Groupe chasse FDSEA :
Les sangliers toujours en surnombre
Après une accalmie sur le front des dégâts de sangliers en
2003, ceux-ci augmentent à nouveau depuis l'automne dernier. De quoi inquiéter
les agriculteurs concernés après une année difficile marquée par la
sécheresse.

"La chasse, les dégâts de gibier et leur indemnisation est
un dossier qui tient particulièrement à cœur à la FDSEA. Les agriculteurs
préfèrent récolter le fruit de leur travail plutôt que de le voir détruit par
les sangliers". Le ton de la soirée était donné. En lançant ainsi les
débats, Denis Ramspacher a souhaité insister sur la nécessité absolue de réduire
la population de sangliers en surnombre.
Marc Moser et Philippe Quirin, responsables du groupe chasse
de la FDSEA et des JA ont abondé dans ce sens, précisant que dans les secteurs
du département où la pression des dégâts était forte, la chasse ou plutôt la non
chasse était devenue incompatible avec l'activité agricole.
Après 3 années de hausse des surfaces endommagées par les
sangliers entre 1999 et 2002 (près de 1600 ha en 2002 contre 640 ha en 1999),
celles-ci ont diminué de près de 35 % en 2003 pour atteindre un peu plus de 1000
ha. Si ces chiffres sont encourageants et traduisent une pression de tirs plus
forte par les chasseurs en 2002 - 18000 sangliers tirés dans le département en
2002 contre 14 à 15000 les années précédentes - ils sont aussi le résultat des
conditions climatiques exceptionnelles en 2003 qui ont contribué à limiter les
dégâts. Durant l'hiver 2002/2003, les sangliers ont commis moins de dégâts en
raison de la période prolongée durant laquelle les sols étaient gelés. Puis au
moment des semis de maïs, période particulièrement sensible aux dégâts, les
levées ont été très rapides. Enfin les blés et les maïs ont été récoltés avec
près de 1 à 1,5 mois d'avance réduisant d'autant le risque de dégâts.
Moins de
dégâts en 2003 mais plus de prairies endommagées en
2004
"Nous aurions aimé que cette baisse des dégâts se confirme
cette année" a lancé Marc Moser. Mais les chiffres tendent à démontrer
l'inverse. Les dégâts sur prairies commis durant l'hiver dernier sont en
augmentation. 364 ha ont été recensés contre 283 ha un an plus tôt. De plus le
nombre de prélèvements en 2003 est en baisse de quelque 4000
sangliers.
Sur ce point deux thèses s'opposent. Celle des chasseurs qui
affirment que la population de sangliers dans le département est globalement en
baisse, d'où les prélèvements inférieurs en 2003. Et celle des agriculteurs qui
pensent que la population de sangliers n'a pas diminué puisque les dégâts sont
au contraire à nouveau en hausse. Une chose est certaine, c'est que les
sangliers demeurent en surnombre.
Jean-Paul Florentin, président du Syndicat des chasseurs a
réaffirmé la volonté des chasseurs de réduire le nombre de sangliers tout en
précisant qu'il faudra du temps car "il faut faire évoluer les mentalités et
changer les habitudes qui existent". Pour cela " les chasseurs devront
passer d'une logique privilégiant le tableau de chasse vers une logique de
réelle maîtrise de la population".
De nombreux freins aux tirs ont été levés comme la suppression
de l'interdiction de chasse le mercredi, ou encore la généralisation de la
possibilité de tir de nuit demandée par la FDSEA depuis plusieurs années. "Dans
les secteurs sensibles du département, nous souhaiterions que les chasseurs
utilisent pleinement cette nouvelle possibilité" a insisté Marc
Moser.
La peste porcine qui touche le nord du département apparaît en
revanche comme un obstacle à la maîtrise de la population. Malgré les
préconisations de tirs et le système d'indemnisation -60 € par carcasse - prévu
dans la zone d'infection en raison de l'interdiction de commercialisation, il
apparaît que la régulation des sangliers dans cette zone soit assez
aléatoire.
D'autres points noirs ont été signalés comme les massifs
forestiers de Haguenau et Brumath qui restent difficilement chassables en raison
de la tempête de 1999 ou encore les réserves naturelles comme Seltz-Munchhausen
dans lesquelles le nombre de sangliers explose.
Dégâts sur
prairie : la hantise des
agriculteurs
"Tout cela montre qu'il faut poursuivre et même accentuer
les actions pour prévenir les dégâts comme la pose de clôtures de protection des
cultures" a insisté le responsable du groupe chasse de la FDSEA.
Autre sujet particulièrement sensible, les dégâts sur
prairies, d'autant plus que les fourrages sont largement déficitaires après la
sécheresse de l'année passée. Les agriculteurs ont exprimé un réel ras-le-bol
par rapport à ces dégâts car "on n'arrive jamais à remettre correctement en
état une prairie, sans compter les nombreuses pertes indirectes, casse de
matériel, dégradation de la qualité des fourrages, perte de temps..." ont-ils
lancé.
En accord avec le Syndicat des chasseurs, il a été convenu de
mener une expérimentation sur un secteur test du département dans lequel la
remise en état des prairies serait faite par un entrepreneur agissant pour le
compte du Syndicat des chasseurs. Le recours à l'entrepreneur se fera uniquement
pour les agriculteurs qui le souhaitent. Dans ce cas seule la perte de récolte
leur sera indemnisée.
Concernant les estimations des dégâts, une nouvelle méthode de
"déclaration sur l'honneur" des dégâts a été instaurée depuis cet hiver.
Celle-ci vaut uniquement pour les petits dégâts ne dépassant pas 5 ares par
parcelle (voir encadré ci-contre).
Responsabiliser les locataires de
chasse
Soucieux de la réduction des dégâts et de leur coût pour les
chasseurs, Jean-Paul Florentin a fait le point sur les évolutions législatives
en cours. " L'objectif est de mieux responsabiliser les locataires de
chasse en faisant d'avantage contribuer les locataires défaillants ".
Jusqu'à aujourd'hui le financement du Syndicat des chasseurs était assuré grâce
à une contribution de tous les locataires de chasse à hauteur de 10 % du montant
des baux à laquelle s'ajoute une sur cotisation sur la surface boisée. Le
nouveau régime de financement comportera 3 niveaux : une contribution sur le
montant des baux d'un niveau maximum de 12%, une nouvelle redevance appelée
"timbre sangliers" que tous les chasseurs de sangliers devront régler et une
sectorisation qui vise à augmenter la contribution dans les secteurs à plus
forte proportion de dégâts. Ce nouveau régime devrait se mettre en place à
partir de l'année prochaine.
La profession agricole partage cet objectif de
responsabilisation des locataires de chasse dans le coût de réparation des
dégâts. Néanmoins il faut encore
aller plus loin en imposant des tirs dans les zones à forte concentration de
sangliers. C'est dans ce but que des battues administratives ont été organisées
à la demande de la profession dans une quarantaine de communes du département au
cours de ce printemps. "Il est important de conserver ce moyen de pression
en s'assurant d'une meilleure efficacité encore dans l'organisation de ces
battues" a conclu Marc Moser.
Une majorité de chasseurs gère convenablement leur lot de
chasse. Il ne s'agit pas de les pénaliser mais de faire prendre conscience aux
chasseurs défaillant de la nécessité d'une gestion rigoureuse de la
chasse.
Joseph
Behr