Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin - Costa Golfidis,
invité d’honneur
Bilan de santé de la Pac, explication de texte
Invité d’honneur de l’assemblée générale de la FDSEA, Costa Golfidis
a tenté d’apporter aux agriculteurs la lisibilité et la prévisibilité qu’ils
demandent, en s’appliquant à une explication de texte détaillée des grandes
lignes du bilan de santé de la Pac.
“S’il est indéniable qu’il est de l’intérêt des agriculteurs d’adapter la
Pac, afin qu’elle réponde mieux aux nouvelles attentes qui se font jour, il
est impératif que ceux qui président à son examen de santé ne confondent pas
dans leur entreprise vitesse avec précipitation. Le bilan de santé de la Pac
ne doit pas être une opération, ni une amputation, encore moins un meurtre”,
a précisé Denis Ramspacher pour introduire l’intervention de Costa Golfidis,
de la direction générale de l’Agriculture et du Développement rural à la Commission
européenne, invité d’honneur de cette assemblée générale.
Avant de lui céder la parole, il a rappelé les vœux de la profession : “Pour
nous, il est essentiel d’aboutir à une Pac ambitieuse, c’est-à-dire capable
de répondre à la demande sans cesse croissante, tant pour l’alimentaire que
pour le non-alimentaire, mais aussi d’afficher clairement sa préférence communautaire
- à l’heure du développement durable, comment justifier par exemple que l’on
importe quantité de viande bovine, alors que la filière européenne est à la
peine ? -, et enfin de sécuriser le revenu des agriculteurs à la fois par la
mise en place d’outils de gestion de crise et le maintien des aides européennes
à l’exploitation, justifiées par des contraintes environnementales, sanitaires
et sociales plus importantes en Europe qu’ailleurs.”
Un effort de transparence
Costa Golfidis a tenté d’apporter aux agriculteurs la lisibilité et la prévisibilité
demandées, en s’appliquant à une explication de texte détaillée des grandes
lignes du bilan de santé de la Pac. “Pour la première fois, la Commission européenne
a souhaité évaluer les impacts des différentes options qui pourraient être
prises, en appelant les organisations des différents pays à apporter leurs
contributions, avant de rendre ses propositions au printemps prochain. C’est
la première fois qu’elle fait un tel effort de transparence, a-t-il précisé
en entrée en matière. “Cette réforme a pour objectif de mettre la Pac dans
un bon sillage. Il s’agit de regrouper une série de clauses de révision de
la Pac 2003, de proposer les ajustements nécessaires sans la réformer fondamentalement”,
a insisté le fonctionnaire européen, en rappelant que les objectifs de 2003
restent les mêmes, à savoir une agriculture compétitive orientée vers le marché
et s’inscrivant dans une démarche durable.
La Pac d’aujourd’hui, déjà profondément réformée, a pour principes essentiels
des soutiens largement découplés et la conditionnalité, “qui permettent d’utiliser
les fonds publics de manière plus efficace”. Le rôle de l’intervention y est
fortement réduit, et les fonds alloués au développement rural et à ses instruments
ont été renforcés. Quelles améliorations pourrait-on encore envisager ? Pour
Costa Golfidis, elles sont à chercher dans les réponses à ces trois questions
: comment simplifier le régime de paiement unique pour le rendre plus simple
et efficace ? Comment s’adapter aux nouvelles opportunités du marché ? Et comment
relever les nouveaux défis ?
En ce qui concerne le régime de paiement unique, Costa Golfidis a rappelé que
“certains Etats ont souhaité revenir sur les choix qu’ils avaient faits en
2003. Dans ce cadre, la Commission est disposée à proposer une modification
du règlement. En aucun cas, elle n’a l’intention d’uniformiser les aides, elle
veut simplement donner la possibilité à ceux qui le veulent de le faire.” La
Commission étudie également la possibilité d’étendre le régime de paiement
unique à la surface jusqu’à 2012 et de maintenir des soutiens couplés, lorsque
les conséquences locales ou environnementales s’avèrent très lourdes. Un point
important pour les éleveurs allaitants et ovins.
 |
La réflexion sur la simplification passe aussi par un
examen du champ de la conditionnalité : “Ses règles sont-elles adéquates
?” s’est interrogé Costa Golfidis, avant de préciser que les modifications
ne devront pas être vécues aux yeux de l’opinion comme un amoindrissement.
“Nous entendons beaucoup de critiques portant sur le fait que 80 % des
aides sont perçues par 20 % des agriculteurs. C’est la raison pour laquelle
la Commission européenne a décidé aussi de réfléchir à un plafonnement
des aides directes, maximal et minimal”, a rappelé le fonctionnaire européen.
Fixer un plafond permettrait un rééquilibrage, a-t-il argumenté. Mais
certains Etats membres - comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Espagne,
la Tchèquie et la Hongrie - y sont farouchement opposés. “Quant aux seuils
minimum, ils permettraient de faire en sorte que les coûts de gestion
ne dépassent pas le montant payé.” Dans les deux cas, les montants retenus
seraient conservés par l’Etat membre, alors que jusqu’ici ils revenaient
à Bruxelles. |
| Costa Golfidis, de la direction générale de l'Agriculture et du Développement rural à
la Commission européenne. Photo P.O. |
Des mesures incontournables
Deuxième axe de réflexion au cœur du bilan de santé de la Pac : les moyens
de saisir les nouvelles opportunités de marché. L’idée de la Commission est
d’ajuster l’intervention dans le secteur des céréales en la limitant au seul
blé panifiable. Par ailleurs, selon elle, grâce à la suppression de la jachère
obligatoire, l’offre devrait répondre à la demande grandissante. Enfin, Costa
Golfidis a rappelé que la Commission n’a pas l’intention de proposer une prolongation
des quotas : ils vont cesser d’exister en 2015. Selon le fonctionnaire européen,
il faut préparer leur disparition en douceur. Consciente des problèmes et impacts
négatifs de cette mesure dans certaines régions, notamment en zones défavorisées,
la Commission envisage la mise en place d’ajustements éventuels par le biais
d’autres instruments.
Enfin pour affronter les nouveaux défis en matière de bioénergie, de ressource
en eau et de gestion des risques notamment, il est impératif d’analyser les
instruments existants et d’évaluer s’ils sont faits pour atteindre les objectifs
fixés. “Si les risques liés aux prix sont bien couverts par les mesures existantes
du premier pilier de la
Pac, ceux liés à la production (météo, maladies animales) nécessitent une approche
plus ciblée. Le renforcement du deuxième pilier de la Pac est donc incontournable”,
a analysé Costa Golfidis. Et l’augmentation de la modulation est le seul moyen
disponible pour faire face à ces nouveaux besoins.
Au cours des prochains mois, la Commission européenne s’attachera à expliquer
au grand public en quoi consiste le bilan de santé de la Pac. Car si en France,
il est acquis à l’agriculture et à la Pac, ce n’est pas le cas dans tous les
pays.
M.C. - L'Est Agricole et Viticole no.5 du 1er février 2008