Concilier
agriculture et chasse
par Marc Moser, vice-président de la FDSEA et responsable du groupe
chasse
Comme à pareille époque chaque année, bon nombre d'agriculteurs sont
confrontés aux dégâts de sangliers sur les semis de maïs. La période des semis
de maïs et les semaines qui suivent sont en effet particulièrement sensibles et
il est normal que des dégâts aient lieu par endroit, notamment dans les secteurs
enclavés dans la forêt.
Ce qui en revanche est bien moins normal, c'est qu'un nombre croissant
d'agriculteurs soit victime de ces dégâts. En effet des communes du
département jusqu'alors épargnées par le phénomène ont été confrontées cette
année pour la première fois à d'importants dégâts. Ce n'est pas bon signe. Cela
tend à montrer d'une part que le cheptel de sangliers déjà en surnombre ne
diminue pas, au contraire et que d'autre part certains locataires de chasse n'en
ont manifestement que faire des intérêts agricoles. Les statistiques des dégâts
observés dans le département sont d'ailleurs très parlantes. Jusque dans les
années 2000, les surfaces agricoles endommagées s'élevaient en moyenne à 700-800
ha par an, ce qui est déjà beaucoup. Depuis 2001, le niveau des dégâts dépasse
régulièrement les 1000 à 1200 ha, celui-ci a même atteint quasiment 1600 ha en
2002 !
Compte tenu de l'importance des dégâts observés dans les semis de maïs,
il est à craindre que ce niveau record soit malheureusement franchi en 2005.
Certains agriculteurs ont en effet ressemé une fois, deux fois voire trois fois
leur maïs et celui-ci a systématiquement été ramassé par les sangliers. A ce
stade, il est clair que la chasse, qui rappelons-le est un hobby, n'est plus
conciliable avec l'activité agricole. Il est donc urgent de réagir.
Seules des mesures fortes obligeant les chasseurs à sortir régulièrement
sur le terrain et tirer davantage de sangliers permettront d'inverser cette
tendance. Nous demandons à l'administration et aux maires des communes
concernées de tout mettre en œuvre pour ordonner des battues administratives sur
chaque lot de chasse où le locataire est défaillant.
A la fin de l'été débutera la procédure de location des chasses communales
pour la prochaine période allant de février 2006 à février 2015. Cette échéance
doit être mise à profit pour mettre au point les choses qui ne tournent
pas rond. Lorsque le locataire sortant ne gère pas correctement sa chasse et ne
fait pas grand-chose pour réduire le nombre de sangliers et par conséquent les
dégâts aux cultures, il faut changer de locataire à l'occasion de ces
adjudications.
La FDSEA a d'ailleurs dans cet esprit introduit dans le nouveau cahier
des charges la possibilité pour les maires de dénoncer le bail de chasse si le
locataire reste défaillant dans la gestion des animaux nuisibles après plusieurs
mises en demeure. Par ailleurs, il est important de savoir que le non respect de
l'obligation de destruction des animaux classés nuisibles - dont le sanglier
fait évidemment partie - entraînant des dégâts aux cultures, est un motif pour
refuser la candidature d'un chasseur à la location de la chasse.
Outre les dégâts sur le maïs et les céréales, les dégâts occasionnés sur
les prairies posent aussi de sérieux problèmes aux agriculteurs. Bien que les
surfaces en prairies endommagées par les sangliers soient en baisse, il s'agit
d'un réel casse-tête pour les agriculteurs concernés car la remise en état est
délicate et les conséquences des dégâts s'étalent sur plusieurs années.
Enfin alors que les surfaces endommagées par les sangliers sont en
croissance, voilà qu'un autre animal a décidé de s'en prendre aux cultures. Il
s'agit du corbeau freux. Les dégâts qu'il occasionne ont considérablement
augmenté depuis l'année dernière reflétant là aussi, comme pour les sangliers,
une densité excessive de la population. La FDSEA a obtenu que le corbeau freux
soit classé nuisible dans toutes les communes du département hors montagne.
Grâce à ce classement il est possible de mieux réguler la population des
corbeaux freux. Pour ce faire nous invitons les agriculteurs victimes de dégâts
à se rapprocher de leur locataire de chasse, pour leur demander de réguler la
population de cet oiseau nuisible - cela fait partie de leurs obligations - ou
de contacter l'association des piégeurs agréés. Vous retrouverez dans ce journal
en page .... un dossier faisant le point sur les modes d'indemnisation des dégâts
de gibier et sur la procédure de régulation des corbeaux freux.
Compte tenu
de l'importance et de la sensibilité de l'ensemble de ces sujets liés à la
chasse, nous organiserons aussi prochainement une réunion de notre groupe chasse
dont vous trouverez une invitation dans le prochain
journal.