Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin
Produire plus, mieux et organisé
Face aux bouleversements et à la volatilité des marchés ainsi qu’au
changement de cap qui se profile pour 2008, l’agriculture doit s’adapter
tout en gardant au cœur de ses réflexions les notions de productivité et
de compétitivité, de recherche et de progrès, de préservation des ressources
et des milieux.
Si 2007 a été marquée par de nombreux bouleversements, 2008 risque d’être
une année difficile pour le syndicalisme, avec de nombreux dossiers à porter,
dont certains cruciaux. “Nous nous trouvons actuellement devant un nouveau
changement de cap, a indiqué Marc Moser dans son rapport d’orientation, vendredi
dernier lors de l’assemblée générale de la FDSEA qui se tenait à Brumath. Dans
ce monde qui bouge, il faudra s’adapter en permanence pour relever ces défis.”
Certes “après plusieurs années de vaches maigres, l’augmentation du prix des
céréales au cours de l’exercice écoulé est un vrai ballon d’oxygène pour les
producteurs, qui n’ont pas à rougir de cette embellie. Et ce d’autant que les
prix ont tout juste retrouvé leur niveau de 1986, tandis que les charges, elles,
n’ont fait qu’augmenter”, a rappelé le secrétaire général de la FDSEA.
Assurance revenu et gestion
des crises.
Pour autant, le bouleversement complet du marché des céréales n’est pas sans
poser de questions. En effet, cette envolée des prix des céréales représente
“un coup dur pour les éleveurs qui subissent de plein fouet l’augmentation
du prix de l’aliment et de l’énergie, sans pouvoir la répercuter sur l’aval
et la distribution”.
Par ailleurs, cette nouvelle volatilité des marchés agricoles fragilise les
exploitations. Pour Marc Moser, il est indispensable, pour assurer leur survie,
que les marchés soient régulés grâce à des outils de gestion. C’est pourquoi
“nous demandons qu’une partie de l’argent de l’Europe soit utilisée pour aider
les exploitations à faire face aux aléas climatiques ou aux crises sanitaires,
et serve à la mise en place d’un système d’assurance revenu et de gestion des
crises”, a-t-il insisté, espérant que les responsables politiques européens
gardent cela à l’esprit dans leurs réflexions sur le bilan de santé de la Pac.
“Après avoir abandonné la plupart des mécanismes de gestion des marchés, la
Pac se doit d’intégrer un volet gestion de crise. Il faut qu’elle permette
de se prémunir et de faire face aux difficultés à la fois économiques et sanitaires,
dont les exemples n’ont pas manqué ces derniers temps”, a renchéri Denis Ramspacher,
président de la FDSEA.
Par ailleurs, les projets de démantèlement de l’intervention et des aides au
stockage incitent à conforter les débouchés non alimentaires des produits agricoles.
“En cas de surproduction, ils pourraient contribuer à absorber les excédents,
à éviter un effondrement des cours, et à stabiliser les marchés : bref, ils
pourraient jouer le rôle d’outils de gestion”, a expliqué Marc Moser.
Sans oublier que développer la chimie verte, seule alternative aux produits
dérivés du pétrole, montre la capacité de l’agriculture à innover et à participer
à la préservation des ressources de la terre. “Même si notre fonction principale,
notre responsabilité et ce qui fait le sens de notre métier continuent d’être
de nourrir les hommes.”
Utopie, hérésie, mission impossible
Le secrétaire général a ensuite abordé le chapitre des contraignantes auxquelles
il faut sans cesse s’adapter. A commencer par les conclusions du Grenelle de
l’environnement, qui auront un impact non négligeable sur l’activité agricole.
“Si certaines décisions sont en phase avec la profession, d’autres relèvent
de l’utopie, et semblent difficilement réalisables concrètement”, a-t-il fait
remarquer. Il a cité comme exemples la volonté de mettre en place une couverture
hivernale des sols sur 100 % des surfaces agricoles françaises, les grandes
lignes du 4e programme de la directive Nitrates ou encore le projet de restriction
de l’apport de fumier à l’automne. “En Alsace, outre le maïs, la grande majorité
des cultures sont des cultures de printemps. C’est donc mission impossible
que d’avoir une couverture hivernale des sols à 100 %. Et apporter du fumier
ou du lisier à partir du 15 janvier, alors que les sols sont gorgés d’eau est
une hérésie chez nous.”
Par ailleurs, est-il raisonnable de vouloir réduire de 50 % l’utilisation des
produits phytosanitaires en agriculture ? “L’opinion publique doit être consciente
que ce sont des produits qui coûtent cher et qui doivent être manipulés avec
précaution : nous ne les utilisons pas par plaisir. Cette année par exemple,
les produits de traitement contre le mildiou ont permis de sauver la récolte
de pommes de terre.” Marc Moser s’est montré soulagé que la FNSEA ait pu obtenir
qu’un produit ne soit retiré qu’une fois une solution technique alternative
et efficace trouvée. Il a aussi profité de l’occasion pour rappeler que les
produits importés sont soumis à une réglementation moins contraignante, et
qu’une harmonisation de la réglementation européenne est nécessaire : elle
rendrait les homologations moins onéreuses et permettrait de trouver des solutions
pour certaines cultures, en particulier celles cultivées sur de petites surfaces.

Avoir des débats sereins
Au titre des débats passionnels, le secrétaire général de la FDSEA n’a pu
éviter de citer celui sur les OGM. “Les progrès de la technique nous permettent
maintenant de décoder le génome des plantes et donc de manipuler directement
leurs gènes. Certes, il faut évaluer les risques de cette nouvelle technique
dont les applications sont nombreuses. Mais il faut aussi mesurer les bénéfices
que l’on peut en retirer. Il est important d’avoir sur ce sujet un débat serein
et rationnel.”
Enfin, pour clore le dossier des contraintes pesant sur les exploitations,
Marc Moser a cité le lourd tribut de l’urbanisation. “Il faut se rendre compte
que les terres fertiles sont précieuses et que l’on a tort de les dilapider.
Elles constituent une ressource limitée qu’il faut économiser. Et l’agriculture
est toujours plus durable et respectueuse de l’environnement que le béton et
le bitume qui ne cessent de s’étaler.” Il a invité les élus à réfléchir prochainement
à des documents de gestion du territoire permettant de protéger les espaces
agricoles au même titre que la forêt ou les espaces naturels.
Un pas de plus vers la modernité
Pour finir, Marc Moser a rappelé l’attachement de la FDSEA au maintien de chacune
des filières de l’agriculture bas-rhinoise largement diversifiée. “De la vente
directe aux produits standard en passant par le bio, tous les créneaux sont
bons à prendre. Car dans certains domaines, la demande locale est importante
et loin d’être satisfaite. Il appartient aux consommateurs de se comporter
durablement en privilégiant les produits locaux et en respectant leur saisonnalité.”
Il a rappelé que ces derniers mois ont été marqués par les difficultés de l’une
d’entre elles, la filière élevage, à travers la question de l’avenir de Copvial.
“Pour la FDSEA, il n’est pas imaginable que cette filière puisse disparaître
: tous les moyens doivent être mis en œuvre pour assurer un fonctionnement
équilibré, redonner confiance aux éleveurs, qui eux devront jouer le jeu pour
garantir les volumes et le bon fonctionnement de l’outil. ”
“Les notions de productivité et de compétitivité, de recherche et de progrès,
et de préservation des ressources et des milieux reviennent en force au cœur
des débats. Les marchés sont volatils et imposent de raisonner en fonction
de l’évolution en temps réel des marchés, des prix de l’énergie et des intrants.
Nous devons faire un pas de plus vers la modernité. Il faudra produire plus,
mieux et organisé”, a conclu Marc Moser.
M. C.
L’administration interpellée
Si l’agriculture est obligée de s’adapter à la nouvelle donne, l’administration
doit le faire aussi, a insisté Denis Ramspacher en s’adressant au préfet
et au nouveau directeur départemental de l’Agriculture et de la Forêt.
“Si les services du ministère se réorganisent, à travers l’Agence unique
de paiement, qui traite désormais toutes les aides, il n’appartient pas
aux agriculteurs d’essuyer les plâtres de cette réorganisation.”
Le président de la FDSEA a qualifié d’“inacceptables les retards de
paiements des aides Pac, qui auraient dû être attribuées aux agriculteurs
fin 2007. Deux mois après, certains ne les ont toujours pas reçues. Cela
ne peut plus durer.”
“Des intérêts de retard devraient être versés aux agriculteurs dès
lors que les échéances normales de paiement des aides ne sont pas respectées.
Ce ne serait que justice”, car en attendant les agriculteurs sont obligés
de contracter des prêts à court terme pour faire face à leurs échéances. |
M.C. - L'Est Agricole et Viticole no.5 du 1er février 2008