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    Actualité Syndicale / 2008
 
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FDSEA du Bas-Rhin
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FDSEA du Bas-Rhin

  17/11/2008
  Distorsions de concurrence en F&L : quelques explications

le dossier de presse de la FDSEA

action du 17 novembre : paiement en nature des cotisations sociales à l'hôtel du Préfet, Strasbourg

--> revue de presse

Mettre fin aux distorsions de concurrence pour redonner de la compétitivité aux exploitations spécialisées françaises

 

Le problème du différentiel du coût de la main d'oeuvre saisonnière entre la France et l'Allemagne a été soulevé à maintes reprises par les organisations professionnelles agricoles.

Cette distorsion de concurrence handicape tant les agriculteurs qui produisent à destination de la grande distribution - les acheteurs en profitant pour faire baisser les prix d'achat - que les producteurs réalisant de la vente directe aux consommateurs.

Il n'est donc pas acceptable que cette situation perdure car elle condamnerait la production de fruits et légumes dans notre région et plus généralement en France. Le recul de la production de fruits et légumes est  d'ailleurs déjà largement amorcé en France. Ainsi au cours des 10 dernières années, les surfaces cultivées en légumes, à l'exception des légumes secs, ont diminué de 15,4 % en France. Durant la même période, les surfaces en culture légumière de plein champ ont augmenté de 21,1 % en Allemagne. L'exemple de la culture d'asperges, production emblématique alsacienne, illustre bien cette réalité. Les surfaces ont nettement diminué en France, passant de 9.677 ha en 1997 à 5.587 ha en 2007, soit une baisse de plus de 42 %, alors que sur la même période en Allemagne les surfaces ont progressé de façon importante, passant de 13.324 ha à 21.815 ha, soit une hausse de 64 %.

Le tableau ci-dessous récapitule l'évolution des surfaces des principaux fruits et légumes au cours des 10 dernières années.

 

FRANCE

ALLEMAGNE

 

Surface en 1997

Surface en 2007

Evolution sur 10 ans

Surface en 1996

Surface en 2006

Evolution sur 10 ans

Asperges

9 677

5 587

- 42 %

13 324

21 815

+ 64 %

Choux

45 134

32 914

- 27 %

30 619

26 217

- 14 %

Salades

22 081

24 306

+ 7 %

8 611

11 747

+ 36 %

Concombres, cornichons

1 028

663

- 36 %

3 579

2 772

- 22 %

Carottes

16 574

13 573

- 18 %

8 045

10 043

+ 25 %

Oignons, échalotes

11 847

10 302

- 13 %

6 906

9 893

+ 43 %

Fraises

4 535

3 266

- 28 %

8 528

14 100

+ 65 %

Pommes

60 170

44 570

- 26 %

35 800

32 504

- 9 %

Source Agreste (France), Hortigate (Allemagne)

 

La principale explication réside dans les coûts de production qui sont nettement inférieurs en Allemagne, notamment pour le poste de la main d'œuvre saisonnière (ce coût étant d'environ 1,7 à 2 fois plus élevé en France) mais aussi au niveau des autres intrants (plants, produits phytosanitaires...).

En production de fruits et légumes, de nombreuses opérations, notamment les travaux de récolte, ne sont pas mécanisables. Aussi les charges de main d'œuvre représentent une part importante des coûts de production (de 60 à 80 %).

En production de fraises de plein champ, les charges totales de production s'élèvent à 28.000 €/ha en France dont 21.000 €/ha pour le poste main d'œuvre. Compte tenu du différentiel de coût de la main d'œuvre saisonnière entre la France et l'Allemagne, le producteur allemand économise 8.700 €/ha par rapport à son homologue français ! Etant donné ce différentiel de charges à l'hectare, il n'est pas étonnant de voir la production de fraises chuter en France et se développer de façon importante en Allemagne. Le problème de fond réside donc dans les distorsions de concurrence que subissent les producteurs français.

Il serait urgent que le Gouvernement français, à l'image des autorités allemandes, se saisisse de ce dossier en mettant en œuvre les mêmes exonérations ou en compensant ces distorsions. Il en va de l'avenir des productions spéciales en France.

La FDSEA du Bas-Rhin a été reçue le 1er octobre 2008 au ministère de l'économie pour exposer cette problématique. Une réunion technique aura lieu à la fin du mois avec le ministère des finances pour proposer des solutions.

Les producteurs attendent maintenant des résultats concrets.

Dans cette attente, les producteurs ont lancé une grève du règlement de la part patronale des cotisations sociales sur salaires.

Si aucun dispositif permettant de supprimer ces distorsions n'est décidé par l'Etat français, la production de fruits et légumes va continuer de décroître en France.

En effet, les grossistes et la grande distribution cherchent systématiquement à acheter au prix le plus bas et la production française est alors souvent délaissée au profit de produits importés.

Il en va donc clairement de l'avenir de la production et des producteurs de fruits et légumes français et alsaciens.

 

 

Main d'œuvre saisonnière en agriculture

Etude comparative France – Allemagne

La situation en Allemagne

 

Partant du constat que de nombreux saisonniers employés dans les exploitations agricoles allemandes bénéficiaient déjà d'un régime de protection sociale (demandeur d'emploi, saisonnier rattaché à leur conjoint, salarié en congés payés...), les autorités allemandes ont mis en place le dispositif kurzfristige Beschäftigungen. Celui-ci permet une exonération totale de charges sociales pour cette catégorie de travailleurs saisonniers.

Les agriculteurs allemands réalisent donc l'essentiel des travaux saisonniers en embauchant des saisonniers entrant dans le cadre de ce dispositif. Les conditions d'application du dispositif kurzfristige Beschäftigungen sont les suivantes :

Les rémunérations pour les travaux de courte durée ne sont pas soumises à cotisations sociales si :

-          la personne embauchée bénéficie d'une couverture sociale par ailleurs (salarié durant ses congés payés, femme au foyer, profession libérale ou indépendante, retraité et étudiant),

-          la durée totale des travaux de courte durée ne dépasse pas 50 jours travaillés ou 2 mois dans une période de 12 mois, ce qui correspond à l'essentiel des travaux agricoles saisonniers.

 

 La situation en France

Les employeurs de salariés occasionnels bénéficient d'un abattement de 58%, 75% ou 90% (producteurs spécialisés en fruits et légumes, tabac, houblon et viticulture) sur certaines cotisations patronales maladie et vieillesse et du dispositif d'exonération des cotisations allocations familiales.

Ce dispositif est applicable 119 jours/salarié/an. Néanmoins même lorsque l'abattement est de 90 %, les charges sociales à charge de l'employeur s'élèvent encore à plus de 15 %.

Le tableau ci-après illustre la différence de coût total pour l'employeur d'un salarié saisonnier en France et en Allemagne.

 

(juillet 2008)

Salaire brut horaire

Total charges sociales

Salaire net

horaire

Coût horaire

total employeur

France(Bas-Rhin)

Base SMIC

 au 1/07/2008

 

 

 

Exonération saisonniers     75%

8,71 €

+ 10 % congés payés

18,63 % employeur

24,115 % salarié (1) 

7,27 €

11,36 €

Exonération saisonniers     90%

8,71 €

+ 10 % congés payés

15,22 % employeur

24,115 % salarié (1) 

7,27 €

11,04 €

Allemagne

Base Mindestlohn indicatif

 

 

 

Dispositif travaux saisonniers < 50 jours/12 mois

 

6,00 € (2)

 

 

Exonération totale (3)

 

6,00 €

 

6,00 €

(1)  dont 8 % CSG +RDS

(2)  le niveau de rémunération des saisonniers agricoles est très variable en Allemagne, souvent inférieur à cette base. Il existe une fourchette indicative (Mindestlohn) selon que les travaux sont légers ou pénibles (de l'ordre de 6 €/heure).

(3)  dans le cadre du dispositif kurzfristige Beschäftigungen l'exonération des charges sociales est totale en Allemagne.

A salaire net équivalent, par exemple 7,27 €, le coût total pour l'agriculteur français sera de 11,04 € (avec l'abattement de 90%) contre 7,27 € pour l'agriculteur allemand.

Le coût de l'emploi saisonnier agricole est donc au minimum 1,5 fois plus cher en France qu'en Allemagne. En tenant compte du fait que le salaire versé aux saisonniers allemands n'est pas encadré comme en France et que celui-ci se situe plutôt aux environs de 5 à 6 €, le différentiel n'est plus de 1,5 mais proche de 2, en défaveur de l'agriculteur français.

Des efforts importants d'allégement des charges et d'assouplissement de la réglementation sont urgents pour assurer la pérennité de nos exploitations, d'autant plus qu'en  France la mise en œuvre des 35 heures et les fortes revalorisations successives du SMIC ne font qu'accroître ces distorsions.

 

 

 

 


Auteur : Joseph Behr

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