Assainir le
marché pour rétablir le prix des céréales
par
Christian Schneider, membre du bureau de la FDSEA et responsable du groupe
céréales.
Les
années se suivent mais ne se ressemblent pas. Ainsi 2004 va être une année tout
à fait à l'opposé de 2003 pour les céréales. En 2003, les rendements ont été
amputés par la sécheresse, mais les prix se sont envolés ce qui a permis de
compenser pour partie la chute de rendement.
Cette année
à l'inverse, la récolte est pléthorique partout en Europe ce qui a provoqué un
effondrement des cours. Si une baisse de prix était prévisible compte tenu de
l'offre surabondante sur le marché, on ne peut que regretter l'amplitude du
phénomène et l'inaction de la Commission européenne. Les céréales françaises et
européennes manquent de compétitivité sur les marchés internationaux en raison
de la faiblesse croissante du dollar par rapport à l'euro et de l'agressivité
commerciale de l'Argentine en particulier. Nous attendons de la Commission
qu'elle accorde des restitutions à l'exportation et des compensations pour
gommer notre handicap monétaire. C'est la seule solution pour assainir le marché
et rétablir les prix.
Toutes les aides à la surface ont été payées dans les
délais
Malgré les
bons rendements, cet effondrement des prix va inévitablement se traduire au
niveau du revenu des agriculteurs. Heureusement, la base maïs de laquelle dépend
notre département n'est pas en dépassement cette année. En conséquence les aides
Pac ne subiront aucune réduction. Pour le maïs sec et le gel correspondant,
l'aide à l'hectare sera supérieure de quelque 30 € par rapport au montant 2003,
ce qui va limiter en partie la baisse du revenu à l'hectare.
En outre
toutes les aides à la surface ont été payées dans les délais le 16 novembre. Ce
point nous tenait particulièrement à cœur. Le paiement des aides Pac a été
réalisé sur la base des surfaces déclarées sur les formulaires S2 jaune même
lorsqu'il subsistait un décalage avec les dessins d'îlots sur le RPG. La mise à
jour du RPG ne peut pas se faire en une ou deux années. Compte tenu de notre
parcellaire - avec plus de 140.000 îlots, le Bas-Rhin est le département de
France comprenant le plus grand nombre d'îlots - cela mettra encore un à deux
ans à condition que l'administration soit suffisamment bien organisée pour
saisir correctement les corrections qui lui sont signalées par les
agriculteurs.
L'année
prochaine sera la dernière année sous le régime actuel de l'Agenda 2000. Le mode
d'octroi des aides compensatoires Pac sera rigoureusement le même qu'au cours
des dernières années. Le découplage des aides ne s'appliquera qu'à partir de
2006. La conditionnalité quant à elle commencera à s'appliquer progressivement
dès 2005 avec en particulier les mesures bandes enherbées et diversité de
l'assolement.
Je ne
reviendrai pas sur ces mesures car nous les présentons dans le détail lors des
réunions d'information Pac que nous organisons dans le cadre de notre tournée
cantonale. Néanmoins nous réclamons les souplesses qui s'imposent pour cette
première année d'application afin de permettre à tous les agriculteurs
d'intégrer ces changements, d'autant que ce nouveau dispositif n'est pas encore
définitivement arrêté.
Nous serons
particulièrement vigilants sur les contrôles qui pourront être effectués par
l'administration dans le cadre de la conditionnalité et plus généralement par
rapport à la Pac. Que des contrôles soient réalisés nous paraît tout à fait
normal, mais nous souhaitons que lors du contrôle le bon sens l'emporte et que
les agriculteurs ne soient pas systématiquement pénalisés.
La FDSEA
sera particulièrement attentive sur ce point car les aides compensatoires, même
si elles seront découplées demain, font partie intégrale du revenu des
agriculteurs.
Demain, le pétrole vert
Pour
conclure je souhaiterai aborder un sujet porteur d'espoir pour les grandes
cultures, celui des biocarburants. Dans le contexte actuel de cours élevé du
pétrole et d'incertitudes s'agissant des réserves pour les années à venir,
l'agriculture avec les biocarburants, est en mesure d'apporter une solution
alternative au tout pétrole. Atout non négligeable qui plaide en faveur des
biocarburants, l'éthanol et le diester permettent de réduire de 75% les
émissions de gaz à effet de serre.
L'utilisation
des céréales, oléagineux ou betteraves pour produire des biocarburants
représenterait un nouveau débouché pour les grandes cultures, tout à fait
appréciable.
Il reste
cependant quelques verrous à faire sauter parmi lesquels figurent le régime de
fiscalité sur les carburants et la position de l'industrie pétrolière. Celle-ci
est aujourd'hui assez réservée sur les biocarburants mais sa position devrait
évoluer car l'Union européenne a fixé à 5,75% le taux d'incorporation
obligatoire de biocarburants dans les énergies consommées en matière de
transport à l'horizon 2010.