Congrès des producteurs de maïs
Le maïs n'a pas dit son dernier mot
Les producteurs de maïs réunis les 13 et 14 septembre
à Bordeaux, ont montré que la culture du maïs bénéficie
encore d'atouts importants, à condition de savoir les valoriser. Conditionnalité
et loi sur l'eau, baisse des charges, OGM, négociations à l'Organisation
Mondiale du Commerce et biocarburants étaient au menu de ce 56ème
et dernier congrès de l'AGPM.
C'est en souhaitant la "Bienvenue au dernier congrès du maïs"
que Christophe Terrrain, président de l'AGPM a accueilli les producteurs
et les industriels de la filière maïs. En effet, le rapprochement
entre les différentes associations spécialisées se concrétise
à tel point que le prochain congrès sera commun avec l'AGPB (producteurs
de blé) et la FOP (Oléo-Protéagineux). Ce regroupement
permettra une mutualisation des moyens afin de mieux défendre les productions
céréalières françaises sur un marché de plus
en plus mondialisé.
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| Christophe Terrain (président
de l'AGPM), Philippe Pinta (président de l'AGPB) et Xavier Beulin
(président de la FOP) |
Un programme de retenues d'eau
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| Marion Guillou : "L'INRA
accompagne le monde agricole face aux changements techniques et économiques" |
"Le moral des maïsiculteurs est dans les chaussettes" a constaté
le président de l'AGPM s'adressant au ministre de l'agriculture, Dominique
Bussereau. Il est vrai que cet été le maïs a du faire face
à des attaques de la part des associations de consommateurs en raison
de l'irrigation."Le fait que l'attaque vienne non pas de nos détracteurs
habituels que sont les écologistes, mais d'une association de consommateurs
a été particulièrement déstabilisant" précise
le président. "Si les agriculteurs arrosent c'est bien parce qu'il
fait sec, et non le contraire" a tenu à rappeler le ministre de
l'agriculture qui s'est montré rassurant. Pas question de sacrifier
le maïs. Il a répondu favorablement à la demande de David
Martin, président de l'AGPM irrigants qui propose de constituer des réserves
d'eau. " Je souhaite m'engager à vos côtés
pour bâtir un programme décennal de création de retenues
de taille modeste ", a-t-il indiqué. Les conditions de réalisation
en seront précisées dans le cadre de la loi sur l'eau. "
Leur financement pourrait être assuré par l'Etat dès 2006
avec le concours des collectivités locales et des Agences de l'eau
" a promis le ministre. Concernant la redevance irrigation, l'AGPM irrigants
a fait reconnaître l'usage économique de l'eau et ainsi réduit
le montant de la redevance qui était prévu dans la loi sur l'eau
en préparation.
Il ne suffit plus d'augmenter les rendements
Invités dans le cadre d'un colloque autour des atouts du maïs
pour un développement durable, Marion Guillou, présidente directrice
générale de l'INRA a présenté le travail mené
par les agronomes. "L'INRA travaille de plus en plus de manière
pluridisciplinaire. Il ne suffit plus de produire des quintaux mais il faut
prendre en compte de plus en plus de paramètres comme les changements
climatiques et la variabilité du climat, la gestion de l'eau, le prix
de l'énergie, la gestion des marchés et les nouvelles utilisations
du maïs". Jean-Paul Renoux, responsable du programme maïs d'Arvalis
a présenté les nouveaux champs d'étude de l'institut :
améliorer les performances agronomiques en conditions difficiles, réduire
les besoins en intrants et affiner le pilotage de l'irrigation, améliorer
la valeur alimentaire et les qualités technologiques du grain, développer
les techniques de production alternatives (désherbage mixte notamment),
développement des bioénergies (biomasse, biogaz, biocarburants...).
Prévoir plutôt que subir les crises
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Claude Allègre
: "Le mot prévision a disparu du vocabulaire des hommes politiques" |
Claude Allègre, membre de l'académie des sciences et ancien ministre
de l'éducation et de la recherche a donné un point de vue original
sur le développement durable. Il a plaidé pour que "les hommes
politiques aient le courage d'éclairer l'avenir" et résistent
à la mode actuelle du "je suis leur chef donc je les suis".
Auteur d'un livre intitulé "Quand on sait tout on ne prévoit
rien", il a demandé que la France n'abandonne pas la recherche en
biologie et que les politiques sachent la développer et l'orienter pour
trouver des solutions aux problèmes qui se posent dans la réalité.
"Les politiques se contentent de gérer les problèmes quand
ils arrivent au lieu de chercher à les éviter" déplore-t-il.
Concernant le réchauffement climatique, il considère que "le
problème n'est pas de savoir de combien de dixième de degrés
la température va augmenter, mais bien de trouver des moyens pour gérer
la variabilité de plus en plus forte du climat, les sécheresses
et les inondations...". Des solutions techniques existent pour stocker
l'eau en hiver et pour éviter les aménagements qui empêchent
l'eau de s'infiltrer dans le sol, provoquant des inondations. Selon lui, la
recherche sur les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM)
doit également se poursuivre, même s'il considère que la
société doit évaluer leur intérêt en termes
de risques et de bénéfices.
Les OGM ne font pas l'unanimité
Le débat sur les OGM a été très animé,
puisque la majorité des essais de maïs OGM - dont une partie est
chaque année fauchée par les détracteurs de cette technologie
- se situe dans le sud-ouest. Pour l'AGPM, l'utilisation des OGM présente
des avantages pour les agriculteurs puisque certaines de ces variétés
sont résistantes à la pyrale, à la chrysomèle ou
au glyphosate. C'est sans doute la raison pour laquelle près de 900 ha
sont cultivés dans le Sud-Ouest. Les OGM sont également présents
largement en Espagne et l'Union Européenne importe une majorité
de soja transgénique qui est utilisé en alimentation animale et
humaine. Mais cela ne fait pas l'unanimité. "Nos clients ne sont
pas demandeurs et cela coûte cher de segmenter les marchés puisque
lorsqu'on a deux filières, il faut pouvoir garantir l'absence d'OGM dans
la filière traditionnelle. Cela signifie des analyses régulières
ainsi qu'un stockage et un transport séparé qui ont un coût
important" souligne Michel Soufflet, amidonnier et négociant en
céréales. C'est également ce que pensent les producteurs
de maïs doux (30 000 ha dans le Sud-Ouest) qui ont investi dans la traçabilité
"sans OGM" pour contrer la concurrence asiatique. L'AGPM appelle néanmoins
les politiques à faire preuve de plus de responsabilité en mettant
en place des règles claires permettant la co-existence entre les OGM
et les cultures traditionnelles et définissant les responsabilités
des uns et des autres.
La mondialisation continue
Les négociations commerciales à l'Organisation Mondiale du Commerce
qui reprendront cet hiver représentent aussi un enjeu de taille pour
la filière maïs puisqu'elles pourraient se solder par une baisse
importante de la protection aux frontières et la porte ouverte à
des importations de pays tiers. "Il ne faut pas que l'agriculture serve
de monnaie d'échange en contrepartie d'exportations de biens industriels
et de services" martèle Henri Bernard Cartier, secrétaire
général de l'AGPM. "Toute la profession agricole française
et européenne défendra ce dossier". Pendant ce temps, d'autres
négociations bilatérales avec l'Amérique du sud inquiètent
aussi les producteurs français. "Le Brésil et le Mercosur
se préparent et mettent en place la traçabilité, développent
les biocarburants et s'adaptent à nos normes environnementales pour pouvoir
exporter vers l'Union Européenne" prévient Henri-Bernard
Cartier.
Les maïsiculteurs se sentent interpellés sur leurs pratiques culturales.
L'enrobage des semences par le Gaucho et le Régent est désormais
interdit et le sort des mélanges de produits phytosanitaires est toujours
en suspens. Ainsi qu'il s'y était déjà engagé,
au congrès de la FNSEA en mars dernier, le ministre de l'Agriculture
a promis devant le congrès de régler le dossier. Un arrêté
ministériel devrait être publié prochainement sur les modalités
de leurs autorisations.
Biocarburants : on avance
Les producteurs sont d'autant plus inquiets aujourd'hui que la
campagne maïs 2005 ne s'annonce pas sous de bons auspices. A cause
de la sécheresse et des restrictions imposées à l'irrigation,
les rendements seront décevants, notamment dans le sud. Dans le même
temps, les coûts de production n'ont cessé de grimper du
fait du renchérissement de l'énergie. Christophe Terrain
estime à une fourchette comprise entre 40 et 100 euros par ha, l'augmentation
des coûts de production. Sur ce sujet, le ministre de l'Agriculture
n'a fait que confirmer l'annonce de Dominique de Villepin au Space
: l'augmentation de la prise en charge de la TIPP par l'Etat qui
passe de 4 à 5 centimes depuis le 1er septembre ainsi que l'augmentation
du remboursement de la taxe intérieure sur la consommation de gaz de
60 à 80 %. Il a aussi et surtout confirmé l'accélération
du plan biocarburants, avec un taux d'incorporation dans l'essence de
5,78% en 2008 et 7 % en 2010 soit une accélération de ce qui était
prévu initialement. Cela permettra de mobiliser 3 millions d'hectares
sous contrat pluriannuel et nécessitera la construction de 8 nouvelles
usines. Mais il n'a pas répondu, du moins pour l'instant,
à la demande de Christophe Terrain, d'imposer aux pétroliers
une obligation d'incorporation ou une modification des spécificités
des essences pour assurer réellement cette incorporation.
Philippe OSSWALD
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La délégation
qui représentait le Bas-Rhin au congrès de l'AGPM
: Christian Schneider, Jacky Haller, Marc Moser et Philippe Osswald. |
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Marc Moser vient d'être élu membre du Conseil d'administration
de l'AGPM en remplacement de Jean-Georges Ringeisen qui après plus
de 10 ans à l'AGPM a préféré se consacrer
à ses mandats départementaux. A travers ce mandat national,
il aura pour tâche la défense des intérêts des
producteurs de maïs du Bas-Rhin dans un contexte en forte évolution.
Quels sont les éléments importants à retenir
de ce congrès ?
Le congrès des producteurs de maïs est chaque année
l'occasion de réaffirmer l'utilité de la culture du maïs,
tant au niveau français qu'en Europe. Il est important de montrer
que cette culture a toute sa place au milieu des autres productions
agricoles et des filières françaises, que ce soit pour
l'alimentation animale à travers l'ensilage, pour l'alimentation
humaine avec le maïs doux et les multiples utilisations de l'amidon
du maïs grain, ou encore pour l'utilisation énergétique
ou industrielle en remplacement du plastique.
A travers les débats sur l'irrigation et la gestion de l'eau,
j'ai pu constater que la production alsacienne bénéficie
d'un atout considérable par rapport à d'autres régions
de France où l'eau doit être gérée de manière
très économe. Nous sommes capables de produire du maïs
non irrigué qui représente 80 % des surfaces, et les 20%
de culture irriguée bénéficient d'une réserve
d'eau toujours disponible. C'est à nous de communiquer positivement
sur cette culture qui n'est pas responsable de la sécheresse,
contrairement à ce que certains semblent dire car les agriculteurs
subissent les changements climatiques et n'en sont pas responsables.
Quels sont les principaux dossiers défendus par l'AGPM
qui sont importants pour l'Alsace ?
C'est vrai que certains dossiers suivis par l'AGPM concernent assez
peu l'Alsace. C'est le cas par exemple du retrait du Gaucho et du Régent
pour le traitement des semences, ou de la culture du maïs génétiquement
modifié. L'Alsace a choisi de ne pas cultiver d'OGM pour l'instant
car les acheteurs n'en veulent pas et que cela entraîne des surcoûts
pour la filière. Néanmoins, c'est utile de suivre les
évolutions en cours autour de ces questions car on ne pourra
sans doute pas éviter d'en débattre à un moment
ou à un autre.
L'AGPM déploie beaucoup d'énergie pour la défense
et le développement de nos marchés et participe aux cotés
de la FNSEA aux négociations agricoles à l'Organisation
Mondiale du Commerce. Concernant les biocarburants, l'AGPM fait la promotion
du bioéthanol qui peut être produit à partir du
maïs. Cela permettra à l'avenir d'offrir des débouchés
supplémentaires aux maïsiculteurs tout en montrant à
nos concitoyens que cette culture peut nous aider à préserver
l'environnement en luttant contre l'effet de serre et offrir une alternative
aux importations de pétrole.
Propos recueillis par P.O. |