Criel Alsace
Un printemps frisquet pour le prix
du lait
Après avoir
arraché dans la douleur un accord sur le prix du lait au niveau national
l'interprofession laitière régionale ne s'était pas réunie. L'assemblée
générale, sous la présidence de Bernard Schoeffel le 6 mai dernier à
Schiltigheim a été l'occasion de fixer le prix du lait pour le 2ème
trimestre et de faire le bilan d'une année 2003 contrastée.
L'enquête
annuelle réalisée auprès des laiteries par l'interprofession laitière fait état
de 1 120 livreurs de lait en Alsace fin 2003 soit une baisse de 5% par
rapport à 2002. Les livraisons de lait alsaciennes atteignent 275 millions de
litres soit une chute de 0,6% par rapport à 2002. Alors que la collecte
nationale recule de près de 1,4%, le potentiel de production des élevages
alsaciens a pu être maintenu grâce aux stocks de maïs et ce malgré les fortes
chaleurs de l'été 2003. Le volume moyen de livraison par exploitation s'établit
à 245 000 litres, soit près de 4% de plus qu'en 2002.
Une
année morose pour le prix du lait
Tout comme
en 2002, le prix de base des producteurs alsaciens a été fixé sur la base d'une
grille de prix unique pour l'ensemble des entreprises collectant du lait sur la
région grand Est en 2003. Cette grille unique permet aujourd'hui aux éleveurs
laitiers d'Alsace et de Lorraine d'avoir un prix de base identique.
Après
l'embellie de 2000 (+ 7,78 euros / 1000 litres) et de 2001 (+ 12,30 euros / 1000
litres) les producteurs de lait ont accusé le coup d'une première baisse non
négligeable en 2002 de 10,95 € / 1000 litres.
Début 2003,
lors des négociations interprofessionnelles, les transformateurs ont déjà pollué
les débats sur les PGC en raison des difficultés rencontrées sur les produits
industriels en 2002.
En juillet
2003, certaines entreprises réclamaient l'application de la clause de sauvegarde
afin d'aller au-delà de la baisse résultant du calcul des index.
En septembre
2003, la FNIL et la FNCL ont purement et simplement dénoncé l'accord de
1997.
Après 6 années d'application, l'accord interprofessionnel
de 1997 sur la fixation du prix du lait aura atteint les objectifs que s'étaient
fixés les signataires. A savoir adapter le prix du lait au marché, garder un certain lissage sur les
variations, prendre en compte l'ensemble des
marchés, y compris les PGC écoulés en France et
renouer un dialogue constructif au niveau des interprofessions.
Force est de
reconnaître que le contexte dans lequel l'accord de 1997 s'était inscrit, était
bien différent de celui que connait le secteur laitier européen aujourd'hui. Les
marchés étaient globalement équilibrés dans un
contexte européen stable. Du coté des produits industriels, les fluctuations,
reflétées dans les variations de prix, ont été assez équilibrées entre les
hausses et les baisses. Quant au prix des produits de grande consommation, ils
ont poursuivi une pente plutôt orientée à la hausse et ont permis des
ajustements positifs sur le prix à la production.
Aussi sur
les 6 années d'application, 3 ont permis une hausse de prix (1998, 2000, et
2001) et les 3 autres ont été négatives (1999, 2002 et 2003).
En ce qui
concerne 2003, le prix de base du CRIEL Alsace s'établit en moyenne à 291, 88 €
/ 1000 litres. Il accuse ainsi à nouveau une baisse de quelque 1,4 % par rapport
à 2002 soit 4,02 € / 1000 litres. Le niveau de prix de 2003 est proche de celui
de 1998.
Le beurre et
l'ultra frais sont les deux principaux contributeurs aux évolutions du
marché des produits laitiers. Les corps gras
solides accusent ainsi un nouveau recul en 2003 de quelque 3,6 %. A l'inverse
les produits ultra frais sont orientés à la hausse tant en volume + 4,2% qu'en
valeur + 6%. Dans une conjoncture alimentaire morose le prix semble redevenir
une priorité pour les consommateurs français qui se tournent de plus en plus
vers les hard discounters. Les producteurs de lait continuent de défendre une
prise en compte des PGC dans la fixation du prix du lait qui est fondamentale
puisqu'ils représentent la moitié du débouché et surtout les trois quarts de la
valorisation. Rappelons que cette prise en compte sur le
marché intérieur en 2003 a tout de même
représenté 2,78 € / 1000 litres au niveau du CRIEL Alsace. Hélas remise en cause
chaque année au cours d'une négociation annuelle entre les différentes familles
de l'Interprofession cette prise en compte des PGC sur le
marché intérieur n'est pourtant qu'un juste
retour pour les producteurs.
Une
qualité qui ne cesse de progresser
L'accord
Interprofessionnel relatif à l'application de la réglementation pour les germes
et les cellules s'est fait attendre. Signé par les trois familles de
l'interprofession le 6 novembre 2003 et paru au journal officiel seulement en ce
début d'année 2004, cet accord est à l'origine d'une année de gestion confuse en
matière de lait hors normes. En ce qui concerne la Région Alsace, d'abord mis en
suspend lors du comité directeur du 16 juillet, il a tout de même été décidé
d'appliquer l'accord Interprofessionnel lors de la réunion du CRIEL du
1er août 2003. La mise en place d'un contrat
d'amélioration permet à un producteur hors norme d'éviter la non collecte
pendant un an. Pendant cette même période le producteur devra tout mettre en
œuvre afin de se situer à un niveau cellulaire inférieur à 400 000
cellules. Le bilan 2003 semble très encourageant, malgré les fortes périodes de
chaleur. En effet, sur la base des résultats transmis par les laiteries, les
laits à moins de 250 000 cellules progressent de presque 5 %. En parallèle,
la quantité de lait collectée à plus de 400 000 cellules diminue de presque
2 %. Le nombre de producteurs concernés par des qualités cellulaires supérieures
à 400 000 se stabilise d'une année à l'autre se situant tout comme en 2002
toujours aux alentours de 80. Plus globalement la progression en volume des
laits de qualité collectés témoignent d'une part, des efforts consentis par les
éleveurs, mais également de l'efficacité des actions d'accompagnement proposées
par les différents intervenants sur le terrain (laiteries, EDE....).
Prix
du lait 2004 : dans la douleur
Tout le
monde se souvient de la fixation tumultueuse du prix du lait à la production au
premier trimestre 2004. Une première proposition de baisse de 18 euros / 1000
litres par le collège des transformateurs a été perçue par les producteurs comme
une véritable provocation. Un index non lissé au premier trimestre aurait
purement et simplement du limiter la baisse à 6,64 euros / 1000 litres. Les
transformateurs, en argumentant un " nécessaire recalage " avec
la concurrence européenne et surtout l'Allemagne, ont tout de même obligé les
producteurs à se résoudre à une baisse de -10,7 euros / 1000 litres pour janvier
et de -9,5 euros / 1000 litres pour février et mars. Après que les négociations
soient restées dans l'impasse pendant 40 jours, un compromis, permettent une
trêve de 6 mois a tout de même été trouvé dans la douleur. Cet accord mentionne
entre autre une application des index non lissés sur le 2ème
trimestre et une reprise des travaux interprofessionnels afin que soit
rapidement trouvé un nouveau système qui devra se substituer à l'accord de 1997
et ce dès le 3ème trimestre 2004. Au terme de leur assemblée générale
les membres de l'interprofession alsacienne se sont penchés sur la fixation du
prix pour le deuxième trimestre 2004. Les index anciennement utilisés dans
l'accord 1997 et non lissés ressortent à -12,13 euros / 1000 litres. S'agissant
de l'ajustement lié aux évolutions du m
arc
hé
intérieur des PGC, celui-ci est reconduit sur les bases de 2003 à savoir + 1,6
euros / 1000 litres. Le cumul de ces deux indicateurs tire à nouveau le prix du
lait vers le bas de 10,53 euros / 1000 litres par rapport à la grille initiale.
PRIX CRIEL POUR LE 2ème TRIMESTRE
2004
|
MOIS 2004 |
Prix de base |
Indexation |
Ajustement PGC |
Prix payé |
|
Avril |
260 |
-12,13 |
1,60 |
249,47 |
|
Mai |
260 |
-12,13 |
1,60 |
249,47 |
|
Juin |
279 |
-12,13 |
1,60 |
268,47 |
Une
lueur d'espoir en ce début de campagne
Selon
une récente note de conjoncture de l'Onilait la collecte française est en recul
et ce depuis le début de campagne. Au niveau européen, la baisse est
significative dans les principaux pays laitiers au cours du premier trimestre
2004. En effet, le repli a été de plus de 1 % à fin février. La baisse a
été encore plus importante en mars avec une diminution de
4,4 %.
Au
Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Danemark et dans une moindre mesure en Allemagne,
où le risque de dépassement était très fort, la collecte s'est réduite au cours
du dernier trimestre de la campagne de 1 à 5 %, avec une accentuation très
nette au mois de mars.
Aux
États-Unis, la collecte est en recul depuis la fin de l'année 2003, après les
évolutions positives constatées auparavant. La baisse du nombre de vaches
laitières est de plus de 150 000 têtes, soit ‑ 1,6 %,
encouragée par des cours de la viande élevés et par un programme de réduction du
cheptel. Par ailleurs, le prix des fourrages, notamment du soja, est élevé et le
remplacement des vaches coûteux en raison de la fermeture de la frontière avec
le Canada après la découverte de cas d'ESB.
Cette
baisse de disponibilités aux États-Unis combinée à des disponibilités réduites
en Océanie et en Europe face à une demande mondiale soutenue, aboutissent à des
prix conjoncturellement élevés mais qui pourraient ne pas perdurer. En effet, le
prix du lait payé aux producteurs est en hausse depuis le second semestre 2003
et un retournement de situation peut s'opérer très vite. En Océanie, un nouveau
manque de pluie pourrait s'annoncer pour les mois à venir, laissant présager un
mauvais redémarrage de la prochaine campagne laitière. Cette conjoncture
ferait-elle remonter le prix du lait français pour le deuxième semestre
2004 ? L'espoir est permis.
Pierre Paul
Ritleng