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  9/26/2005
  Congrès de l'AGPM 2005 : Le maïs n'a pas dit son dernier mot


Congrès des producteurs de maïs

Le maïs n'a pas dit son dernier mot

Les producteurs de maïs réunis les 13 et 14 septembre à Bordeaux, ont montré que la culture du maïs bénéficie encore d'atouts importants, à condition de savoir les valoriser. Conditionnalité et loi sur l'eau, baisse des charges, OGM, négociations à l'Organisation Mondiale du Commerce et biocarburants étaient au menu de ce 56ème et dernier congrès de l'AGPM.

C'est en souhaitant la "Bienvenue au dernier congrès du maïs" que Christophe Terrrain, président de l'AGPM a accueilli les producteurs et les industriels de la filière maïs. En effet, le rapprochement entre les différentes associations spécialisées se concrétise à tel point que le prochain congrès sera commun avec l'AGPB (producteurs de blé) et la FOP (Oléo-Protéagineux). Ce regroupement permettra une mutualisation des moyens afin de mieux défendre les productions céréalières françaises sur un marché de plus en plus mondialisé.

Christophe Terrain (président de l'AGPM), Philippe Pinta (président de l'AGPB) et Xavier Beulin (président de la FOP)

 

Un programme de retenues d'eau

Marion Guillou : "L'INRA accompagne le monde agricole face aux changements techniques et économiques"

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Le moral des maïsiculteurs est dans les chaussettes" a constaté le président de l'AGPM s'adressant au ministre de l'agriculture, Dominique Bussereau. Il est vrai que cet été le maïs a du faire face à des attaques de la part des associations de consommateurs en raison de l'irrigation."Le fait que l'attaque vienne non pas de nos détracteurs habituels que sont les écologistes, mais d'une association de consommateurs a été particulièrement déstabilisant" précise le président. "Si les agriculteurs arrosent c'est bien parce qu'il fait sec, et non le contraire" a tenu à rappeler le ministre de l'agriculture qui s'est montré rassurant. Pas question de sacrifier le maïs. Il a répondu favorablement à la demande de David Martin, président de l'AGPM irrigants qui propose de constituer des réserves d'eau. " Je souhaite m'engager à vos côtés pour bâtir un programme décennal de création de retenues de taille modeste ", a-t-il indiqué. Les conditions de réalisation en seront précisées dans le cadre de la loi sur l'eau. " Leur financement pourrait être assuré par l'Etat dès 2006 avec le concours des collectivités locales et des Agences de l'eau " a promis le ministre. Concernant la redevance irrigation, l'AGPM irrigants a fait reconnaître l'usage économique de l'eau et ainsi réduit le montant de la redevance qui était prévu dans la loi sur l'eau en préparation.

Il ne suffit plus d'augmenter les rendements

Invités dans le cadre d'un colloque autour des atouts du maïs pour un développement durable, Marion Guillou, présidente directrice générale de l'INRA a présenté le travail mené par les agronomes. "L'INRA travaille de plus en plus de manière pluridisciplinaire. Il ne suffit plus de produire des quintaux mais il faut prendre en compte de plus en plus de paramètres comme les changements climatiques et la variabilité du climat, la gestion de l'eau, le prix de l'énergie, la gestion des marchés et les nouvelles utilisations du maïs". Jean-Paul Renoux, responsable du programme maïs d'Arvalis a présenté les nouveaux champs d'étude de l'institut : améliorer les performances agronomiques en conditions difficiles, réduire les besoins en intrants et affiner le pilotage de l'irrigation, améliorer la valeur alimentaire et les qualités technologiques du grain, développer les techniques de production alternatives (désherbage mixte notamment), développement des bioénergies (biomasse, biogaz, biocarburants...).

Prévoir plutôt que subir les crises

Claude Allègre : "Le mot prévision a disparu du vocabulaire des hommes politiques"

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Claude Allègre, membre de l'académie des sciences et ancien ministre de l'éducation et de la recherche a donné un point de vue original sur le développement durable. Il a plaidé pour que "les hommes politiques aient le courage d'éclairer l'avenir" et résistent à la mode actuelle du "je suis leur chef donc je les suis". Auteur d'un livre intitulé "Quand on sait tout on ne prévoit rien", il a demandé que la France n'abandonne pas la recherche en biologie et que les politiques sachent la développer et l'orienter pour trouver des solutions aux problèmes qui se posent dans la réalité. "Les politiques se contentent de gérer les problèmes quand ils arrivent au lieu de chercher à les éviter" déplore-t-il. Concernant le réchauffement climatique, il considère que "le problème n'est pas de savoir de combien de dixième de degrés la température va augmenter, mais bien de trouver des moyens pour gérer la variabilité de plus en plus forte du climat, les sécheresses et les inondations...". Des solutions techniques existent pour stocker l'eau en hiver et pour éviter les aménagements qui empêchent l'eau de s'infiltrer dans le sol, provoquant des inondations. Selon lui, la recherche sur les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) doit également se poursuivre, même s'il considère que la société doit évaluer leur intérêt en termes de risques et de bénéfices.

Les OGM ne font pas l'unanimité

Le débat sur les OGM a été très animé, puisque la majorité des essais de maïs OGM - dont une partie est chaque année fauchée par les détracteurs de cette technologie - se situe dans le sud-ouest. Pour l'AGPM, l'utilisation des OGM présente des avantages pour les agriculteurs puisque certaines de ces variétés sont résistantes à la pyrale, à la chrysomèle ou au glyphosate. C'est sans doute la raison pour laquelle près de 900 ha sont cultivés dans le Sud-Ouest. Les OGM sont également présents largement en Espagne et l'Union Européenne importe une majorité de soja transgénique qui est utilisé en alimentation animale et humaine. Mais cela ne fait pas l'unanimité. "Nos clients ne sont pas demandeurs et cela coûte cher de segmenter les marchés puisque lorsqu'on a deux filières, il faut pouvoir garantir l'absence d'OGM dans la filière traditionnelle. Cela signifie des analyses régulières ainsi qu'un stockage et un transport séparé qui ont un coût important" souligne Michel Soufflet, amidonnier et négociant en céréales. C'est également ce que pensent les producteurs de maïs doux (30 000 ha dans le Sud-Ouest) qui ont investi dans la traçabilité "sans OGM" pour contrer la concurrence asiatique. L'AGPM appelle néanmoins les politiques à faire preuve de plus de responsabilité en mettant en place des règles claires permettant la co-existence entre les OGM et les cultures traditionnelles et définissant les responsabilités des uns et des autres.

La mondialisation continue

Les négociations commerciales à l'Organisation Mondiale du Commerce qui reprendront cet hiver représentent aussi un enjeu de taille pour la filière maïs puisqu'elles pourraient se solder par une baisse importante de la protection aux frontières et la porte ouverte à des importations de pays tiers. "Il ne faut pas que l'agriculture serve de monnaie d'échange en contrepartie d'exportations de biens industriels et de services" martèle Henri Bernard Cartier, secrétaire général de l'AGPM. "Toute la profession agricole française et européenne défendra ce dossier". Pendant ce temps, d'autres négociations bilatérales avec l'Amérique du sud inquiètent aussi les producteurs français. "Le Brésil et le Mercosur se préparent et mettent en place la traçabilité, développent les biocarburants et s'adaptent à nos normes environnementales pour pouvoir exporter vers l'Union Européenne" prévient Henri-Bernard Cartier.

Les maïsiculteurs se sentent interpellés sur leurs pratiques culturales. L'enrobage des semences par le Gaucho et le Régent est désormais interdit et le sort des mélanges de produits phytosanitaires est toujours en suspens. Ainsi qu'il s'y était déjà engagé, au congrès de la FNSEA en mars dernier, le ministre de l'Agriculture a promis devant le congrès de régler le dossier. Un arrêté ministériel devrait être publié prochainement sur les modalités de leurs autorisations.

Biocarburants : on avance

Les producteurs sont d'autant plus inquiets aujourd'hui que la campagne maïs 2005 ne s'annonce pas sous de bons auspices. A cause de la sécheresse et des restrictions imposées à l'irrigation, les rendements seront décevants, notamment dans le sud. Dans le même temps, les coûts de production n'ont cessé de grimper du fait du renchérissement de l'énergie. Christophe Terrain estime à une fourchette comprise entre 40 et 100 euros par ha, l'augmentation des coûts de production. Sur ce sujet, le ministre de l'Agriculture n'a fait que confirmer l'annonce de Dominique de Villepin au Space : l'augmentation de la prise en charge de la TIPP par l'Etat qui passe de 4 à 5 centimes depuis le 1er septembre ainsi que l'augmentation du remboursement de la taxe intérieure sur la consommation de gaz de 60 à 80 %. Il a aussi et surtout confirmé l'accélération du plan biocarburants, avec un taux d'incorporation dans l'essence de 5,78% en 2008 et 7 % en 2010 soit une accélération de ce qui était prévu initialement. Cela permettra de mobiliser 3 millions d'hectares sous contrat pluriannuel et nécessitera la construction de 8 nouvelles usines. Mais il n'a pas répondu, du moins pour l'instant, à la demande de Christophe Terrain, d'imposer aux pétroliers une obligation d'incorporation ou une modification des spécificités des essences pour assurer réellement cette incorporation.

Philippe OSSWALD

 
La délégation qui représentait le Bas-Rhin au congrès de l'AGPM : Christian Schneider, Jacky Haller, Marc Moser et Philippe Osswald.

Marc Moser vient d'être élu membre du Conseil d'administration de l'AGPM en remplacement de Jean-Georges Ringeisen qui après plus de 10 ans à l'AGPM a préféré se consacrer à ses mandats départementaux. A travers ce mandat national, il aura pour tâche la défense des intérêts des producteurs de maïs du Bas-Rhin dans un contexte en forte évolution.

Quels sont les éléments importants à retenir de ce congrès ?

Le congrès des producteurs de maïs est chaque année l'occasion de réaffirmer l'utilité de la culture du maïs, tant au niveau français qu'en Europe. Il est important de montrer que cette culture a toute sa place au milieu des autres productions agricoles et des filières françaises, que ce soit pour l'alimentation animale à travers l'ensilage, pour l'alimentation humaine avec le maïs doux et les multiples utilisations de l'amidon du maïs grain, ou encore pour l'utilisation énergétique ou industrielle en remplacement du plastique.

A travers les débats sur l'irrigation et la gestion de l'eau, j'ai pu constater que la production alsacienne bénéficie d'un atout considérable par rapport à d'autres régions de France où l'eau doit être gérée de manière très économe. Nous sommes capables de produire du maïs non irrigué qui représente 80 % des surfaces, et les 20% de culture irriguée bénéficient d'une réserve d'eau toujours disponible. C'est à nous de communiquer positivement sur cette culture qui n'est pas responsable de la sécheresse, contrairement à ce que certains semblent dire car les agriculteurs subissent les changements climatiques et n'en sont pas responsables.

Quels sont les principaux dossiers défendus par l'AGPM qui sont importants pour l'Alsace ?

C'est vrai que certains dossiers suivis par l'AGPM concernent assez peu l'Alsace. C'est le cas par exemple du retrait du Gaucho et du Régent pour le traitement des semences, ou de la culture du maïs génétiquement modifié. L'Alsace a choisi de ne pas cultiver d'OGM pour l'instant car les acheteurs n'en veulent pas et que cela entraîne des surcoûts pour la filière. Néanmoins, c'est utile de suivre les évolutions en cours autour de ces questions car on ne pourra sans doute pas éviter d'en débattre à un moment ou à un autre.

L'AGPM déploie beaucoup d'énergie pour la défense et le développement de nos marchés et participe aux cotés de la FNSEA aux négociations agricoles à l'Organisation Mondiale du Commerce. Concernant les biocarburants, l'AGPM fait la promotion du bioéthanol qui peut être produit à partir du maïs. Cela permettra à l'avenir d'offrir des débouchés supplémentaires aux maïsiculteurs tout en montrant à nos concitoyens que cette culture peut nous aider à préserver l'environnement en luttant contre l'effet de serre et offrir une alternative aux importations de pétrole.

Propos recueillis par P.O.

 


Source : FNSEA
Theme : Autre

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