Confiant en l'avenir et déterminé à agir
par Denis Ramspacher, président de la
FDSEA
Plongée dans la crise depuis plus de 2 ans,
l'économie française peine à se redresser. Aucun secteur, à l'exception
peut-être des banques, n'a renoué avec les bénéfices en 2010. Et l'agriculture
n'échappe pas à ce marasme. Les 66% de hausse du revenu prévisionnel 2010
annoncée il y a quelques jours par la Commission des comptes de l'agriculture et
repris en boucle par les médias ne doivent pas masquer la dégradation
continue du revenu agricole moyen français. Car le quotidien auquel
sont confrontées nos exploitations, c'est bien la volatilité des prix et
l'instabilité des revenus. L'amélioration annoncée pour cette année tend à faire
oublier que 2010 fait suite à 2 années de forte baisse du revenu agricole (-23%
en 2008 et -30% en 2009) et que le revenu 2010 reste toujours inférieur de 11% à
son niveau de 2007. Mais surtout, derrière ces moyennes se cachent des
situations très contrastées, l'élevage ne réussissant toujours pas à sortir la
tête de l'eau.
L'amélioration du cours des céréales est une
bonne chose, particulièrement cette année d'application du bilan de santé de la
Pac. Bien que cela fait maintenant un an que nous nous efforçons d'expliquer
l'impact du bilan de santé sur nos exploitations, le recalcul de nos DPU vient
de se traduire de manière sonnante et trébuchante sur le récent versement des
aides Pac. Ce redéploiement des aides, car c'est bien de ça dont il est question
avec le bilan de santé, bénéficie aux exploitations d'élevage herbager. Ainsi
même dans notre département certaines exploitations ont vu leurs aides
revalorisées. Mais globalement notre département va voir son niveau
d'aides diminuer, cette diminution étant encore accentuée avec la
réforme tabac.
Reconquérir la juste part de valeur
ajoutée
Quel enseignement faut-il en tirer ? Le
plus important est que nous avons intérêt à dépendre de moins en moins des aides
– même s'il s'agissait, faut-il le rappeler, d'aides compensatoires au
départ – et à tout faire pour augmenter la part de notre rémunération qui
provient du prix des produits que nous vendons. Pour y parvenir, il faudra
toujours et encore mieux s'organiser. Mieux s'organiser pour capter une
part de la valeur ajoutée qui nous échappe.
Passer du rang de simple producteur de matière
première à celui de fournisseur de biens agricoles qui a son mot à dire sur le
prix de vente, bref rétablir des rapports de force qui ne sont pas
systématiquement en notre défaveur. D'où notre volonté de conforter les
interprofessions ; d'où également le travail mené depuis plusieurs mois sur
la contractualisation et qu'il convient encore de finaliser. La hausse du cours
des céréales a entraîné un renchérissement du prix de l'alimentation animale. La
logique voudrait que ces hausses de charges puissent être répercutées sur
l'aval, mais on en est bien loin dans la plupart des filières animales. Ce n'est
qu'en renforçant l'organisation des producteurs que nous réussirons à y
parvenir.
L'envolée du cours de certains produits
agricoles (céréales, oléo protéagineux, sucre...) doit aussi faire réfléchir nos
dirigeants. Si une partie de cette hausse est liée à la spéculation, elle trouve
d'abord son origine dans la diminution de la production en raison de la
sécheresse dans la région de la mer noire. Notre société doit se rendre à
l'évidence : il est indispensable d'avoir une agriculture qui
produise - même si certains ne veulent pas l'entendre - tant pour les besoins
alimentaires que non alimentaires. La récente communication de la
Commission européenne sur la Pac de l'après 2013 est sur ce point rassurant car
elle réaffirme cette nécessité de production pour faire face à la demande
croissante.
Retour à une Pac plus
ambitieuse
Cette nouvelle vision portée par le Commissaire
à l'agriculture Dacian Ciolos tranche clairement avec la vision très libérale de
son prédécesseur Mariann Fischer Boel. On ne peut que se féliciter de ce retour
de la Commission européenne à une vision plus proche de la nôtre. Néanmoins le
chantier de la Pac qui s'appliquera entre 2014 et 2020 est encore devant nous et
il faudra auparavant régler la question du budget agricole.
Toutes ces questions qui intéressent au
premier chef les agriculteurs de notre département seront au centre des débats
de notre prochaine assemblée générale le 17 janvier 2011 à
Brumath. Michel Dantin, député européen et spécialiste de la Pac
en sera notre principal invité. J'invite toutes les agricultrices et tous les
agriculteurs à participer à cette journée qui sera un temps fort de la campagne
hivernale de la FDSEA. 2011 sera d'ailleurs une année élective dans notre réseau
syndical, à commencer par la FNSEA qui vient d'élire son nouveau président
Xavier Beulin qui était intervenu lors de notre assemblée générale en
2009.
Gagner les batailles grâce à la force de
notre réseau
Le réseau syndical FNSEA qui va du syndicat
local jusqu'à la FNSEA en passant par les cantons, les départements et les
régions constitue une force qui nous permettra de faire face à l'ensemble des
défis que j'ai évoqué. La démarche de recueil des autorisations individuelles de
prélèvement des cotisations syndicales que nous venons de terminer montre que
vous avez confiance en votre FDSEA et je ne peux que vous en
remercier. Ce résultat ne fait que renforcer notre détermination à
défendre l'agriculture départementale et tout particulièrement les intérêts des
adhérents de la FDSEA
Vous l'aurez compris, les défis et les combats
qui nous attendent et que la FDSEA n'hésitera pas à relever et à livrer en 2011
sont nombreux.
Soyez certains qu'au cours de la nouvelle année
qui arrive, la FDSEA continuera à être mobilisée aux côtés des agriculteurs pour
faire progresser ensemble dans le bon sens tous ces dossiers. Nous agirons avec
détermination en recourant à l'action syndicale s'il le faut. Quotidiennement au
service de ses adhérents, la FDSEA s'efforcera aussi d'être force de
propositions afin de permettre aux agriculteurs d'envisager sereinement
l'avenir.
C'est avec cette conviction, confiant et
déterminé que je vous souhaite à toutes et à tous d'heureuses fêtes de Noël en
famille ainsi que bonheur, santé et réussite pour cette nouvelle
année.