Conseil de la FDSEA
Une montagne de dossiers pour l'automne
Le conseil de la FDSEA a été l'occasion de faire un rapide
bilan de la campagne en cours et des très nombreuses questions auxquelles
est confronté le monde agricole. Malgré une conjoncture plutôt
difficile, la profession reste unie et continue à se mobiliser pour défendre
les intérêts des agriculteurs.
Après avoir félicité les jeunes agriculteurs pour une finale
de labour exemplaire qui a rassemblé près de 10 000 personnes
à Vendenheim, puis chaleureusement salué Jean-Paul Bastian venu
participer au conseil en tant que "simple" président cantonal,
Denis Ramspacher est revenu sur les principales activités du syndicat
durant l'été. Plusieurs rencontres, avec le secrétaire
général de la préfecture, le préfet ainsi que le
ministre de l'agriculture ont permis de mettre en avant les dossiers importants
pour l'agriculture du département : coût de la main d'œuvre,
quotas sucriers, urbanisation et nouvelles infrastructures, charges et environnement...
Ces explications étaient d'autant plus utiles que l'agriculture a été
attaquée à travers des critiques de la culture du maïs supposée
consommer trop d'eau. Il a d'ailleurs fallu réagir à ces attaques,
à travers des articles dans l'Est Agricole et viticole et les DNA, tout
en évitant une polémique qui n'a pas lieu d'être puisqu'en
Alsace il n'y a pas de réel problème de disponibilité de
l'eau d'irrigation.

Très cher fioul
Un tour de table a fait remonter les principales questions des responsables
cantonaux. Avec comme première préoccupation le renchérissement
du prix des carburants et donc des coûts de production. Toutes les productions
voient leurs charges augmenter, certaines, comme le tabac, le houblon ou le
maïs grain qui doit être séché, se voyant plus fortement
affectées.
"Beaucoup d'agriculteurs se mettent à cultiver du colza pour le
transformer en huile sur leur exploitation et l'utiliser comme carburant dans
les tracteurs ou les chaudières" constatent plusieurs responsables
cantonaux, qui souhaitent que "le comptoir agricole de Hochfelden puisse
encadrer et structurer ce développement".
Concernant le séchage du maïs, Christian Schneider a expliqué
que "il n'y aura pas de barème indicatif de séchage cette
année". De ce fait, chaque collecteur fixe individuellement le prix
du séchage. Pour les collecteurs disposant d'installations de séchage
performantes, ces frais pourront être contenus, ce qui devrait être
le cas dans notre département. Concernant les prix des céréales,
Eugène Schaeffer, président du comptoir agricole a fait état
de beaucoup d'incertitudes. Une bonne récolte dans les pays de l'Est
et en Russie provoquent une stagnation du prix du blé alors que pour
le maïs les prix sont très fluctuants bien que l'AGPM annonce une
baisse de près de 2 millions de tonnes de la production française,
ce qui inciterait plutôt à des prix assez fermes.
Se battre sur des marchés difficiles
Marc Moser a décrit un marché difficile pour la pomme de terre
primeur puisqu'il reste encore des stocks de 2004 alors que Denis Ramspacher
est revenu sur les actions des producteurs pour défendre le prix du lait
remis en question par les transformateurs. Paul Schiellein et Georges Kuntz
se sont montrés inquiets face aux possibles réactions des consommateurs
suite au risque de propagation de la grippe aviaire dans les élevages
français de poulets et de canards. "On constate également
une baisse des ventes à la ferme et sur les marchés alors qu'une
directive européenne oblige tous les abattoirs de volailles à
se mettre aux normes ce qui représente une charge très importante
pour les agriculteurs qui transforment eux même leurs produits" ajoute
Georges Kuntz.
En production porcine, les cours se sont relevés depuis le mois de juin
mais les relations entre producteurs et abatteurs sont très tendues.
"L'Union Européenne a besoin d'exporter 1,5 millions de tonnes et
la France n'est pas très compétitive, il faut donc s'attendre
à des mois plus difficiles" explique Jean-Michel Fritsch.
Pour les viticulteurs aussi, la situation est préoccupante puisqu'à
la veille de la récolte 2005, les vendeurs de vin en vrac ont du mal
à écouler les stocks de 2004. "La viticulture a connu une
période très favorable et elle doit aujourd'hui faire face à
des difficultés" constate Pierre Huchelmann du canton de Barr qui
poursuit : "C'est à nous de nous battre pour conserver et développer
nos marchés, individuellement ou collectivement, car cela aussi fait
partie du métier de viticulteur".
Patrick Bastian de son coté, s'est montré très préoccupé
par une année très sèche dans les cantons de Saverne et
Marmoutier. "La situation est plus grave qu'en 2003, notamment pour le
tabac, le houblon, les fruits et légumes dans des cantons où l'irrigation
n'est pas possible" a-t-il souligné. De plus, "entre le projet
de golf et les zones industrielles et artisanales en préparation, les
agriculteurs de ces deux cantons vont encore perdre plus d'une centaine d'hectares
dans les prochains temps" ajoute le président du canton de Marmoutier.
Eugène Schaeffer et Marc Freys, des cantons de Geispolsheim et de Schiltigheim-Mundolsheim
s'inquiètent également du projet de grand contournement ouest
de Strasbourg. "Certaines communes en sont à leur troisième
ou quatrième remembrement, à chaque fois à cause de travaux
d'infrastructure" souligne Eugène Schaeffer.
Des quotas pour la sucrerie
Raymond Graff, président de la sucrerie d'Erstein a expliqué la
réforme du sucre décidée par la Commission Européenne
et qui aura des conséquences importantes pour la sucrerie et les planteurs
de betteraves. "L'union européenne a perdu à l'Organisation
Mondiale du Commerce et nous devons arrêter de produire du sucre sous
quota C qui était traditionnellement destiné à l'exportation".
Or il se trouve que les betteraves hors quota C représentent la moitié
de la production de betteraves alsacienne, soit près de 3 000 ha et que
la sucrerie ne serait plus rentable si on devait réduire de moitié
les surfaces. "Il nous faut donc à tout prix 30 000 tonnes de quota
sucre supplémentaire" déclare le président de la sucrerie.
"Nous avons bon espoir de les obtenir" a expliqué Jean-Paul
Bastian qui soutient ce dossier au niveau national et européen, car "Bruxelles
a attribué près de 350 000 tonnes de quota à la France
et que le ministre de l'agriculture peut les répartir entre les différentes
sucreries". "C'est plus facile que si une autre sucrerie devait réduire
ses quotas pour les donner à Erstein" estime-t-il. "L'ensemble
des responsables agricoles soutient ce dossier et la venue du ministre, le 9
septembre sera une bonne occasion de défendre l'intérêt
des planteurs alsaciens".
Des chasseurs sachant chasser !
La bête noire des agriculteurs fait toujours parler d'elle dans de nombreux
cantons où les dégâts de sangliers continuent d'augmenter."Il
faut agir" demande Jean-Paul Modery, du canton de Lauterbourg, alors que
Claude Wendling, du canton de Woerth constate les dégâts importants
sur prairie. "Nous avons été assez tolérants avec
les chasseurs mais il faudra sans doute durcir le ton car il est inacceptable
d'avoir notre production détruite année après année"
déclare Marc Moser, secrétaire général de la FDSEA.
La procédure de relocation des lots de chasse pour la période
2006-2015) dans les communes d'Alsace Moselle vient de débuter. A cette
occasion, les agriculteurs devront faire entendre leur voix, notamment lors
des réunions des commissions consultatives communales de la chasse dans
lesquelles le responsable local de la FDSEA sera invité. La FDSEA demande
qu'à cette occasion on lie l'agrément du chasseur a sa gestion
de la chasse, notamment pour les espèces classées nuisibles comme
les sangliers. Des clauses plus restrictives seront pour cela incluses dans
le cahier des charges des chasses communales avec pour effet une résiliation
du bail pour non destruction des nuisibles (sangliers, corbeaux freux...)
après deux mises en demeure restées sans effet.
Adeline Baur a aussi déploré des dégâts importants
de corbeaux sur les choux à choucroute ainsi que sur d'autres cultures.
"Cet oiseau cause en effet de plus en plus de dégâts et il
faudra trouver des solutions pour traiter les semences de maïs lors de
la prochaine campagne" a annoncé Marc Moser.
Transfert des DPU : des simplifications
En bonne place au programme des réunions cantonales cet automne
figure la mise en œuvre du découplage et l'attribution des
fameux DPU. En effet, dès le 15 octobre, chaque agriculteur recevra
un dossier comprenant ses références historiques, des formulaires
lui permettant de signaler à la DDAF tous les changements intervenus
entre 2000 et 2006, ainsi que des modèles de clauses. Au printemps,
les DPU provisoires seront attribués et prendront en compte ces
changements, alors que les DPU définitifs seront attribué
en automne 2006.
Deux catégories de DPU vont exister : les droits jachère
établis sur la base des aides versées durant la période
de référence (2000-2002) et correspondant aux surfaces en
jachère obligatoire, et les droits standard calculés sur
la base de toutes les autres aides.
Par rapport au projet initial, des simplifications sont intervenues concernant
les transferts de DPU. Ainsi, un agriculteur qui s'engage à céder
ses DPU de manière définitive ou temporaire, par une clause
de transfert, n'a plus l'obligation de détenir 30 ares de terres
en 2006. Il suffit que le repreneur détienne lui-même 30
ares. D'autre part, le recours aux clauses de transfert des DPU est généralisé
pour tous les transferts fonciers intervenus entre le 1er janvier 2000
et la 15 mai 2006. Aucun prélèvement ne sera appliqué
sur ces transferts de droits avec foncier.
Pendant la période transitoire 2000 - 2006, aucun DPU ne pourra
être cédé à un autre agriculteur qu'à
celui qui a repris les terres. Après le 15 mai 2006, un prélèvement
de 50% sera effectué pour tous les droits transférés
sans foncier.
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Philippe OSSWALD