L'unité professionnelle, une force à préserver
par Denis
Ramspacher, Président de la FDSEA
Avec le
départ de Jean-Paul Bastian de la présidence de la FDSEA, une page se tourne et
je tiens une nouvelle fois à lui rendre hommage et le remercier pour son action
au service de l'agriculture bas-rhinoise. Tout en prenant du recul, son
engagement professionnel se poursuit.
Les
objectifs et le rôle de la Fédération demeurent inchangés et tous les
agriculteurs du département pourront compter sur la détermination de la nouvelle
équipe.
La
FDSEA est une organisation de proximité à l'écoute et au service de tous les
agriculteurs. C'est cette ligne de conduite qui anime l'action quotidienne de la
FDSEA et je veillerai qu'il en demeure ainsi à l'avenir. Les chantiers qui nous
attendent sont en effet nombreux et importants pour notre agriculture.
Le
premier concerne la nouvelle Pac et plus particulièrement la mise en place du
découplage. L'étape à venir qui consiste à définir le nombre et la valeur des
DPU de chaque exploitant est importante car c'est sur cette base que sera
effectué ensuite le paiement des aides compensatoires. L'administration
notifiera ces éléments à chaque agriculteur en septembre prochain et il faudra
alors intégrer les mouvements de foncier intervenus depuis l'année 2000. La
FDSEA avec l'appui des autres organisations professionnelles accompagnera les
agriculteurs dans cette étape en veillant qu'elle se déroule au mieux. Chaque
exploitation retrouvera en 2006 le niveau des aides dont elle bénéficiait
historiquement entre 2000 et 2002 parce que nous avons réussi à éviter la
régionalisation. Pour autant l'incidence du découplage ne sera pas neutre pour
certains secteurs de production comme le tabac ou l'engraissement bovin. Il est
clair que tout devra être fait pour pérenniser chaque filière en cherchant les
adaptations nécessaires et en faisant les choix politiques qui s'imposent.
Le juste prix pour nos produits
L'autre
grand chantier, c'est la défense du prix des produits agricoles. Les tractations
pour ne pas dire le bras de fer sur le prix du lait au cours des derniers mois
le montrent bien. Et nous n'hésiterons pas à nous mobiliser en cas de nécessité
si les accords passés étaient remis en cause. Nous garderons également un œil
attentif sur la grande distribution. Une étude récente vient de montrer que les
consommateurs pensent que c'est la grande distribution qui défend le mieux leur
pouvoir d'achat ! Cette étude ne s'interroge cependant pas sur le dos de
qui la grande distribution mène cette guerre aux prix bas ? Ce n'est pas
sur ses propres marges qui ne cessent de croître mais en réalité sur le dos des
fournisseurs, c'est-à-dire des agriculteurs s'agissant des produits
alimentaires. C'est pourquoi il est important que les autorités aillent plus
loin en matière d'encadrement des prix et de répartition des marges. De notre
coté aussi, essayons d'être plus efficaces en matière d'organisation de la
production pour ne plus brader nos produits en nous faisant parfois concurrence
entre nous-même.
Les armes de la compétitivité
Un
des volets du projet de loi d'orientation va dans ce sens en essayant de
conforter l'organisation de la production et le rôle des interprofessions. Mais
nous attendons aussi de cette loi qu'elle dote les agriculteurs des nouvelles
armes dont ils ont besoin pour rivaliser sur les marchés de plus en plus
concurrentiels. La loi d'orientation doit être l'occasion de mettre en œuvre un
véritable plan de réduction des charges en particulier s'agissant de l'emploi
agricole. Les augmentations successives du SMIC, c'est bien pour le pouvoir
d'achat des salariés. Mais il faudrait aussi que le prix payé aux agriculteurs
suive !
Comme
vous pouvez le constater, la baisse des charges ainsi que la défense du prix
restent une priorité pour la FDSEA car c'est une composante importante du revenu
des agriculteurs.
Et
dans ce domaine, le combat syndical est essentiel et payant. La reconduction de
la réduction de la TIPP de 4 centimes d'euros par litre de fioul sur toute
l'année 2005 a pu être obtenue grâce à la pression du syndicalisme. Même si le
montant de cette réduction paraît quelque peu mince au regard de l'envolée du
cours de pétrole, elle est malgré tout appréciable dans le contexte budgétaire
actuel de l'Etat. C'est grâce à la FDSEA aussi que nous avons pu obtenir
l'autorisation de récolter les jachères pour la 3ème année
consécutive.
L'agriculture, un secteur d'avenir
Au-delà
de la négociation de telles mesures ponctuelles, le rôle du syndicalisme
s'inscrit aussi dans le long terme. Et sur ce point la remise en cause du budget
agricole européen n'est pas de bonne augure. Les aides compensatoires ne seront
évidemment pas remises en cause du jour au lendemain car l'accord
Chrirac-Schroëder entériné par les autres chefs d'Etat lors du sommet européen
d'octobre 2002 prévoit le budget nécessaire jusqu'en 2013. Mais l'attitude
anglaise fragilise plus globalement les fondements même de la Politique agricole
commune. Et c'est en cela qu'il
convient d'être vigilant. Le vote négatif français au référendum a fragilisé le
poids de la France qui du coup a perdu son rôle de leader dans les
discussions.
Nous
restons par conséquent particulièrement vigilants sur les discussions à venir
sur le budget des 25. Strasbourg, siège du Parlement européen, aura probablement
un rôle central à jouer et les agriculteurs alsaciens n'hésiteront pas à se
mobiliser comme par le passé en cas de nécessité.
Malgré
ces remises en cause, l'agriculture reste un secteur d'avenir.
D'abord
parce qu'elle joue un rôle phare dans la société. C'est elle qui permet à la
société de manger à sa faim. C'est grâce à elle que les paysages français sont
tant appréciés par les touristes. Et c'est encore grâce à elle que nous
trouverons demain des solutions alternatives au tout pétrole, avec la chimie
verte et les biocarburants.
Ensuite
parce que l'agriculture bas-rhinoise a des atouts : la diversité de ses
productions, le savoir faire des agriculteurs et aussi l'unité professionnelle.
Ce dernier point est essentiel. C'est en se serrant les coudes tous ensemble que
nous réussirons. Seul on va vite, ensemble on va loin.