Section céréales FDSEA - JA
Les cultures mises à mal par la canicule
Après les réunions des sections lait et viande bovine, la
FDSEA a poursuivi ses réunions d'information sur la réforme de
la Pac avec les producteurs de céréales. Au-delà de cette
réforme dont l'application n'est pas immédiate mais source d'interrogation
pour les agriculteurs, c'est la sécheresse et ses conséquences
sur les cultures qui inquiètent le plus les agriculteurs.

Après un déficit marqué de pluviométrie depuis
le printemps, c'est au tour des températures de grimper dans la zone
rouge. Et visiblement la canicule a de quoi inquiéter puisque dans le
tour de table lancé par Christian Schneider, les producteurs de maïs
se sont montrés soucieux. Pour Christian Schneider, responsable de la
section céréales de la FDSEA, l'année 2003 était
pourtant bien partie, après un hiver vigoureux et de bonnes conditions
de préparation des sols et de semis. Mais après, en fonction du
secteur et du type de sol, les conditions de croissance du maïs ont été
plus ou moins perturbées. Dans les terres profondes et les zones ayant
bénéficié de pluies orageuses, le potentiel était
encore correct jusque il y a quelques jours. Mais aujourd'hui, les températures
excessives dessèchent les plantes de maïs sur pieds, amputant chaque
jour un peu plus le rendement final. Heureusement les parcelles irriguées
réussiront à tirer leur épingle du jeu mais au prix de
charges d'irrigation alourdies.
Revenant sur le dossier sécheresse et les aides demandées par
la profession, Jean-Paul Bastian a rappelé que l'élevage a été
le secteur le plus affecté par la sécheresse au départ
en raison du manque de paille et de fourrage. "Depuis quelques jours, nous
sommes inquiets pour toutes les productions" a poursuivi le président
de la FDSEA. La profession s'est de suite mobilisée, obtenant l'autorisation
de récolter les jachères et lançant dans la foulée
l'opération paille. Près de 2.000 tonnes de paille ont néanmoins
du être achetées hors département, notamment dans la Marne.
Des mesures pour pallier aux difficultés de trésorerie ont également
été prévues : possibilité de report des cotisations
sociales, d'abattement sur les impôts fonciers non bâti. L'anticipation
du versement des aides PAC a aussi été demandée. Elle a
été accordée pour les aides animales et le sera probablement
pour les aides végétales à la surface. S'agissant enfin
de la procédure calamités agricoles "nous avons demandé
que l'ensemble du département soit classé et qu'aucune production
ne soit exclue" a précisé Jean-Paul Bastian.
Reconstituer les stocks de fourrages : une priorité
Compte tenu de la baisse de rendement des fourrages et de la nécessité
de recours anticipé aux stocks normalement destinés pour
l'hiver, il est important que chaque éleveur prévoie suffisamment
de stocks pour faire face à ses besoins.
Vu la précocité des ensilages, nous encourageons tous les
éleveurs n'ayant pas suffisamment de fourrage sur leur exploitation
à s'adresser de suite aux agriculteurs voisins pour acheter le
fourrage manquant.
Il est en effet préférable de trouver dès à
présent une solution de proximité et ne pas reporter à
cet hiver le problème de l'approvisionnement en fourrages manquants.
Si une solution de proximité n'est pas envisageable, nous vous
rappelons que vous pouvez bénéficier d'une aide au transport
des fourrages. |

Le marché en situation d'attente
La situation du marché des céréales a été
évoquée par Eugène Schaeffer. Alors que tout le monde tablait
sur une récolte moyenne pour 2003, un peu inférieure à
la campagne précédente, toutes les estimations ont ensuite été
revues à la baisse. "La sécheresse sévit sur l'ensemble
de l'Europe, même dans les pays de l'Est - Hongrie, Ukraine - qui après
avoir largement exporté ces dernières années vont devoir
importer cette année. Mais une très belle récolte est annoncée
aux Etats-Unis," a expliqué Eugène Schaeffer. Aujourd'hui
le marché européen est en situation d'attente. Si l'Europe importe
peu de céréales, les prix vont être élevés.
Mais la Commission, européenne ne souhaite pas une flambée des
cours. Les prix des marchés dépendront donc des orientations que
prendra la Commission. Pour Christian Schneider, il serait normal que le prix
des céréales grimpe cette année. "Cela ferait du bien
à la trésorerie des exploitations d'autant plus que ce n'est pas
les prix des produits agricoles qui risque de créer de l'inflation"
a estimé le responsable de la section céréales.
Comme si la sécheresse ne suffisait pas voilà aussi que la chrysomèle,
insecte ravageur du maïs a fait son apparition en Alsace. Découvert
fin juillet à proximité de l'aéroport de Mulhouse, cet
insecte inquiète les agriculteurs. Dans des régions comme l'Alsace
où la culture du maïs est incontournable, les dégâts
causés par cet insecte dont les larves détruisent les racines
de la plante peuvent être considérables. En outre les méthodes
de lutte contre cet insecte sont très contraignantes (obligation de rotation
des cultures et lutte insecticide). Vigilance donc pour l'avenir...
Ne plus rien céder à l'OMC
La réforme de la PAC actée le 26 juin dernier à Bruxelles
a fait l'objet d'un débat au cours de la seconde partie de la soirée.
Jean-Paul Bastian a brièvement rappelé l'historique ce cette réforme.
Le syndicalisme avait une position dure contre toute réforme car il ne
souhaitait pas de réforme de la PAC avant les discussions sur l'Organisation
Mondiale du Commerce de Cancun en septembre 2003. Les autorités françaises
partageaient ce point de vue au départ, mais elles sont rentrées
dans les négociations ensuite pour ne pas se retrouver complètement
isolées. Aujourd'hui alors que la PAC vient d'être réformée
il est primordial que l'Europe défendent ces nouvelles orientations et
ne cède plus rien à l'OMC a insisté Jean-Paul Bastian.
S'agissant du budget agricole, il a été préservé,
même si plusieurs pays avaient justement souhaité cette réforme
pour revoir à la baisse leur contribution.
En ce qui concerne les organisations communes de marché, il n'y aura
pas de baisse supplémentaire du prix d'intervention des céréales
et les majorations mensuelles sont maintenues pour moitié. Les deux grands
autres axes de la réforme sont le découplage des aides et la modulation.
Cette dernière devient obligatoire dans tous les pays et non plus seulement
appliquée en France comme par le passé. Le niveau de la modulation
sera linéaire : 3 % des aides au-delà de 5000 € en 2005,
4 % en 2006 et 5 % ensuite. Cette modulation européenne est à
ce titre plus juste, mais la contribution du département sera plus importante
car elle touchera toutes les exploitations percevant plus de 500 € d'aide.
"Ce à quoi il faudra veiller, c'est l'utilisation de l'argent issu
de la modulation et s'assurer qu'il reste bien aux agriculteurs" a expliqué
le président de la FDSEA.
Préserver l'enveloppe départementale
Enfin le plus grand changement concerne le découplage des aides. Lorsque
le découplage sera effectif -sa mise en place est prévue entre
2005 et 2007- les aides versées aux exploitations ne seront plus liées
au type de production (maïs, céréales à paille ou
oléagineux) mais il s'agira d'une aide unique à l'exploitation
calculée sur la base de références historiques 2000-2002.
En réalité pour les céréales les aides étaient
déjà partiellement découplées puisque leur niveau
était indépendant du rendement réel de l'exploitation.
Lors des négociations, la France était opposée au découplage
total et a obtenu la possibilité de découplage partiel. Ainsi
75 % des aides céréales seront probablement découplées
et 25 % resteront couplées. "Le grand enjeu pour notre département,
c'est le montant des aides" a insisté Jean-Paul Bastian. En effet
le nouveau règlement prévoit la possibilité de modifier
la régionalisation des aides. Le Bas-Rhin avec des rendements de référence
élevés aurait beaucoup à y perdre. Le président
de la FDSEA s'est néanmoins montré optimiste car le débat
sur la régionalisation portera probablement seulement sur la part des
25 % qui reste couplée. "Notre demande, c'est qu'on ne touche pas
à l'enveloppe globale départementale. C'est là-dessus que
porteront les discussions à venir" a conclu Jean-Paul Bastian tout
en rassurant les participants sur les craintes de complications administratives.
La production céréalière dans le département
Philippe Wolff a présenté lors de cette soirée quelques
chiffres clés illustrant le poids des grandes cultures dans l'agriculture
départementale. Les productions végétales représentent
71 % des productions départementales et les céréales
32 % des productions végétales. Au cours des 10 dernières
années, les productions animales se sont stabilisées alors
que les productions végétales ont progressé dans le
département. Sur un total de 139.000 ha de terres arables dans le
Bas-Rhin, les céréales occupent 103.000 ha dont 76.000 ha
de maïs grain. |
Joseph Behr