Assemblée générale de la FDSEA. Les interventions
Difficultés et espérances
Au cours des interventions qui ont ponctué l’assemblée générale de la FDSEA,
les agriculteurs ont fait part des nombreuses difficultés qu’ils rencontrent
dans l’exercice
de leur profession. Les officiels les ont assurés de leur soutien et les ont
invités à garder espoir.
Lors de l’assemblée générale de la FDSEA, la parole a été donnée aux agriculteurs
comme aux personnalités.
Patrick Bastian : l’Alsace n’est pas la Bretagne.
L’agriculture alsacienne se caractérise par ses cultures spéciales qui couvrent
de petites surfaces, telles que le raifort, la rhubarbe... “Certaines de ces
cultures ne disposent plus d’aucun produit phytosanitaire homologué. Or, des
solutions existent ailleurs dans l’Union européenne mais les dossiers d’homologation
sont tellement onéreux que les firmes ne déposent pas
de demande pour ces cultures”,
a-t-il exposé. L’agriculture biologique constitue certes une solution, mais
elle est encore partielle.
Les mesures du 4e programme d’action de la directive nitrate ont récemment
été annoncées. “Le 3e programme allait déjà trop loin, notamment en ce qui
concerne l’élevage. De nombreux essais ont été menés avec les Adar afin de
déterminer les période d’épandage optimales, ces résultats ne sont pas pris
en compte. L’Alsace n’est pas la Bretagne. La couverture hivernale totale des
sols est utopique en Alsace, caractérisée par de nombreuses cultures de printemps”,
a-t-il lancé.
Des avancées ont récemment été obtenues sur la FCO, avec une nouvelle enveloppe
pour l’indemnisation des morts. “Les premiers vaccins arriveront au mois d’avril
et les Bas-Rhinois feront partie des premiers servis, avant la mise en pâture,
ce qui n’est malheureusement pas le cas de nos voisins haut-rhinois”, a-t-il
annoncé.
Christian Schneider : chrysomèle, partager les frais.
Suite à la découverte de la chrysomèle dans le Bas-Rhin, les traitements
en plein ont pu être évités, mais pas le plan de lutte, qui a néanmoins été
assoupli : “La réduction du rayon des zones focus et de sécurité a permis de
diviser par trois la surface concernée, ce sont donc 6 000 ha de maïs qui ont
été épargnés”, a-t-il rappelé. Il s’agit à présent de prendre des mesures pour
que l’insecte ne se propage pas et que les agriculteurs ne soient pas les seuls
à payer, ce qui passe par la création d’une caisse de solidarité. Il est nécessaire
de reconduire la campagne de piégeage en 2008 et d’appliquer le plan de lutte
en cas de découverte de nouveaux foyers. “Si la chrysomèle venait à s’installer,
il faudrait la retirer des insectes de quarantaine pour préserver une culture
importante en Alsace et qui présente de nombreux avantages”, estime-t-il.
Lucien Simler : la taxe d’équarrissage, un dossier qui traîne.
Autrefois payée par les communes au nom de la salubrité publique, la taxe
d’équarrissage a ensuite été transférée aux distributeurs. Aujourd’hui, la
taxe d’équarrissage est prélevée avec la taxe d’abattage à hauteur de 1 €/
UGB. “Les éleveurs n’acceptent plus de supporter le désengagement de l’Etat
dans ce dossier qui traîne depuis trop longtemps.”
Ernest Roth : retards de paiement Pac inacceptables.
“Certains exploitants attendent toujours le paiement de leurs aides Pac
bien qu’ils aient reçu leur lettre de
fin d’enregistrement”, a-t-il regretté. Denis Ramspacher a assuré que tout
était mis en oeuvre pour régler ce problème au plus vite.
Benoît Heinrich : protéger l’environnement, mais
pas à n’importe quel prix.
Dans certains secteurs, la protection de l’environnement constitue une double
peine pour les agriculteurs. Ainsi, la ville de Sélestat a pour projet d’étendre
une réserve naturelle sur près de 300 ha. Les agriculteurs vont donc perdre
leur droit de préemption au profit de la ville de Sélestat. A cela s’ajoutent
d’autres projets comme la déviation de Molsheim. “Il ne faut pas oublier que
c’est la terre qui nous nourrit et qui demain fournira l’énergie. Il ne faut
pas mettre sous une cloche environnementale des centaines d’hectares”, a-t-il
déclaré.
Jean-Jacques Fischer : l’agrainage ne doit pas devenir de l’engraissage.
“Les dégâts de sanglier constituent un véritable fléau et leurs indemnisations
sont insuffisantes. Ils entraînent la dégradation des outils de récolte et
une réduction de la qualité des fourrages qui peut occasionner des maladies.
En outre, ils constituent des réservoirs d’agents pathogènes (brucellose, peste
porcine) et donc une source de contamination potentielle”, a-t-il exposé. Le
syndicat des chasseurs a fait des efforts mais il reste encore beaucoup à faire
: mise en place de clôtures électriques et indemnisation des agriculteurs qui
les entretiennent, augmentation des tirs et des battues administratives…
Nicolas Gantzer : 2 m de trop.
Eleveur laitier à Ittenheim, Nicolas Gantzer s’est vu refuser le permis de
construire pour son bâtiment d’élevage, une maison d’habitation étant située
à 98 m de l’emplacement prévu au lieu des 100 m réglementaires. Il a demandé
une dérogation qu’il n’a toujours pas obtenue.
Sur cette problématique, il a été rejoint par Jean-Marie Weigel qui a regretté
que les exploitations agricoles soient toujours reléguées à l’extrémité du
ban communal, ce qui entraîne des frais supplémentaires de raccordement au
réseau d’eau et d’électricité.
Laurent Ulrich : faire le nécessaire pour les éleveurs de porcs.
“La crise qui frappe les éleveurs de porcs est liée à une augmentation du prix
des aliments et à un manque de compétitivité à l’export. Les cours du porc
n’étant pas rétributeurs, elle entraîne des pertes colossales”, a-t-il décrit.
Aussi les éleveurs de porcs demandent-ils un fonds d’allègement de charges
significatif, que l’augmentation des prix à la production soit répercutée aux
consommateurs, en somme que le nécessaire soit fait pour que les éleveurs de
porcs soient encore là demain.
Jean-François Quere : régler au plus vite les retards de paiement Pac.
Pour Jean-François Quere, récemment nommé directeur régional de l'Agriculture
et de la Forêt pour la région Alsace et directeur départemental de l'agriculture
et de la forêt du Bas-Rhin, l’assemblée générale de la FDSEA a été l’occasion
de remplir son carnet de commande. “L’agriculture alsacienne doit faire face
à des enjeux importants : cultures spéciales et produits phytosanitaires, chrysomèle,
taxe d’équarrissage, gestion de l’espace...” En ce qui concerne les retard
de versement Pac, “4 500 paiements ont d’ores et déjà été réalisés. A cette
date, il reste environ 60 dossiers en souffrance. Ces difficulté, liées à la
mise en place d’un logiciel national, devraient être réglées dans les plus
brefs délais”, a-t-il assuré.
Gilbert Scholly : pour une agriculture dynamique.
La Région continuera à apporter son soutien moral et financier à l’agriculture.
“Il est nécessaire de poursuivre une politique de filière, notamment pour l’élevage,
avec la poursuite de la modernisation des bâtiments et le maintien de l’abattoir
de Holtzheim.”
Jean-Marc Rebière : rassembler plutôt que diviser.
Le préfet de région s’est dit alerté par les difficultés
que rencontrent les agriculteurs en attente de paiement Pac, des difficultés
qu’il trouve lui aussi inadmissibles. “Il sera nécessaire de faire le point sur
ce qui a mal fonctionné afin d’identifier les marges de progrès”, a-t-il
indiqué. Les conflits de territoire ont également attiré son attention :
“En Alsace, l’espace est rare mais riche. Il est nécessaire de trouver un nouvel
équilibre entre une population agricole démographiquement moins puissante mais
qui doit néanmoins être préservée afin de remplir sa mission, et d’autres
intérêts qui ont aussi leur légitimité, comme l’indispensable préservation de la
ressource en eau. Au 1er janvier 2010, la DDA et la DDE ne formeront qu’une
seule entité, ce qui réduira l’éclatement des compétences en ce domaine.” Les
crises et les risques font désormais partie du quotidien. Leur gestion est donc
indispensable pour les prévenir et garantir l’intérêt économique des
exploitations lorsqu’elles éclatent. Des engagements ont été pris dans ce sens
afin d’augmenter les fonds du Feader. “La France a la chance de bénéficier d’une
convergence de stratégie entre l’Etat et la profession, il faut préserver ce
lien de confiance et identifier ce qui rassemble plutôt que ce qui divise afin
que la France ne se présente pas fragilisée lors du bilan de la Pac. Enfin, il
ne faut pas perdre de vu ce qui fait notre force : la France est la 4e puissance
alimentaire mondiale”, a-t-il déclaré.
Jean-Paul Bastian : donner espoir aux agriculteurs.
Le président de la Chambre d’agriculture du Bas-Rhin a tenu à remercier l’assemblée,
grâce à laquelle il occupe aujourd’hui cette fonction : “Je ferai tout pour
ne pas vous décevoir”, a-t-il lancé. Selon lui, l’amélioration de la conjoncture
devrait permettre de relever plus facilement d’autres défis. “C’est pourquoi
nous avons choisi de placer les débats européens au centre de notre assemblée
générale. Il est important de donner une vision d’espoir aux agriculteurs qui
ont parfois l’impression qu’ils n’ont pas les mêmes attentes qu’à Bruxelles.”