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FDSEA du Bas-Rhin

  20/2/2008
  Quel avenir pour les céréaliers ?


Section céréales FDSEA-JA

Quel avenir pour les céréaliers ?

La réunion de la section céréales de la FDSEA et des JA est chaque année l'occasion de dresser un bilan de la situation des marchés, de la réglementation, mais aussi des dossiers politiques importants pour les céréaliers. Au menu cette fois ci, la chrysomèle, le bilan de santé de la PAC et les premiers effets du Grenelle de l'environnement.

En guise d'introduction, Christian Schneider, responsable grandes cultures à la FDSEA du Bas-Rhin, a brossé un tableau rapide de la campagne 2007, qualifiée de "bonne année maïsicole avec un rendement moyen de 106 quintaux à l'hectare dans le département et une augmentation des prix inattendue mais néanmoins bienvenue". Il a nuancé ce bilan optimiste en expliquant que "ce contexte particulier met les céréaliers dans un position difficile dans le cadre des réflexions en cours concernant le bilan de santé de la PAC".

Des marchés volatils.

Patrice Auguste, responsable des relations terrain d'Orama, a expliqué les causes de la tension très forte sur les prix. "Depuis 6 ans, on a un déficit de production, alors que la consommation est en augmentation constante, passant de 500 à 600 millions de tonnes en 20 ans. Les stocks mondiaux n'ont jamais été aussi bas (à peine 60 jours de consommation) et ne permettent plus de jouer un rôle de tampon". A cela s'est ajoutée une mauvaise récolte en Australie et en Argentine, qui s'est directement répercutée sur le marché. La situation est similaire sur le marché du maïs, d'autant plus que "les Etats-Unis utilisent 80 millions de tonnes de maïs pour produire de l'éthanol". Résultat : alors que depuis 40 ans, la moyenne tournait autour de 150 $/tonne pour le prix du blé, on est actuellement autour de 400 $/t. Dans le même temps, les coûts de transport augmentent (ils représentent 30% du prix) et les opérateurs cherchent à les optimiser en s'approvisionnant prioritairement sur les marchés proches.

Antoine Wuschner, d'Eurépi confirme la faiblesse des stocks et la très forte volatilité des marchés encore accrue par l'instabilité des bourses qui attire les spéculateurs vers le commerce des céréales. "La prévision de récolte de blé 2008 est estimée à 128 millions de tonnes, ce qui provoquerait une augmentation des stocks de 22 millions de tonnes. Tout le monde attend de connaître le niveau de la récolte prochaine en Argentine. En maïs, le bilan européen, avec une bonne récolte 2007, devrait se traduire par une stabilité voire un retournement du marché. Les stocks sont relativement importants, alimentés par des importations d'Amérique du Sud" ajoute-t-il.

L'uniformisation des DPU inquiète les céréaliers.

Tout ces éléments font en sorte que les conditions dans lesquelles est discuté le bilan de santé de la PAC sont difficiles pour les grandes cultures, qui est le secteur ayant vu son revenu augmenter très fort cette année. Patrice Auguste explique que l'Europe prévoit la suppression de l'intervention sur le maïs, jugée ringarde, alors qu'ils jouent un rôle de régulation des marchés. Orama demande que l'on conserve cet outil, quitte à le suspendre pour l'instant, ce qui permettrait de le réactiver si nécessaire.

Concernant le découplage total prévu par le bilan de santé, Orama demande qu'il s'applique à toutes les productions plutôt qu'uniquement aux céréales. Patrice Auguste considère qu'"à propos de l'harmonisation des DPU, la France compare trop les départements en fonction des aides découplées, sans regarder aussi les aides couplées et les aides du 2ème pilier. Si l'on tient compte de cela, les aides sont relativement équilibrées sur le territoire français". Il ajoute que "la France se trompe en voulant une réforme qui consiste en un rééquilibrage entre les départements français, ce que l'Europe ne demande pas". "La négociation sera difficile et de grande ampleur, et il faudra beaucoup de courage pour éviter que les différentes régions et les différents systèmes de production se déchirent" prévient-il.

Denis Ramspacher, président de la FDSEA a rappelé que pour le Bas-Rhin l'uniformisation des aides PAC serait une catastrophe, quel que soit le système d'exploitation. "Nos DPU sont convoités par d'autres régions et tous les scénarios envisagés représentent une baisse des aides pour l'Alsace. Il faut que les décideurs nationaux tiennent compte de la taille réduite de nos exploitations, car même si nous avons un niveau élevé d'aides à l'hectare, nous avons aussi parmi les aides les plus basses par exploitation".

L'amélioration variétale ralentit.

Jean-Paul Renoux, responsable maïs chez Arvalis a fait un tour d'horizon des dossiers techniques mais aussi politiques actuellement sur le tapis concernant cette culture. Il explique que l'augmentation des rendements, constante depuis 50 ans, autour de 1,4 quintal/ha/an, s'est ralentie les 15 dernières années, passant à 1,1 quintal/ha/an. "Le potentiel est présent mais la baisse de progression est surtout liée au manque d'eau qui coûte environ 15 quintaux/ha en France". Face à ce problème, des variétés plus robustes vis-à-vis du stress hydrique sont mises au point. "On est passé de variétés supportant 10 à 12 jours de stress hydrique, à des variétés supportant 15 à 18 jours, ce qui permet de s'adapter au réchauffement climatique". A ce propos, Arvalis, constate une évolution des dates de semis, de plus en plus précoces, liées au réchauffement climatique. "Cela permet d'échapper à la pénurie d'eau en été, aux attaques de pyrale. L'inconvénient c'est qu'il faut mieux protéger le maïs au printemps et donc utiliser le traitement des semences. D'autre part, la plupart des produits désherbants homologués sont adaptés aux adventices estivales, alors qu'il faudrait les adapter aux adventices plus précoces".

L'absence de produits de traitement des semences contre les ravageurs, coûte chaque année l'équivalent de 4 à 5% de la production française en pertes de rendement. Jean-Paul Renoux explique le rôle d'Arvalis, qui défend certains traitements, constatant qu'il y a de plus en plus d'insectes ravageurs et de parasites.

Chers produits phytosanitaires

Sur ce sujet, les conclusions du Grenelle de l'environnement préconisent le retrait de 53 substances actives et la réduction globale des quantités utilisées de 50%. "Les décisions étaient prises d'avance, nous sommes venus avec de l'expertise technique et des arguments alors que tout s'est joué sur la communication. Les décisions se sont prises davantage sur la base des sondages d'opinion que sur une réflexion argumentée" regrette-t-il.
Pourtant , il admet que des marges de progrès existent concernant la protection des applicateurs et la lutte contre les pollutions ponctuelles. Par contre, "à force de réduire le nombre de familles de molécules, on induit des résistances" constate Jean-Paul Renoux qui défend le maïs en tant que bon élève sur cet aspect puisque "c'est la culture sur laquelle on met le moins de produits de traitement". Etant une plante sarclée, elle peut aussi être désherbée mécaniquement alors que c'est impossible sur d'autres cultures. Arvalis teste ainsi des méthodes de désherbage alternatives. Le désherbinage donne pour l'instant des résultats acceptables, même si le bilan écologique n'est pas forcément positif, du fait des nombreux passages de tracteur. "On peut préconiser l'agriculture biologique dans les périmètres de captage, mais il faut laisser les agriculteurs produire normalement dans les autres secteurs".

Philippe Tresch, de la Chambre d'Agriculture a indiqué qu'une journée sur le thème de la réduction des traitements phytosanitaires sera organisée le 17 juin à Grussenheim, pour voir les résultats d'essais menés cette année. "La réduction de l'utilisation des produits phytosanitaires peut se faire en réduisant les doses, en associant les matières actives, en utilisant des buses basse pression, en pulvérisant en conditions climatiques optimales… et en utilisant le désherbage mécanique ou mixte (désherbinage). En conditions expérimentales, on parvient à réduire les doses de 44% à efficacité équivalente" précise-t-il.

A propos de la chrysomèle, Jean Paul Renoux explique qu'"en Europe, il n'y a que la France et l'Allemagne qui mettent en place un protocole d'éradication, dans les autres pays, l'insecte est devenu endémique et on constate qu'on peut vivre avec. Je ne vois pas comment on pourra empêcher son arrivée, mais il faut faire le nécessaire pour la ralentir". Il ajoute qu'après 5 ans de bataille acharnée, "la profession a obtenu l'homologation provisoire du cruizer pour un an, mais son utilisation est contraignante pour l'instant, notamment pour protéger les abeilles et l'eau". Pour Christian Schneider, "la réduction des périmètres de lutte contre la chrysomèle a permis de préserver des surfaces importantes en maïs. C'est un insecte qui nous coûte très cher" conclut-il sur ce sujet.

Produire sans DPU ?

Peut-on produire du maïs sans DPU ?, c'est la question que s'est posé Jean-Luc Knoerr, du Centre de Fiscalité et de Gestion. "Avec un niveau de DPU de 340 €/ha, le maïs est tout juste rentable à partir de 80 quintaux/ha à 150 €/tonne. Sans DPU, il faut atteindre 110 quintaux/ha à 150 €/tonne pour être à l'équilibre. Pour couvrir les coûts de production à 97 quintaux/ha (moyenne des dernières années), il faudrait un prix d'équilibre de 122 €/tonne". En effet, l'augmentation des cours se traduit aussi par une augmentation de 40% pour les engrais, 3% pour les semences, environ 8% pour les produits phytosanitaires. Si on prend en compte les charges fixes, on constate une augmentation de 50% du poste des carburants entre 2004 et 2006 précise-t-il encore.

Le point sur la PAC 2008

Joseph Behr, directeur de la FDSEA, a précisé quelques points concernant la PAC 2008, à commencer par la suspension en 2008 de l'obligation de jachère obligatoire. Cela n'a pas d'incidence sur les DPU puisque les DPU jachère pourront être activés sur des terres mises en culture. Cette décision ne supprime par non plus les règles de la conditionnalité, et notamment l'obligation de détenir 3% de la SCOP en couvert environnemental. Par contre, les DPU jachère doivent tous être activés en priorité, sur des terres éligibles. Sur la déclaration PAC, cela se traduit par une culture codifiée "G" sur le S2 jaune. Aucun complément couplé ne sera payé sur les parcelles activant les DPU gel. De ce fait, il est recommandé de codifier en "G" prioritairement les cultures pour lesquelles il n'y a pas d'aide couplée, et en "A" les cultures qui permettent le paiement d'un complément couplé.

Il précise également qu'à partir de cette année, certaines cultures deviennent admissibles et donc permettent d'activer des DPU détenus par l'exploitant. Il s'agit des endives, oignons, chou-fleur, chou à choucroute sous contrat avec un transformateur. Les pommes de terre seront vraisemblablement admissibles en 2010

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Philippe Osswald


Auteur : Philippe Osswald

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