Section céréales FDSEA-JA
Quel avenir pour les céréaliers ?
La réunion de la section céréales de la FDSEA et des JA est chaque année
l'occasion de dresser un bilan de la situation des marchés, de la réglementation,
mais aussi des dossiers politiques importants pour les céréaliers. Au menu
cette fois ci, la chrysomèle, le bilan de santé de la PAC et les premiers
effets du Grenelle de l'environnement.
En guise d'introduction, Christian Schneider, responsable grandes cultures
à la FDSEA du Bas-Rhin, a brossé un tableau rapide de la campagne 2007, qualifiée
de "bonne année maïsicole avec un rendement moyen de 106 quintaux à l'hectare
dans le département et une augmentation des prix inattendue mais néanmoins
bienvenue". Il a nuancé ce bilan optimiste en expliquant que "ce
contexte particulier met les céréaliers dans un position difficile dans le
cadre des réflexions en cours concernant le bilan de santé de la PAC".
Des marchés volatils.
Patrice Auguste, responsable des relations terrain d'Orama, a expliqué les
causes de la tension très forte sur les prix. "Depuis 6 ans, on a un déficit
de production, alors que la consommation est en augmentation constante, passant
de 500 à 600 millions de tonnes en 20 ans. Les stocks mondiaux n'ont jamais
été aussi bas (à peine 60 jours de consommation) et ne permettent plus de jouer
un rôle de tampon". A cela s'est ajoutée une mauvaise récolte en Australie
et en Argentine, qui s'est directement répercutée sur le marché. La situation
est similaire sur le marché du maïs, d'autant plus que "les Etats-Unis
utilisent 80 millions de tonnes de maïs pour produire de l'éthanol". Résultat
: alors que depuis 40 ans, la moyenne tournait autour de 150 $/tonne pour le
prix du blé, on est actuellement autour de 400 $/t. Dans le même temps, les
coûts de transport augmentent (ils représentent 30% du prix) et les opérateurs
cherchent à les optimiser en s'approvisionnant prioritairement sur les marchés
proches.
Antoine Wuschner, d'Eurépi confirme la faiblesse des stocks et la très forte
volatilité des marchés encore accrue par l'instabilité des bourses qui attire
les spéculateurs vers le commerce des céréales. "La prévision de récolte
de blé 2008 est estimée à 128 millions de tonnes, ce qui provoquerait une augmentation
des stocks de 22 millions de tonnes. Tout le monde attend de connaître le niveau
de la récolte prochaine en Argentine. En maïs, le bilan européen, avec une
bonne récolte 2007, devrait se traduire par une stabilité voire un retournement
du marché. Les stocks sont relativement importants, alimentés par des importations
d'Amérique du Sud" ajoute-t-il.
L'uniformisation des DPU inquiète les céréaliers.
Tout ces éléments font en sorte que les conditions dans lesquelles est discuté
le bilan de santé de la PAC sont difficiles pour les grandes cultures, qui
est le secteur ayant vu son revenu augmenter très fort cette année. Patrice
Auguste explique que l'Europe prévoit la suppression de l'intervention sur
le maïs, jugée ringarde, alors qu'ils jouent un rôle de régulation des marchés.
Orama demande que l'on conserve cet outil, quitte à le suspendre pour l'instant,
ce qui permettrait de le réactiver si nécessaire.
Concernant le découplage total prévu par le bilan de santé, Orama demande
qu'il s'applique à toutes les productions plutôt qu'uniquement aux céréales.
Patrice Auguste considère qu'"à propos de l'harmonisation des DPU, la
France compare trop les départements en fonction des aides découplées, sans
regarder aussi les aides couplées et les aides du 2ème pilier. Si l'on tient
compte de cela, les aides sont relativement équilibrées sur le territoire français".
Il ajoute que "la France se trompe en voulant une réforme qui consiste
en un rééquilibrage entre les départements français, ce que l'Europe ne demande
pas". "La négociation sera difficile et de grande ampleur, et il
faudra beaucoup de courage pour éviter que les différentes régions et les différents
systèmes de production se déchirent" prévient-il.
Denis Ramspacher, président de la FDSEA a rappelé que pour le Bas-Rhin l'uniformisation
des aides PAC serait une catastrophe, quel que soit le système d'exploitation. "Nos
DPU sont convoités par d'autres régions et tous les scénarios envisagés représentent
une baisse des aides pour l'Alsace. Il faut que les décideurs nationaux tiennent
compte de la taille réduite de nos exploitations, car même si nous avons un
niveau élevé d'aides à l'hectare, nous avons aussi parmi les aides les plus
basses par exploitation".
L'amélioration variétale ralentit.
Jean-Paul Renoux, responsable maïs chez Arvalis a fait un tour d'horizon
des dossiers techniques mais aussi politiques actuellement sur le tapis concernant
cette culture. Il explique que l'augmentation des rendements, constante depuis
50 ans, autour de 1,4 quintal/ha/an, s'est ralentie les 15 dernières années,
passant à 1,1 quintal/ha/an. "Le potentiel est présent mais la baisse
de progression est surtout liée au manque d'eau qui coûte environ 15 quintaux/ha
en France". Face à ce problème, des variétés plus robustes vis-à-vis du
stress hydrique sont mises au point. "On est passé de variétés supportant
10 à 12 jours de stress hydrique, à des variétés supportant 15 à 18 jours,
ce qui permet de s'adapter au réchauffement climatique". A ce propos,
Arvalis, constate une évolution des dates de semis, de plus en plus précoces,
liées au réchauffement climatique. "Cela permet d'échapper à la pénurie
d'eau en été, aux attaques de pyrale. L'inconvénient c'est qu'il faut mieux
protéger le maïs au printemps et donc utiliser le traitement des semences.
D'autre part, la plupart des produits désherbants homologués sont adaptés aux
adventices estivales, alors qu'il faudrait les adapter aux adventices plus
précoces".
L'absence de produits de traitement des semences contre les ravageurs, coûte
chaque année l'équivalent de 4 à 5% de la production française en pertes de
rendement. Jean-Paul Renoux explique le rôle d'Arvalis, qui défend certains
traitements, constatant qu'il y a de plus en plus d'insectes ravageurs et de
parasites.
Chers produits phytosanitaires
Sur ce sujet, les conclusions du Grenelle de l'environnement préconisent
le retrait de 53 substances actives et la réduction globale des quantités utilisées
de 50%. "Les décisions étaient prises d'avance, nous sommes venus avec
de l'expertise technique et des arguments alors que tout s'est joué sur la
communication. Les décisions se sont prises davantage sur la base des sondages
d'opinion que sur une réflexion argumentée" regrette-t-il.
Pourtant , il admet que des marges de progrès existent concernant la protection
des applicateurs et la lutte contre les pollutions ponctuelles. Par contre, "à
force de réduire le nombre de familles de molécules, on induit des résistances" constate
Jean-Paul Renoux qui défend le maïs en tant que bon élève sur cet aspect puisque "c'est
la culture sur laquelle on met le moins de produits de traitement". Etant
une plante sarclée, elle peut aussi être désherbée mécaniquement alors que
c'est impossible sur d'autres cultures. Arvalis teste ainsi des méthodes de
désherbage alternatives. Le désherbinage donne pour l'instant des résultats
acceptables, même si le bilan écologique n'est pas forcément positif, du fait
des nombreux passages de tracteur. "On peut préconiser l'agriculture biologique
dans les périmètres de captage, mais il faut laisser les agriculteurs produire
normalement dans les autres secteurs".
Philippe Tresch, de la Chambre d'Agriculture a indiqué qu'une journée sur
le thème de la réduction des traitements phytosanitaires sera organisée le
17 juin à Grussenheim, pour voir les résultats d'essais menés cette année. "La
réduction de l'utilisation des produits phytosanitaires peut se faire en réduisant
les doses, en associant les matières actives, en utilisant des buses basse
pression, en pulvérisant en conditions climatiques optimales… et en utilisant
le désherbage mécanique ou mixte (désherbinage). En conditions expérimentales,
on parvient à réduire les doses de 44% à efficacité équivalente" précise-t-il.
A propos de la chrysomèle, Jean Paul Renoux explique qu'"en Europe, il
n'y a que la France et l'Allemagne qui mettent en place un protocole d'éradication,
dans les autres pays, l'insecte est devenu endémique et on constate qu'on peut
vivre avec. Je ne vois pas comment on pourra empêcher son arrivée, mais il
faut faire le nécessaire pour la ralentir". Il ajoute qu'après 5 ans de
bataille acharnée, "la profession a obtenu l'homologation provisoire du
cruizer pour un an, mais son utilisation est contraignante pour l'instant,
notamment pour protéger les abeilles et l'eau". Pour Christian Schneider, "la
réduction des périmètres de lutte contre la chrysomèle a permis de préserver
des surfaces importantes en maïs. C'est un insecte qui nous coûte très cher" conclut-il
sur ce sujet.
Produire sans DPU ?
Peut-on produire du maïs sans DPU ?, c'est la question que s'est posé Jean-Luc
Knoerr, du Centre de Fiscalité et de Gestion. "Avec un niveau de DPU de
340 €/ha, le maïs est tout juste rentable à partir de 80 quintaux/ha à 150
€/tonne. Sans DPU, il faut atteindre 110 quintaux/ha à 150 €/tonne pour être
à l'équilibre. Pour couvrir les coûts de production à 97 quintaux/ha (moyenne
des dernières années), il faudrait un prix d'équilibre de 122 €/tonne".
En effet, l'augmentation des cours se traduit aussi par une augmentation de
40% pour les engrais, 3% pour les semences, environ 8% pour les produits phytosanitaires.
Si on prend en compte les charges fixes, on constate une augmentation de 50%
du poste des carburants entre 2004 et 2006 précise-t-il encore.
Le point sur la PAC 2008
Joseph Behr, directeur de la FDSEA, a précisé quelques points concernant
la PAC 2008, à commencer par la suspension en 2008 de l'obligation de
jachère obligatoire. Cela n'a pas d'incidence sur les DPU puisque les
DPU jachère pourront être activés sur des terres mises en culture. Cette
décision ne supprime par non plus les règles de la conditionnalité, et
notamment l'obligation de détenir 3% de la SCOP en couvert environnemental.
Par contre, les DPU jachère doivent tous être activés en priorité, sur
des terres éligibles. Sur la déclaration PAC, cela se traduit par une
culture codifiée "G" sur le S2 jaune. Aucun complément couplé
ne sera payé sur les parcelles activant les DPU gel. De ce fait, il est
recommandé de codifier en "G" prioritairement les cultures
pour lesquelles il n'y a pas d'aide couplée, et en "A" les
cultures qui permettent le paiement d'un complément couplé.
Il précise également qu'à partir de cette année, certaines cultures
deviennent admissibles et donc permettent d'activer des DPU détenus par
l'exploitant. Il s'agit des endives, oignons, chou-fleur, chou à choucroute
sous contrat avec un transformateur. Les pommes de terre seront vraisemblablement
admissibles en 2010 |
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Philippe Osswald