Section céréales JA-FDSEA
Gérer intelligemment la réforme de la PAC
Bien que le sujet ait déjà été largement
abordé lors des réunions cantonales cet automne, la réforme
de la PAC et notamment la gestion des droits à paiement ont donné
lieu à des débats animés lors de la réunion de la
section céréales. On a pu constater à cette occasion que
de nombreuses interrogations subsistent.
"Depuis quelques semaines, il y a un repositionnement important de la
FNSEA sur la gestion des DPU et la conditionnalité et certaines règles
risquent d'être nuancées" a expliqué Joseph Behr, directeur
de la FDSEA. Le syndicalisme demande notamment que les Droits à Paiement
Unique (DPU) soient transmis avec le foncier chaque fois que c'est possible.
"C'est une question de bons sens puisqu'il faut forcément mettre
en valeur un hectare pour activer un droit et qu'il ne sert à rien de
conserver des DPU sans terre. Personne n'y gagne excepté la Commission
Européenne qui fait des économies sur ses dépenses agricoles".
Pour éviter de perdre ainsi des montant d'aide importants durant la phase
transitoire, la FNSEA a demandé au ministre de l'agriculture, que les
DPU soient attribués en 2006 sur la base des aides perçues en
2005.
"Les DPU n'existeront juridiquement qu'à partir de 2006" précise
Joseph Behr, et de nombreuses questions se posent encore. En effet, il est question
de réformer l'organisation commune de marché du sucre qui va se
traduire par la mise en place d'aides à la culture de betteraves qui
seront-elles aussi découplées. D'autre part, les aides à
la production de tabac et de houblon seront également découplées
et leurs montant intégrés dans les DPU. Sans parler de l'aide
directe laitière qui sera elle aussi découplée sur la base
du quota détenu au 31 mars 2006. On constate donc que le calcul des droits
à paiements risque d'être pour le moins compliqué pour certaines
exploitations et qu'il est aujourd'hui malaisé de donner par avance une
valeur à ces fameux DPU. Néanmoins, cette complexité issue
du choix français de calculer le montant de l'aide découplée
sur la base de la référence historique de chaque exploitation,
permet aussi au Bas-Rhin de conserver un niveau d'aide à l'hectare plus
élevé que ses voisins. "C'est essentiel pour nous qui avons
des exploitations de petite taille - 38 ha en moyenne en 2004 - avec beaucoup
de cultures spéciales" souligne encore Joseph Behr qui indique que
"le débat national sur la régionalisation des aides n'est
toujours pas entièrement clos et que certaines régions aimeraient
beaucoup mutualiser les aides".
Pour des transferts gratuits.
Pour l'instant, les règles concernant les transferts durant la période
transitoire n'ont pas changé. Si le transfert foncier s'est fait avant
le 15 mai 2004, les DPU pourront être attribués au nouvel exploitant
à travers la réserve puisque ce dernier sera prioritaire. Par
contre, pour tous les transferts après le 15 mai 2004, une clause écrite
doit être établie entre l'ancien et le nouvel exploitant. Dans
ce cas, l'ancien exploitant doit conserver 30 ares de terres agricoles (terre
labourable, prairie ou culture permanente) pour que le transfert puisse avoir
lieu. Le cédant n'a pas besoin de remplir une déclaration PAC
mais ces surfaces ne doivent pas figurer sur la déclaration d'un autre
agriculteur.
Le syndicalisme plaide pour que les DPU soient transmis automatiquement et
gratuitement et ne se transforment pas en une charge supplémentaire pour
les exploitants agricoles. En effet, les DPU correspondent à des aides
compensatoires existantes depuis 10 ans et il n'y a aucune raison de subitement
les valoriser. C'est pour cela que la FNSEA a demandé que les DPU reviennent
automatiquement à l'agriculteur en place en 2006. Enfin, malgré
un accord de principe sur le budget agricole pour le maintenir jusqu'en 2013,
personne ne peut garantir la pérennité de ces droits à
paiement. "Le caractère marchand des DPU avait été
demandé par des pays très libéraux et n'était pas
le choix de la France" souligne Christian Schneider qui poursuit "les
DPU ne sont qu'une compensation de charges et non un revenu, ils ne doivent
pas donner lieu à des surenchères entre agriculteurs".
Conditionnalité : peut mieux faire
Autre volet de la réforme de la PAC, la conditionnalité qui doit
théoriquement se mettre en place dès cette année. Tous
les agriculteurs ont d'ailleurs été bénéficiaires
d'un document envoyé par le ministère de l'agriculture leur expliquant
les différents points de la conditionnalité. "Au moins l'administration
fait l'effort d'expliquer les règles et les mécanismes de contrôles
de la conditionnalité" reconnaît Christian Schneider "mais
ce qui est critiquable c'est le système de points qui pénalise
de la même manière l'agriculteur, qu'il ait une ou plusieurs anomalies".
Le syndicalisme demande que certaines anomalies mineures ne soient pas sanctionnées
et que le système soit simplifié. Concernant les contrôles,
il souhaite également mettre en place une charte qui définisse
les droits et les devoirs des contrôleurs et des agriculteurs afin que
les contrôles se déroulent le mieux possible. "Nous demandons
aussi que les contrôles soient bien organisés et qu'il n'y ait
pas une multitude de contrôleurs différents qui se promènent
sur les exploitations".
Pour finir, Christian Schneider a présenté un projet de jachère
apicole qui existe dans d'autres départements et qu'il souhaiterait proposer
en Alsace. Sur le modèle des jachères faune-sauvage, celui-ci
consiste à mettre en place un couvert de jachère favorable cette
fois ci aux abeilles. Assez peu contraignant pour les agriculteurs, c'est aussi
une manière de montrer à la société que l'agriculture
se soucie, à sa manière, de l'environnement.
Vers une fusion des associations spécialisées ?
Après la fusion des instituts techniques (AGPM Technique et ITCF)
au sein d'Arvalis, il est de plus en plus question d'un rapprochement des
différentes associations spécialisées. A terme, l'AGPB
(blé), l'AGPM (maïs), la FOP (oléo-protéagineux)
et peut être même la CGB (betteraves) pourraient se regrouper
au sein d'une seule structure. Celle ci aurait alors plus de poids pour
défendre ces productions végétales au niveau national
et européen. Des décisions pourraient être prises cette
année alors que le président de l'AGPB depuis 19 ans, Henri
de Benoist, souhaite quitter la présidence. |
Philippe OSSWALD