Syndicalisme et environnement.
Les agriculteurs s'expliquent avec la ville de Sélestat.
Le 7 août dernier, c'est sous un ciel menaçant que Benoît Heinrich,
président cantonal de la FDSEA avait invité Marcel Bauer, maire et conseiller
général, à expliquer devant les agriculteurs concernés, deux projets en cours
de préparation par la ville de Sélestat : l'extension de la réserve naturelle
de l'Ill Wald et la création d'un Espace Naturel Sensible d'une part, et
la mise en place d'un polder pour évacuer les eaux d'inondation en cas de
forte crue du Giessen d'autre part. Une réunion aussi orageuse que le ciel
de ce soir là.
En préparation depuis plusieurs mois par la ville de Sélestat, le projet d'agrandissement
de la réserve naturelle de l'Ill Wald et la création d'un espace naturel sensible
(ENS) inquiètent les agriculteurs du secteur. Il faut dire que sur les terres
incluses dans l'ENS, les agriculteurs perdront leur droit de préemption au
profit de la commune. La commune de Sélestat et l'association Alsace Nature
souhaitent mettre en place ces espaces naturels protégés comme compensation
pour l'environnement de l'agrandissement de la gravière des sablières Léonhart.
Marcel Bauer, maire de Sélestat et conseiller général admet pourtant que dans
le dossier présenté à l'administration "la gravière Léonhart a déjà proposé
des mesures compensatoires extraordinaires sur ses propres terrains pour que
son projet ne soit pas remis en question".

Le monde agricole ne comprend donc pas la volonté de la ville
de mettre en place une gestion écologique sur 600 ha, dont plusieurs centaines
d'ha de terres agricoles. Faute d'un dialogue constructif sur le sujet, les élus
agricoles avaient refusé de signer un protocole d'accord élaboré entre
différents partenaires, dont Alsace Nature, les gravières Léonhart et la ville
de Sélestat. Ils estiment en effet que cet accord n'offre aucune garantie quant
à la poursuite des activités agricoles dans le secteur. "Nous ne serons plus
libres d'exploiter ces parcelles comme nous l'entendons. Pourtant, la terre est
notre outil de travail et l'agriculture représente aussi des emplois pour la
commune" dénonce François Xavier Kempf, agriculteur. "Pourquoi 600 ha en
contrepartie d'une extension de 30 ha de la gravière" interrogent les
agriculteurs dans la salle. Rémy Willmann, élu de la Chambre d'agriculture et de
la FDSEA, a expliqué que "ce n'est pas à l'agriculture de servir de monnaie
d'échange dans les négociations entre la ville de Sélestat, Alsace Nature et les
sablières Léonhart". "Nous avons fait une concession importante en acceptant
d'inclure les prairies mais il faut exclure les terres labourables de l'espace
naturel sensible" ajoute Fabien Metz, représentant des jeunes agriculteurs.
"Le protocole d'accord est désormais signé et l'on ne peut pas revenir
dessus" a indiqué Marcel Bauer. "Avant de préempter, la ville de
Sélestat, avec ses partenaires, dont la Chambre d'Agriculture, se réuniront
pour définir parcelle par parcelle, quels seront les espaces qui pourront être
préemptés et quelles seront les modalités de gestion qui pourront s'y appliquer". "Dans
ce cadre, les terres labourables à l'intérieur du périmètre seront exclues" s'est
engagé le maire de Sélestat pour rassurer les agriculteurs. "Plusieurs
réunions seront organisées en Septembre avec les collectivités, la ville de
Sélestat, Alsace Nature et la Chambre d'Agriculture" ajoute Marie-Anne
Koenig, adjoint au maire chargée de l'environnement. "Nous serons très
attentifs à la manière dont se dérouleront ces réunions" a prévenu Benoît
Heinrich, qui n'a pas exclu de mener d'autres actions syndicales dans le cas
où les engagements de la ville de Sélestat ne seraient pas tenus.
Un projet de polder sur les meilleures terres
Pour prévenir les crues centennales (en fait supérieures aux crues de 20 ans)
dues au Giessen, la communauté de communes veut canaliser le cours d'eau
avec des digues. "Pour l'instant, la zone inondable inclut des zones
habitées que nous allons protéger. En contrepartie, l'Etat nous demande de
recréer une zone pour stocker l'eau en cas d'inondation. C'est la raison
d'être du projet de polder au lieu dit de la Schantz" explique Marcel
Bauer. Le défaut majeur du projet réside dans le fait que les terres concernées
ont été qualifiées comme ayant une "valeur agronomique exceptionnelle" dans
le PLU. Plusieurs exploitations seront touchées, dont un certain nombre de
maraîchers de Sélestat. Dominique Bauer a dénoncé ce projet, expliquant qu'"il
ne reste plus que 5 à 6 maraîchers à Sélestat, qui ont de plus en plus de
difficultés à trouver des terres à cultiver". François Xavier Kempf
craint pour sa part un "risque très important d'érosion des terres" lors
du passage de l'eau.
Pour Philippe Kempf et Fabien Digel "l'étude hydraulique a été réalisée
sur la base du niveau actuel du cours d'eau. Mais le lit s'élève chaque année
par apport de nouveaux sédiments. De ce fait, les inondations seront de plus
en plus fréquentes et il y aura de plus en plus souvent de l'eau dans le polder".
Marcel Bauer explique qu'"il n'est plus possible de curer les cours d'eau
comme autrefois, mais la commune pourra les entretenir pour éviter que le niveau
de gravier augmente de trop". Pour François Kohler, président local FDSEA, "il
faudrait stocker ou réguler le débit de l'eau en amont, en utilisant par exemple
des forêts comme espaces tampons".

Pour répondre à ces inquiétudes, Marcel Bauer a apporté certaines garanties.
Lors d'une inondation provoquant l'utilisation du polder "s'il devait y avoir
des dégâts sur les cultures et les terrains, la communauté de communes s'engage
à indemniser les pertes de culture et la remise en état des terrains" a-t-il
indiqué. "Une convention sera rédigée pour cela". "Le projet de polder n'est pas
finalisé, des études complémentaires devront être réalisées et il devra ensuite
être soumis à enquête publique". Le monde agricole a bien sûr demandé à être
pleinement associé à ces différentes étapes.
Pour finir, François Kohler a interpellé la ville de Sélestat concernant la
publication de l'étude hydraulique réalisée par le cabinet "Hydratech",
concernant l'entretien des cours d'eau et "les actions à mettre en œuvre
pour limiter les inondations de terres agricoles". Marie-Anne Koenig,
adjointe au maire chargée de l'environnement a assuré les agriculteurs que "l'étude
Hydratech et l'entretien des cours d'eau ne sont pas mis de coté par la ville",
même si la réalisation des travaux est encore soumise à "des études complémentaires" et
à une "déclaration d'intérêt général".
Philippe Osswald