Rencontre avec Christian Jacob
Mettre fin aux pratiques abusives de la grande distribution
Profitant du déplacement de Christian Jacob dans le département,
les responsables agricoles ont demandé à le rencontrer sur le
délicat dossier de la grande distribution. Le Ministre, ancien syndicaliste
agricole, s'est montré très attentif aux préoccupations
des agriculteurs, mais beaucoup de chemin reste encore à parcourir pour
rééquilibrer les rapports de force entre les producteurs fournisseurs
de la grande distribution et celle-ci.
C'est au terme d'une journée marathon en Alsace pour le ministre délégué
au Commerce que les responsables agricoles de la FDSEA et des JA l'ont rencontré
jeudi dernier à la maison de l'agriculture. Deux jours auparavant, les
agriculteurs s'étaient mobilisés devant les hypermarchés
pour dénoncer les marges abusives réalisées par la grande
distribution au détriment des producteurs.
Cette rencontre avec le Ministre est donc tombée à pic, à
quelques jours de la table ronde qui réunira les différents acteurs
autour du ministre de l'Economie, Nicolas Sarkozy le 3 juin à Paris.
En effet face à la panne de l'économie française, le
pouvoir d'achat apparaît comme un levier important pour relancer la consommation.
Et le ministre de l'Economie souhaiterait provoquer une baisse des prix à
la consommation en rognant sur les marges des distributeurs. Si l'objectif de
relance de la consommation à travers une baisse des prix est louable,
il ne faudrait pas une fois de plus que ce soit aux producteurs de la supporter.
"Nous avons quelques inquiétudes quant aux orientations que compte
prendre le ministre de l'Economie" a précisé Jean-Paul Bastian.
Christian Jacob, ancien leader du CNJA de 1992 à 1994, s'est montré
attentif aux craintes de la profession. Il suggère d'assortir la baisse
des prix à la consommation de deux conditions. D'abord que la baisse
des prix soit mise en place sur des bases contractuelles. Et ensuite qu'un large
observatoire de prix soit créé parallèlement. Le ministre
craint en effet que la baisse des prix soit appliquée sur certains produits,
mais que les distributeurs se "rattrapent" sur d'autres.
Sanctionner tous les abus de la distribution
Christian Jacob s'est aussi montré fermement opposé à
la suppression de la loi Galland rejoignant sur ce point la position de la profession.
Cette loi votée en 1996, aussi appelée loi sur la loyauté
et l'équilibre des relations commerciales a un triple objectif : l'interdiction
de vente à un prix abusivement bas, l'interdiction de revente en dessous
du prix mentionné sur la facture (seuil de revente à perte) et
l'équilibre des relations entre fournisseurs et distributeurs (éviter
le déréférencement). Même si cette loi a régulièrement
été contournée -les marges arrières en sont l'illustration
la plus flagrante - la loi Galland doit être conservée. "Nous
ne voulons pas que la loi Galland soit supprimée, au contraire, nous
demandons que son application soit renforcée et que tout contournement
soit sanctionné" a insisté Jean-Paul Bastian.
Le blocage généralisé des centrales d'achat en novembre
2002 par la profession avait permis un renforcement du contrôle des pratiques
abusives de la grande distribution. Durant l'année 2003 plusieurs condamnations
ont même été prononcées à l'égard de
certaines enseignes. Mais celles-ci sont restées symboliques. Pour la
profession, les marges arrières sans contrepartie et les pratiques commerciales
abusives doivent rester illégales donc contrôlées et sanctionnées.
Contrairement à certaines idées lancées, requalifier les
marges arrières en modifiant la loi Galland ne permettrait pas de solutionner
le problème car cela reviendrait à légaliser cette pratique
et encouragerait par conséquent sa poursuite.
Gare au hard discount
Parmi les autres points qui seront examinés lors de la table ronde sur
la consommation, figure aussi le soutien au commerce de proximité et
le développement de la grande distribution. Sur ce point, la très
médiatique question de l'ouverture des magasins le dimanche est posée.
Mais l'ouverture des commerces le dimanche ne règle pas le problème
du pouvoir d'achat des consommateurs.
En revanche le développement de la taille et du nombre de magasins de
la grande distribution est réellement préoccupant car il se fait
au détriment du commerce de proximité. "Une attention particulière
doit être portée au hard discount" a insisté Denis
Ramspacher. En effet bien que recourant moins aux pratiques des marges arrières,
le hard discount est particulièrement dur dans les négociations
avec ses fournisseurs. De plus le hard discount transgresse régulièrement
les accords interprofessionnels que l'ensemble de la grande distribution s'est
engagée à respecter, comme par exemple pour le prix du lait. La
vigilance à l'égard du hard discount est d'autant plus importante
qu'un supermarché sur 2 qui se construit actuellement est une enseigne
hard discount.
De son côté Thomas Blum a insisté auprès du ministre
sur la nécessité d'encadrer la grande distribution et de rééquilibrer
les rapports de force entre les producteurs et les grandes centrales d'achat
afin d'assurer un avenir aux jeunes agriculteurs.
Concluant la rencontre, Christian Jacob s'est engagé à intégrer
les revendications de la profession dans le débat général
sur la consommation et la grande distribution. Espérons que le ministre
saura insuffler un peu de bon sens paysan lors de la table ronde du 3 juin ainsi
que dans les débats à venir… Sinon il est fort à
parier que les agriculteurs feront à nouveau entendre leur voix à
l'occasion de nouvelles actions.
Joseph Behr