appelle à relativiser les conséquences du Grenelle pour l'agriculture
même s'il avoue avoir été surpris par la vitesse à laquelle ces mesures ont
été adoptées. "Sur les OGM, l'avis des députés et des sénateurs est très partagé et le débat parlementaire pour élaborer la loi s'annonce difficile" annonce Jean-Paul Bastian. "Ce qui change fondamentalement
après le Grenelle de l'environnement, c'est que les associations écologistes
sont désormais considérées comme des interlocuteurs à part entière par les
pouvoirs publics, et cela se répercutera aussi au niveau local" a expliqué
le président de la chambre d'agriculture.
Porte parole des anciens exploitants, André Wicker a présenté le résultat
des négociations menées avec Groupama et Mutualia concernant l'assurance santé
des anciens. "Face à l'augmentation très importante des cotisations, nous
avons renégocié un nouveau contrat de groupe bien moins cher. C'est une avancée
importante compte tenu du faible niveau des retraites agricoles" annonce-t-il. "L'important
c'est de trouver un contrat moyen qui vous couvre bien mais sans aller forcément
vers les contrats les plus chers" conseille Christiane Bernard, présidente
de la MSA. A propos des retraites agricoles, elle explique que "l'Etat
ne tient pas ses engagement pour financer la retraite complémentaire obligatoire
qui est déficitaire de ce fait, et les agriculteurs risquent de devoir payer
plus cher" que prévu.
Pour finir, le conseil a aussi été l'occasion pour les présidents cantonaux
de préparer les réunions cantonales qui se dérouleront entre le 15 novembre
et le 15 décembre et permettront de débattre sur le terrain de toutes ces questions.

Philippe Osswald