Inondations en Centre-Alsace : les services de l’Etat s’engagent à soutenir les agriculteurs touchés

Retour Partager sur facebook Imprimer l'article
Envoyer l'article par e-mail

Envoyer cet article par mail

Fermer

250 signes(s) restant(s)

 

* champs obligatoires

Les crues de l'Ill et de ses affluents ont provoqué d’importantes inondations, catastrophiques à cette période de l'année. Les fourrages sont entièrement détruits et des tonnes de détritus se sont accumulés sur les parcelles. Les JA et la FDSEA du Bas-Rhin ont lancé une action syndicale le jeudi 7 mai pour obtenir des mesures rapides auprès des pouvoir publics afin de limiter l'impact de ces crues.

Afin de sensibiliser les élus et l’administration au problème de la gestion de l’Ill, les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA des cantons de Sélestat, Marckolsheim, Erstein et Benfeld ont organisé une conférence de presse sur une des nombreuses parcelles touchées par les inondations. Une délégation constituée de responsables agricoles des cantons concernés menée par Gérard Lorber, président FDSEA du canton de Sélestat, et Julien Koegler, secrétaire général de JA 67, a rencontré le sous-préfet de Sélestat-Erstein, Stéphane Chipponi. Ce dernier était accompagné de Florent Fever, chef du pôle hydrologie et risques naturels de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement d’Alsace (Dreal), et d’Isabelle Muquet, adjointe au chef du service agricole de la Direction départementale des territoires du Bas-Rhin (DDT).

Une crue inhabituelle en mai

La crue de l’Ill n’a jamais connu une telle intensité au mois de mai. « Les conséquences vont être fortes pour l’activité agricole, avec près de 3 000 hectares touchés. La moitié de ces surfaces sont des cultures et une partie des dégâts devrait être prise en compte par les assurances. Pour les 1 500 hectares de prairies, le constat est plus amer. La première coupe est compromise alors qu’elle représente les deux tiers de la récolte annuelle », explique Gérard Lorber.

La mise en place de prairies près des cours d’eau a longtemps été présentée comme la solution à la préservation des écosystèmes. Aujourd’hui, Gérard Lorber est convaincu que les prairies souffrent encore plus des inondations que les cultures. « Si les prairies doivent être une solution, alors, les pertes subies par les agriculteurs doivent être indemnisées ! À long terme, il faut prévoir un système d’indemnisation pour compenser le fait que nos terres soient une zone de stockage d’eau permettant de préserver les zones urbaines en aval ».

Le manque d’entretien des fossés crée des dommages

« La crue a eu lieu, il faut maintenant penser à l’évacuation des eaux. Cela passe avant tout par l’entretien des fossés, qui sont laissés à l’abandon depuis trente ans », explique Dominique Kretz, président FDSEA du canton d’Erstein.

Pour Gérard Lorber, il existe un autre problème. « Quand les agriculteurs, pour protéger leurs terres, prennent l’initiative de nettoyer ces fossés, ils se trouvent confrontés à l’Onema (Office national de l’eau et des milieux aquatiques) ». Pourtant, pour le sous-préfet Stéphane Chipponi, « l’entretien que fait l’agriculteur n’a pas à être verbalisé ». Il va donc se mettre en relation avec l’Onema pour faciliter la coopération avec les agriculteurs. En outre, les agriculteurs souhaitent pouvoir niveler localement leurs parcelles, après érosion, pour éviter les eaux stagnantes et favoriser l’évacuation de celles-ci.

À Sélestat, Denis Digel, représentant de la Cara, a engagé un travail de terrain en collaboration avec la Dreal, la mairie, l’Onema et les agriculteurs. Les différents acteurs se sont mis d’accord sur les travaux à conduire pour avoir un réseau de fossés efficace. « Cela permet de faire sauter certains bouchons et surtout, que les gens apprennent à se connaître ».

Stéphane Chipponi a salué cette initiative et souhaite généraliser cette pratique. Il a ainsi encouragé la Dreal à être moteur dans la mise en place de ce travail collaboratif.

La profession demande la reconnaissance en calamité agricole

Afin de permettre une indemnisation des dégâts dans les prairies, la profession agricole a demandé la reconnaissance en calamité agricole. Elle souhaite également le dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB) pour toutes les communes concernées par les inondations. Et contrairement à 2013, où les inondations avaient donné lieu à une procédure de classement individuel des exploitations, la profession agricole exige une simplification administrative des démarches. Comme le souligne Julien Koegler, « l’exploitant ne doit pas toujours avoir à se justifier sur les pertes engagées. L’administration doit être en mesure d’obtenir une cartographie des dégâts ».

La DDT s’est engagée à mener un travail de concert avec la profession pour quantifier globalement les dégâts par secteur, afin d’aboutir à un dégrèvement total de la commune. Le sous-préfet a quant à lui assuré qu’il allait personnellement intervenir auprès de la Direction générale des finances publiques pour accélérer les procédures d’expertise et d’exonération de la TFNB.

Pour ce qui est de la reconnaissance en calamité agricole, une mission d’enquête va être mise en place pour déterminer les pertes subies par les agriculteurs. La demande sera ensuite examinée par le ministère de l’Agriculture. Seules les cultures non assurables, c’est-à-dire l’herbe, sont concernées et la perte devra atteindre 25 % pour obtenir la reconnaissance.

Des mesures à prendre sur le long terme

Pour une gestion optimale de l’Ill, il paraît opportun qu’un interlocuteur unique s’occupe du cours d’eau, de la source jusqu’à l’aval. En outre, pour Denis Digel, « il est indispensable d’avoir une politique de gestion des eaux pluviales, devenues difficilement contrôlables suite à la forte urbanisation des territoires ». En effet, les crues de l’Ill correspondent de plus en plus aux fortes pluviométries, « il faut intégrer cela et minimiser ce risque ».

Le nouveau plan de prévention des risques d’inondation, géré par la Dreal, prend d’ailleurs en compte cette problématique, afin d’agir pour limiter le débit des eaux pluviales. « C’est un travail à long terme, des stratégies à six ans sont lancées par l’État », précise Florent Fever, chef du pôle hydrologie de la Dreal.

Par ailleurs, Julien Koegler suggère d'utiliser le polder d’Erstein pour réguler les crues de l’Ill, mais aussi de réfléchir à un nouveau système d’aide pour les zones vulnérables. « Surtout que les contrats MAE (mesures agroenvironnementales) signés en 2014 pour favoriser les systèmes fourragers ne sont toujours pas payés ! Les paiements doivent intervenir rapidement, car les trésoreries sont de plus en plus tendues et l’épisode d’inondation ne va pas aider ».

Enfin, la profession agricole demande la mise en place de mesures pour anticiper les crues afin de permettre aux agriculteurs d’optimiser leur travail et de limiter les pertes. Sur ce point, la sous-préfecture et la Dreal vont réfléchir au développement de l’outil « vigicrues.com » en instaurant un volet à destination des agriculteurs.

Un problème de taille reste sans réponse : « Que faire de l’herbe souillée par ces inondations ? » demande Claire Dutter, représentante Cara. En effet, les agriculteurs espèrent que l’eau va s’évacuer rapidement pour reprendre les travaux. « Un groupe de travail va être mis en place avec la Région, seule instance compétente dans la gestion de l’Ill, pour trouver une solution de valorisation de ces fourrages », a indiqué Gérard Lorber.

Pour le sous-préfet de Sélestat-Erstein, l’urgence est bien de mettre en place un système d’indemnisation des agriculteurs touchés par les inondations. Il a donc demandé à la DDT la mise en place du dégrèvement sur la TFNB et de la procédure des calamités agricoles. Rendez-vous est d’ores et déjà pris dans un mois pour faire le point sur l’avancement du dossier et permettre un soutien rapide aux agriculteurs.

aller plus loin

Les dernières publications :

événements

  • {0} - {1}

Du fourrage en quantité de qualité moindre

Du fourrage en quantité de qualité moindre

Toutes les émissions dans la médiathèque