Un nouvel élan pour l'agriculture
française
Profitant du déplacement du Ministre de l'agriculture au Parlement européen
à Strasbourg, une délégation de la profession agricole, emmenée par Jean-Paul
Bastian, a été reçue par Dominique Bussereau. Cette rencontre à laquelle participaient
aussi Fabienne Keller, Adrien Zeller, Joseph Daul, Antoine Herth et Frédéric
Reiss a été l'occasion d'aborder les sujets agricoles d'actualité et plus particulièrement
les spécificités alsaciennes.

Fraîchement reconduit dans ses fonctions lors du remaniement
ministériel intervenu au lendemain du référendum, le Ministre de l'agriculture
s'est rendu la semaine dernière au Parlement européen à Strasbourg à l'occasion
de la session parlementaire pour préparer le Conseil européen des 16 et
17 juin. Il s'agira du premier grand rendez-vous européen post référendaire
au cours duquel la France aura fort à faire pour continuer à jouer un rôle
de poids au sein de l'Union européenne. Et l'agriculture est intéressée
au premier chef puisque l'accord Chirac-Schröder sur le budget européen
– le budget agricole représente la moitié de ce budget européen - risque
d'être remis sur la table car fragilisé par le vote négatif français.
Un tel affaiblissement de la France est évidemment mal venu au moment où se
trament des réformes importantes tant en Europe avec la réforme de l'OCM sucre
qu'en France avec la mise en œuvre du découplage ou encore le projet de loi
d'orientation agricole.
Conforter la filière sucre alsacienne ...
Pour Jean-Paul Bastian, trois dossiers paraissent essentiels à l'heure actuelle
pour l'agriculture régionale. D'abord le sucre. Avec la réforme de l'OCM sucre
en cours de discussion, il faut que l'Alsace aussi réussisse à tirer son épingle
du jeu. Les enjeux tant pour les planteurs que pour la filière avec l'usine
d'Erstein sont importants. Pour cela le président de la FDSEA a demandé que
les quotas d'Erstein puissent être renforcés et qu'il ne soit pas fait de différence
entre les betteraves du quota et hors quota s'agissant de l'aide compensatoire
à l'hectare qui va être instituée. " C'est une question d'équité entre planteurs
" a insisté Jean-Paul Bastian auprès du Ministre.
Second dossier important aux yeux du président de la FDSEA, la mise en œuvre
de la nouvelle Pac. Evoquant en particulier le tabac et la viande bovine, Jean-Paul
Bastian a insisté pour que les filières de production ne soient pas fragilisées.
Il a aussi demandé à Dominique Bussereau de ne pas toucher au plan de régionalisation.
" Ce serait une erreur politique source d'injustices " a t-il indiqué.
... et réduire le coût de la main d'œuvre saisonnière
Enfin dernier dossier sur lequel la FDSEA souhaiterait voir des avancées, celui
de la main d'oeuvre saisonnière. Une nouvelle fois Jean-Paul Bastian a pointé
du doigt les distorsions de concurrence dans le domaine observées au sein de
l'Union européenne. " Le coût de la main d'œuvre saisonnière est plus de 1,5
fois plus cher en France qu'en Allemagne. Le niveau des charges sociales en
France doit être revu à la baisse sans tarder " a indiqué le président de la
FDSEA.
De son côté le président des JA a réclamé une vraie politique en faveur
de l'installation. " Le taux des prêts JA doit être abaissé pour redonner une
vraie bonification " a insisté Thomas Blum. Le président des JA a aussi demandé
qu'il ne soit pas rajouté de contraintes environnementales supplémentaires dans
la future loi d'orientation.
Pour le président de la Chambre d'agriculture, la loi d'orientation doit aussi
être l'occasion de simplifier et alléger les successions agricoles. " Nous espérons
que la création du fonds agricole ne va pas au contraires l'alourdir " a fait
remarquer Eugène Schaeffer.
Simplifier au maximum la nouvelle Pac
Très attentifs à l'analyse et aux demandes des responsables syndicaux agricoles,
le Ministre de l'agriculture a indiqué que la mise en œuvre du découplage et
notamment le mécanisme de transfert des DPU étaient en phase de finalisation.
" Le transferts des DPU se fera systématiquement sous forme de contrat entre
le cédant et le repreneur " a précisé le ministre tout en insistant sur sa volonté
de simplifier au maximum le dispositif. Concernant la régionalisation, Dominique
Bussereau a indiqué que le débat était clos pour les prochaines années.
Sur la question des distorsions de concurrence observées au niveau de l'emploi
saisonnier agricole, le ministre a précisé qu'il s'agissait là d'un enjeu important
pour l'avenir et que le Gouvernement allait se saisir de ce problème.
Pour illustrer à quel point les différences de charges et contraintes entre
pays engendrent des distorsions de concurrence, Joseph Daul a précisé que si
l'abattoir de Holtzheim se situait de l'autre coté du Rhin à Kehl, l'économie
de charges réalisée annuellement serait de 500.000 € !
S'agissant enfin du projet de loi d'orientation agricole, Dominique Bussereau
s'est montré pragmatique en disant vouloir aller à l'essentiel. Certains chapitres
de cette loi seront légiférés par ordonnance dans un souci d'efficacité a précisé
le ministre qui a par ailleurs indiqué que c'est Antoine Herth qui devrait être
désigné rapporteur de cette loi. Comme l'examen du projet de loi sera probablement
retardé à l'automne, Antoine Herth a indiqué que ce délai supplémentaire sera
mis à profit pour " faire mûrir le projet ".
Joseph Behr.