
action du 17 novembre :
paiement en nature des cotisations sociales à l'hôtel du Préfet, Strasbourg
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revue de presse
Mettre fin aux distorsions de concurrence pour redonner de la
compétitivité aux exploitations spécialisées françaises
Le problème du différentiel du coût de la
main d'oeuvre saisonnière entre la France et l'Allemagne a été soulevé à maintes
reprises par les organisations professionnelles agricoles.
Cette distorsion de concurrence handicape
tant les agriculteurs qui produisent à destination de la grande distribution -
les acheteurs en profitant pour faire baisser les prix d'achat - que les
producteurs réalisant de la vente directe aux consommateurs.
Il n'est donc pas acceptable que cette
situation perdure car elle condamnerait la production de fruits et légumes dans
notre région et plus généralement en France. Le recul de la production de fruits
et légumes est d'ailleurs déjà largement amorcé en France. Ainsi au cours
des 10 dernières années, les surfaces cultivées en légumes, à l'exception des
légumes secs, ont diminué de 15,4 % en France. Durant la même période, les
surfaces en culture légumière de plein champ ont augmenté de 21,1 % en
Allemagne. L'exemple de la culture d'asperges, production emblématique
alsacienne, illustre bien cette réalité. Les surfaces ont nettement diminué en
France, passant de 9.677 ha en 1997 à 5.587 ha en 2007, soit une baisse de plus
de 42 %, alors que sur la même période en Allemagne les surfaces ont progressé
de façon importante, passant de 13.324 ha à 21.815 ha, soit une hausse de 64 %.
Le tableau ci-dessous récapitule
l'évolution des surfaces des principaux fruits et légumes au cours des 10
dernières années.
|
|
FRANCE |
ALLEMAGNE |
|
|
Surface
en 1997 |
Surface
en 2007 |
Evolution
sur 10 ans |
Surface
en 1996 |
Surface
en 2006 |
Evolution
sur 10 ans |
|
Asperges |
9
677 |
5
587 |
-
42 % |
13
324 |
21
815 |
+
64 % |
|
Choux |
45
134 |
32
914 |
-
27 % |
30
619 |
26
217 |
-
14 % |
|
Salades |
22
081 |
24
306 |
+
7 % |
8
611 |
11
747 |
+
36 % |
|
Concombres,
cornichons |
1
028 |
663 |
-
36 % |
3
579 |
2
772 |
-
22 % |
|
Carottes |
16
574 |
13
573 |
-
18 % |
8
045 |
10
043 |
+
25 % |
|
Oignons,
échalotes |
11
847 |
10
302 |
-
13 % |
6
906 |
9
893 |
+
43 % |
|
Fraises |
4 535 |
3
266 |
-
28 % |
8
528 |
14
100 |
+
65 % |
|
Pommes |
60
170 |
44
570 |
-
26 % |
35
800 |
32
504 |
-
9 % |
Source
Agreste (France), Hortigate (Allemagne)
La
principale explication réside dans les coûts de production qui sont nettement
inférieurs en Allemagne, notamment pour le poste de la main d'œuvre saisonnière
(ce coût étant d'environ 1,7 à 2 fois plus élevé en France) mais aussi au niveau
des autres intrants (plants, produits phytosanitaires...).
En production de fruits et légumes, de
nombreuses opérations, notamment les travaux de récolte, ne sont pas
mécanisables. Aussi les charges de main d'œuvre représentent une part importante
des coûts de production (de 60 à 80 %).
En production de fraises de plein champ,
les charges totales de production s'élèvent à 28.000 €/ha en France dont 21.000
€/ha pour le poste main d'œuvre. Compte tenu du différentiel de coût de la main
d'œuvre saisonnière entre la France et l'Allemagne, le producteur allemand
économise 8.700 €/ha par rapport à son homologue français ! Etant donné ce
différentiel de charges à l'hectare, il n'est pas étonnant de voir la production
de fraises chuter en France et se développer de façon importante en Allemagne.
Le problème de fond réside donc dans les distorsions de concurrence que
subissent les producteurs français.
Il
serait urgent que le Gouvernement français, à l'image des autorités allemandes,
se saisisse de ce dossier en mettant en œuvre les mêmes exonérations ou en
compensant ces distorsions. Il en va de l'avenir des productions spéciales en
France.
La
FDSEA du Bas-Rhin a été reçue le 1er octobre 2008 au
ministère de l'économie pour exposer cette problématique. Une réunion technique
aura lieu à la fin du mois avec le ministère des
finances pour proposer des solutions.
Les
producteurs attendent maintenant des résultats concrets.
Dans
cette attente, les producteurs ont lancé une grève du règlement de la part
patronale des cotisations sociales sur salaires.
Si
aucun dispositif permettant de supprimer ces distorsions n'est décidé par l'Etat
français, la production de fruits et légumes va continuer de décroître en
France.
En
effet, les grossistes et la grande distribution cherchent systématiquement à
acheter au prix le plus bas et la production française est alors souvent
délaissée au profit de produits importés.
Il en
va donc clairement de l'avenir de la production et des producteurs de fruits et
légumes français et alsaciens.
Main d'œuvre saisonnière en
agriculture
Etude comparative France – Allemagne
La situation en Allemagne
Partant du constat que de nombreux
saisonniers employés dans les exploitations agricoles allemandes bénéficiaient
déjà d'un régime de protection sociale (demandeur d'emploi, saisonnier rattaché
à leur conjoint, salarié en congés payés...), les autorités allemandes ont mis en
place le dispositif kurzfristige Beschäftigungen.
Celui-ci permet une exonération totale de charges sociales pour cette catégorie
de travailleurs saisonniers.
Les agriculteurs allemands
réalisent donc l'essentiel des travaux saisonniers en embauchant des saisonniers
entrant dans le cadre de ce dispositif. Les conditions d'application du
dispositif kurzfristige Beschäftigungen sont les suivantes :
Les rémunérations pour les travaux de
courte durée ne sont pas soumises à cotisations sociales si :
-
la
personne embauchée bénéficie d'une
couverture sociale par ailleurs (salarié durant ses congés payés, femme au foyer, profession
libérale ou indépendante, retraité et étudiant),
-
la
durée totale des travaux de courte durée ne dépasse pas 50 jours travaillés ou 2 mois dans une période de 12 mois, ce qui correspond
à l'essentiel des travaux agricoles saisonniers.
La situation en France
Les employeurs de salariés occasionnels
bénéficient d'un abattement de 58%, 75% ou 90% (producteurs spécialisés en
fruits et légumes, tabac, houblon et viticulture) sur certaines cotisations
patronales maladie et vieillesse et du dispositif d'exonération des cotisations
allocations familiales.
Ce dispositif est applicable 119
jours/salarié/an. Néanmoins même lorsque l'abattement est de 90 %, les charges
sociales à charge de l'employeur s'élèvent encore à plus de 15 %.
Le tableau ci-après illustre la
différence de coût total pour l'employeur d'un salarié saisonnier en France et
en Allemagne.
|
(juillet
2008) |
Salaire brut
horaire |
Total charges
sociales |
Salaire
net
horaire |
Coût
horaire
total
employeur |
|
France(Bas-Rhin) |
Base
SMIC
au 1/07/2008 |
|
|
|
|
Exonération
saisonniers
75% |
8,71
€
+
10 % congés payés |
18,63
% employeur
24,115
% salarié (1) |
7,27
€ |
11,36
€ |
|
Exonération
saisonniers
90% |
8,71
€
+
10 % congés payés |
15,22
% employeur
24,115
% salarié (1) |
7,27
€ |
11,04
€ |
|
Allemagne |
Base
Mindestlohn indicatif |
|
|
|
|
Dispositif travaux saisonniers
< 50 jours/12 mois |
6,00
€
(2)
|
Exonération
totale
(3) |
6,00
€ |
6,00
€ |
(1) dont 8 % CSG +RDS
(2) le niveau de rémunération des saisonniers agricoles est très variable en
Allemagne, souvent inférieur à cette base. Il existe une fourchette indicative
(Mindestlohn) selon que les travaux sont légers ou pénibles (de l'ordre de 6
€/heure).
(3) dans le cadre du dispositif
kurzfristige Beschäftigungen
l'exonération des charges sociales est totale en
Allemagne.
A salaire net équivalent, par exemple
7,27 €, le coût total pour l'agriculteur français sera de 11,04 € (avec
l'abattement de 90%) contre 7,27 € pour l'agriculteur allemand.
Le coût de l'emploi saisonnier
agricole est donc au minimum 1,5 fois plus cher en France qu'en Allemagne. En
tenant compte du fait que le salaire versé aux saisonniers allemands n'est pas
encadré comme en France et que celui-ci se situe plutôt aux environs de 5 à 6 €,
le différentiel n'est plus de 1,5 mais proche de 2, en défaveur de l'agriculteur
français.
Des efforts importants
d'allégement des charges et d'assouplissement de la réglementation sont urgents
pour assurer la pérennité de nos exploitations, d'autant plus qu'en France la mise en œuvre des 35 heures et
les fortes revalorisations successives du SMIC ne font qu'accroître ces
distorsions.