Crise bovine: le ras-le-bol des éleveurs

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À l'initiative de la FNSEA, des Jeunes Agriculteurs et de la FNB, une vingtaine d’abattoirs a été bloquée dans toute la France par les éleveurs bovins pour attirer l'attention sur la gravité de leur situation. Dans le Grand Est, quatre sites ont été bloqués, à Metz, Verdun, Mirecourt et Vitry-le-François. Les éleveurs bas-rhinois se sont fortement mobilisés au côté de leurs collègues lorrains.

 

Alors qu’une réunion de crise s'est tenue mercredi en fin d'après-midi pour tenter de trouver une solution à la baisse des prix de la viande, la FNSEA avait prévenu depuis plusieurs jours que les abattoirs feraient l’objet de blocages pour protester contre la perte de rentabilité des élevages. Au total, plus de vingt sites ont été paralysés par les manifestants dans une dizaine de régions. Dans le Grand Est, les éleveurs bovins étaient à pied d'œuvre dès les premières heures, le lundi 15 juin, pour bloquer quatre sites : Metz (Moselle), Verdun (Meuse) et Vitry-le-François (Marne), exploités par le groupe Bigard, ainsi que Mirecourt (Vosges), exploité par Élivia, la filiale viande du groupe coopératif Terrena. Par ailleurs, l’abattoir de Holtzheim (groupe Copvial) et l’abattoir public de Haguenau ont arrêté l'abattage de bovins par solidarité avec les éleveurs et n'ont donc pas subi de blocage.

Ne plus être la seule variable d'ajustement

Dans le port de Metz, une quinzaine d'agricultrices et agriculteurs bas-rhinois se sont joints à leurs collègues lorrains pour bloquer l'entrée de l'abattoir du groupe Bigard. Arrivés très tôt lundi matin, ils ont installé un tracteur avec sa remorque devant les grilles d'entrée, un chapiteau, des bancs et des tables, mais aussi un barbecue. Car pour trois jours de mobilisation, le ravitaillement doit être à la hauteur… Les éleveurs des différents cantons se sont relayés, jour et nuit, pour empêcher les livraisons d'animaux vivants de pénétrer dans l'enceinte de l'abattoir, et les camions frigorifiques de repartir avec leur chargement de viande fraîche.

« C'est la deuxième action que nous organisons pour mettre la pression sur les industriels et les distributeurs. Elle se poursuivra au moins jusqu'à la deuxième table ronde avec le gouvernement et les acteurs de la filière viande, prévue mercredi en fin d'après-midi », explique Dominique Daul, vice-président de la FNB et responsable de la section viande de la FDSEA du Bas-Rhin, qui était présent lundi sur le site messin. « Concrètement, nous attendons des leviers d'action qui permettront une augmentation des prix pour les producteurs. » Un premier blocage avait déjà été organisé il y a un mois, à la veille d'une rencontre au ministère de l'Agriculture. « Il y a bien eu des déclarations d'intention mais sur le terrain, rien n’a changé. » C'est pourquoi les agriculteurs ont décidé de renouveler leur mouvement au moins jusqu’à l'issue de la nouvelle table ronde.

Depuis la fermeture du marché turc, le prix de la viande bovine est orienté à la baisse, quelle que soit la catégorie. « Le prix entrée abattoir stagne en dessous de 4 € pour les vaches R, indique Dominique Daul. Et pour les jeunes bovins, c'est encore pire, avec en prime une forte volatilité ! » Pour les éleveurs, cette situation ne peut plus durer. « Les prix sont inférieurs en moyenne de 60 centimes par kg carcasse au seuil indispensable pour la rémunération des éleveurs », indique un communiqué conjoint de la FNB, des Jeunes Agriculteurs et de la FNSEA, à l'initiative de cette mobilisation nationale. Dans ces conditions, pas question d'investir pour moderniser les exploitations. Pour eux, cette situation résulte d'un rapport de force déséquilibré entre l'amont et l'aval de la filière, qui fait de l'éleveur la seule variable d'ajustement. En 2014 déjà, les éleveurs détenaient le triste record des revenus les plus bas du secteur agricole. Vendre à perte, ce n'est plus possible.

Pourtant, souligne Dominique Daul, tous les indicateurs sont au vert dans la filière. « Un vrai boulevard est devant nous ! » La demande mondiale est bien présente, avec des prix rémunérateurs. En Europe, la France est l'un des seuls pays à disposer de la capacité à répondre à cette demande. D'autant que depuis le 15 mai, le statut sanitaire de la France a évolué : elle est désormais classée dans les « pays à risque négligeable » vis-à-vis de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), plus connue sous le nom de maladie de la vache folle. Ce statut - le meilleur possible pour cette maladie - ouvre de nouveaux marchés à l'export, notamment dans les pays asiatiques. Mais pour le vice-président de la FNB, les grands industriels français n'investissent pas suffisamment les marchés à l'export, alors que l'offre française est réellement compétitive : « Les prix de nos principaux concurrents n'ont jamais été aussi élevés ». Les éleveurs demandent aux pouvoirs publics d'accompagner les opérateurs français qui souhaitent exporter tant en vif qu'en viande.