Edito
Retrouver la sérénité
Par Denis
Ramspacher, secrétaire général de la FDSEA
Qui
ne s'est jamais posé la question de ce que nous réserve l'avenir ? Peu de
monde probablement car pour bien gérer, prendre les bonnes décisions, il est
important d'avoir des repères. Cela est tout particulièrement vrai en
agriculture puisque les décisions prises engagent souvent pour la durée. Sur ce
point force est de reconnaître que les trois dernières années avec les
négociations à l'OMC, l'élargissement et surtout la réforme de la Pac ont sucité
plus d'interrogations qu'elles n'ont apporté de réponses. Mais aujourd'hui, le
cadre de ces grandes réformes est connu et s'agissant de la nouvelle Pac,
l'essentiel a été préservé. En effet, et il est important de souligner, nous
avons réussi à conserver le niveau des aides perçu par chaque exploitation sur
la base de ses références historiques. Pour notre département qui dispose des
aides à l'hectare parmi les plus élevées de France, cet aspect était essentiel.
Si la France avait fait le choix de régionaliser les aides comme certains autres
pays d'Europe, notre département aurait été perdant. Tout cela me permet de dire
que nous allons pouvoir retrouver un peu plus de sérénité dans les temps à
venir.
Pour
autant tout n'est pas encore réglé. La quarantaine de réunions d'informations
Pac que nous venons de tenir dans le cadre de la tournée cantonale de la FDSEA,
nous ont permis d'expliquer à tous les agriculteurs les points clés de la
nouvelle Pac. Mais certains aspects restent encore à préciser, en particulier
sur la conditionnalité et les transferts des droits à paiement.
Les
règles liées à la conditionnalité ont été introduites en contre partie du
maintien du niveau des aides à l'exploitation. Nous ne pouvons néanmoins pas
accepter n'importe quoi. Les mesures à respecter au titre de la conditionnalité
ont pu être aménagées grâce aux négociations menées par la profession. La
souplesse introduite par la possibilité de broyage fin et d'enfouissement
superficiel des cannes de maïs pour les monoculteurs en est un exemple.
Pas de surenchère
Mais
nous restons sur notre garde en ce qui concerne le contrôle à venir de ces
mesures. Relayés par la FNSEA au niveau national, nous demandons un encadrement
de ces contrôles afin que les droits des agriculteurs soient respectés et que la
pédagogie l'emporte sur le harcèlement. Nous insistons pour que 2005, soit une
année blanche, sans aucune pénalité. Les sanctions prévues dans le document
envoyé ces jours-ci à tous les agriculteurs par le Ministère de l'agriculture
sont disproportionnées. A titre d'exemple, la présence d'un seul animal ayant
perdu une boucle d'identification conduira, selon ce document, à une pénalité de
1 % sur l'ensemble des aides. Cela n'est pas acceptable. Si sanction il y a,
elle doit être proportionnée aux anomalies constatées.
S'agissant
des transferts de droits à paiement unique, nous insistons d'une part que les
droits suivent le foncier et d'autre part que ces transferts s'effectuent sans
charges supplémentaires pour les agriculteurs. Nous veillerons à ce que cette
ligne de conduite soit respectée sur le terrain. On ne peut pas réclamer d'un
côté des baisses de charges et d'un autre s'en créer soi-même en faisant de la
surenchère. Il serait d'ailleurs incohérent de rentrer dans cette logique de
surenchère de droits payants si par ailleurs il est possible d'obtenir des
droits gratuits depuis la réserve départementale. J'espère que le bon sens
paysan l'emportera.
Du
bon sens, il en faudrait aussi un peu plus à la Commission européenne. Celle-ci
semble avoir oublié que les agriculteurs tirent avant tout leur revenu des
produits agricoles qu'ils mettent sur le marché et que sur ce point la théorie
du libéralisme à tout va n'est pas acceptable. Il est important que l'Europe
conserve des outils de régulation du marché, tout simplement parce que
l'activité agricole est confrontée à d'importants aléas, climatiques en
particulier. Ce qui s'est passé sur le marché des céréales illustre bien cette
nécessité. Après le déficit de céréales sur le marché européen en 2003, la
situation s'est complètement inversée en 2004. Seules des mesures permettant de
dégager les marchés, par l'intermédiaire de restitutions à l'exportation
notamment, permettront d'assainir le marché et le rétablissement de prix
normaux.
Pour une loi ambitieuse
Au
niveau français aussi, les pouvoirs publics devraient afficher plus d'ambition
pour contrer la toute puissance de la grande distribution et imposer une
répartition plus équitable de la valeur ajoutée en faveur des producteurs. De
notre côté, nous ne baisserons pas les bras non plus, à l'image des négociations
ardues que nous avons eues avec les industriels pour défendre le prix du
lait.
Enfin
si la défense des prix de nos produits doit nous mobiliser chaque instant,
n'oublions pas l'autre volet qui compose le revenu des agriculteurs, celui de la
baisse des charges. Le chantier ouvert par le Gouvernement sur la loi de
modernisation doit être l'occasion de lever certains freins à la compétitivité
de l'agriculture française. Les exemples sont nombreux, mais je citerai
seulement celui de la main d'œuvre saisonnière dont le coût est 1,5 fois plus
élevé en France qu'en Allemagne. Dans ces conditions comment rester compétitif
lorsque des distorsions de concurrence aussi flagrantes existent au sein même de
l'Europe ? Il reste encore du chemin à parcourir mais n'oublions pas qu'en
la matière les petits ruisseaux font les grandes rivières. La réduction de 4
centimes par litre de fuel obtenu sur la TIPP pour les agriculteurs peut
paraître bien mince face à l'augmentation du cours du pétrole. Mais elle est
bien appréciable pour toutes les exploitations consommant beaucoup d'énergie
(séchage du tabac, du houblon, ...).
C'est
pourquoi en 2005, la FDSEA continuera à être mobilisée aux côtés des
agriculteurs pour faire progresser dans le bon sens l'ensemble de ces dossiers.
Elle agira avec détermination en recourant à l'action syndicale lorsqu'il le
faudra. Quotidiennement au service de ses adhérents, la FDSEA s'efforcera aussi
d'être force de proposition afin de permettre aux agriculteurs d'envisager
ensemble plus sereinement leur avenir. C'est avec cette conviction et cet espoir
que je vous souhaite à toutes et à tous d'heureuses fêtes ainsi que bonheur,
santé et réussite pour cette nouvelle année. J'adresse tout particulièrement ces
vœux à Jean-Paul Bastian actuellement en convalescence en lui souhaitant au nom
de l'équipe de la FDSEA et de la profession tout entière un rétablissement
rapide.