Jean-Paul Bastian
Prendre du recul tout en restant disponible
Jean-Paul Bastian a choisi de passer la main à la
présidence de la FDSEA du Bas-Rhin. Fidèle
à lui-même, il n'a pas souhaité médiatiser
l'événement. C'est en toute simplicité, au
milieu des siens – le conseil départemental de la FDSEA et les
dirigeants de l'agriculture bas-rhinoise – qu'il a confirmé
sa décision de prendre du recul. Tout en restant disponible pour d'autres
missions.
Procédé inhabituel, un petit mot écrit de la main de Jean-Paul
Bastian accompagnait l'invitation officielle à la réunion
du conseil départemental de la FDSEA de lundi dernier, 4 juillet. S'agissant
d'un conseil électif, le président y confirmait son intention
de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat. Conscients de l'importance
de cette réunion - à la fois pour rendre hommage au président
sortant et encourager la nouvelle équipe – les membres du conseil
départemental étaient au complet. Et tous les dirigeants de l'agriculture
bas-rhinoise, compagnons de route de Jean-Paul Bastian, ont tenu à s'y
associer. Pour la circonstance, "la bande des quatre" s'était
significativement élargie. Outre Jean-Marie Sander, Eugène Schaeffer
et Joseph Daul, il y avait également le député Antoine
Herth, le doyen d'âge toujours aussi vert, André Wicker,
ainsi que les présidents des grandes filières de production.
Jean-Paul Bastian a toujours eu la hantise de faire le mandat de trop. De longue
date, il avait annoncé qu'il souhaitait prendre du recul. Il pensait
qu'un précédent secrétaire général
était taillé pour lui succéder. Antoine Herth ayant été
happé par la politique, il a fallu remettre le projet à plus tard
et former une nouvelle équipe sur laquelle Denis Ramspacher a pris l'ascendant.
Au moment de quitter la présidence, en harmonie avec sa personnalité,
le président sortant n'a pas souhaité médiatiser
son départ. "Dans nos responsabilités, nous avons souvent
les honneurs. Mais il ne faut jamais oublier ceux qui travaillent dans l'ombre
et dont les mérites ne sont pas moindres."
Jean-Paul Bastian n'a pas davantage voulu dresser le bilan de ses douze
années passées à la tête de la FDSEA. Il aurait pourtant
été flatteur sur de nombreux dossiers "chauds", de
la construction de l'abattoir à la gestion de la crise bovine,
en passant par les quotas laitiers et la réforme de la Pac – en
particulier le dispositif spécial concernant la sole maïs qui a
permis au département de bénéficier de soutiens financiers
exceptionnels.
Le bien-être d'une profession
Il a choisi d'aborder le sujet par une facette qui l'est habituellement
moins, celle de la structure FDSEA elle-même. En céder la présidence
constitue pour lui "le moment le plus important de sa carrière
professionnelle." Ce n'est pourtant pas le seul mandat qu'il
exerce. Ni le plus gratifiant : à ce poste, contraint en permanence à
de périlleux équilibres, on ne peut pas plaire à tout le
monde ! Mais c'est sans conteste le plus intensément vécu
en raison de sa finalité unique : d'un mot, le bien-être
de toute une profession.
Au fil des notes consignées dans le cahier qui ne le quitte jamais,
Jean-Paul Bastian a distillé ses messages. "Quand je dis "je",
comprenez "nous". Seul, on ne peut pas réussir à ce
poste. On ne peut réussir qu'en équipe."
Prêt pour d'autres échéances
Mais si le déchirement est tel, pourquoi quitter ? "Pas pour des
raisons de santé", a-t-il immédiatement précisé,
manifestement bien remis du sévère accident de santé qui
l'avait affecté à l'automne et l'hiver derniers.
"12 ans, ça fait long. Et la relève est prête, c'est
ma grande fierté." Elle a même pu faire ses preuves pendant
les longues semaines où Jean-Paul Bastian était absent. 2005 étant
une année électorale, l'opportunité s'est présentée
de réaliser le projet annoncé : "Prendre du recul",
tout en restant disponible comme membre du bureau départemental, président
ou administrateur de plusieurs organisations professionnelles dans le département,
à Paris et au plan européen (Centre de fiscalité et de
gestion, Saera, Alsace Elevage, Chambre d'agriculture, L'Est Agricole
et Viticole, FNSEA, Copa) et, le cas échéant, "prêt
à assumer d'autres responsabilités."
Une gestion à long terme
A côté de quelques regrets, dont les relations avec les JA qui,
tout en étant bonnes, ont souffert d'un manque de "complicité",
les sujets de satisfaction dominent. A commencer par la très bonne ambiance
de travail qui a toujours prévalu au sein de "la bande des quatre
: malgré nos différences, nous nous sommes toujours retrouvés
sur les dossiers pour travailler ensemble." La même remarque vaut
à l'égard des collaborateurs. "On ne peut pas être
à la FDSEA sans y croire." Le président sortant a salué
"la belle stabilité d'équipes qui n'étaient
pas uniquement obnubilées par des préoccupations de carrière."
Elle a permis de dépasser les urgences du quotidien pour se consacrer
à une gestion à long terme de la profession. Au besoin, elle sait
être revendicative. Jean-Paul Bastian a ainsi eu le redoutable honneur
d'organiser les plus grandes "manif" à Strasbourg dont
celle, à jamais gravée dans les mémoires, qui avait drainé
2 000 tracteurs dans les rues de la capitale européenne.
Priorité à l'animation cantonale
Mais s'il est vrai que beaucoup de dossiers agricoles se traitent à
Paris ou à Bruxelles, l'animation des cantons a constitué
une priorité absolue. Au cours de son parcours militant qui dépasse
de beaucoup la douzaine d'années de présidence de la FDSEA
pour atteindre le quart de siècle, Jean-Paul Bastian n'a manqué
qu'une réunion cantonale, à Haguenau, pour cause de retards
d'avion. Cette même discipline, il l'attend des autres en
retour. Raison pour laquelle tous les efforts ont tendu à rendre "plus
belle la difficile responsabilité de président cantonal."
"Tu as été un grand président, un président
dévoué", lui a lancé André Wicker, le doyen
d'âge de l'assemblée et qui, de ce fait, présidait
de droit les opérations de vote. Dans la bouche de celui qui compte "50
ans de syndicalisme et plus", qui a connu 5 présidents, trois époques
(la reconstruction après-guerre, les 30 glorieuses, la bande des quatre),
sans compter la nouvelle période qu'il ouvrait avec ce scrutin,
le compliment n'est pas mince.
Tous les autres ténors de l'agriculture bas-rhinoise ont joint
leur voix à celle d'André Wicker. Jean-Marie Sander, pour
qui le fond a toujours primé sur la forme, et pour qui "le groupe
est toujours plus fort que le plus fort du groupe" ; Eugène Schaeffer
qui juge qu' "une bonne fédération et un syndicalisme
fort" facilitent la tâche à toutes les autres organisations
professionnelles et institutions ; Joseph Daul qui n'oublie pas qu'il
a bénéficié du soutien du président de la FDSEA
quand tout le monde était contre lui sur le difficile dossier de l'abattoir
il y a dix ans, et qui recommande de conserver un syndicalisme fort "face
à ce qui va se passer dans les prochaines années."
Seul on va vite, ensemble on va loin
A présent, c'est Denis Ramspacher qui reprend le flambeau. Pour
lui aussi, il s'agit d'un "grand moment parce qu'il
faut être bon pour succéder à Jean-Paul Bastian."
Agé de 45 ans, marié, père de trois enfants, il exploite
en Gaec un troupeau laitier et une superficie de 75 ha en blé, maïs
et herbe. Administrateur de la FNPL depuis 2000, secrétaire général
de la FDSEA depuis 2002, les circonstances l'ont propulsé sur le
devant de la scène où il a prouvé ses qualités de
meneur d'hommes, de négociateur, sa connaissance des dossiers et
du terrain, sa capacité de travail. Il a composé son équipe
en étant attentif à une bonne répartition géographique
comme à celle des productions. S'il n'a pas prononcé
de discours-programme après l'heure, déjà très
tardive, de l'élection, il a indiqué vouloir fermement combattre
l'individualisme pour faire respecter toutes les productions. Il tient
également à une bonne représentativité – partout
– de la FDSEA par des militants qui n'oublient pas leurs origines.
Pour rester au service de l'agriculture, aider les agriculteurs à
avoir des perspectives, il compte sur le soutien de l'ensemble des organisations
professionnelles. Denis Ramspacher a esquissé d'une formule la
devise qui pourrait être celle de sa présidence : "Seul on
va vite, ensemble on va loin."
Jean Dominique Schilling