A l'action!

Retour Partager sur facebook Imprimer l'article
Envoyer l'article par e-mail

Envoyer cet article par mail

Fermer

250 signes(s) restant(s)

 

* champs obligatoires

Dans une conjoncture morose, les exploitations bovines souffrent du contexte de prix actuels de la viande. Les éleveurs de viande bovine, excédés par la situation économique de leurs exploitations, se sont retrouvés lundi pour faire le point et organiser les blocages d'abattoirs et la rétention d'animaux pour la semaine à venir. À moins de 15 jours d'une nouvelle table ronde réunie par le ministre de l’Agriculture, Dominique Daul, vice-président de la FNB, liste les solutions pour un redressement durable de la situation économique des producteurs.

En secteur bovin viande quelle est la situation des éleveurs et le degré d’urgence ?
Le degré d’urgence est maximal. Les éleveurs ont fait les comptes de l’année passée, l’effondrement des EBE est considérable, pouvant atteindre 30 à 40 % dans bien des cas. Le revenu, déjà au plus bas structurellement, est réduit à de la subsistance. En trésorerie, nous sommes « au bout du système ». L’accumulation des dettes contractées auprès des fournisseurs et les emprunts à court terme négociés auprès des banques ne pourront être remboursés si rien ne bouge. Or, nous sommes déjà à la moitié de l’année 2015. Il manque 60 centimes d’euro par kg carcasse en moyenne par bovin pour rétablir l’équilibre avec les coûts de production. À ce jour, aucun signal positif n’est pourtant donné par l’aval. La montée des actions syndicales est l’expression d’une situation devenue intenable pour les éleveurs et leur famille. Une seconde année consécutive dans de telles conditions économiques n’est pas envisageable. C’est maintenant qu’il faut agir, ou nous allons vers des décisions drastiques sur les exploitations, avec notamment l’abandon de la production.

Comment en est-on arrivé là ?
Les coûts de production ont bondi de près de 50 % en 15 ans. Les éleveurs ont fait plus que leur part dans l’adaptation à ces conditions rigoureuses. Chaque éleveur a tiré ce qui était possible sur ses postes de coûts de production et sur l’amélioration du fonctionnement de l’exploitation, tout en ayant dû absorber de coûteuses mises aux normes. Globalement, les gains de productivité auxquels sont parvenus les producteurs se sont chiffrés à 2 % par an, avec hausse de la production de viande vive et réduction du nombre d’actifs. Ce qui grève irrémédiablement la rentabilité, c’est la stagnation des prix payés aux producteurs sur cette même période. Nous sommes au-delà du supportable désormais, tant au niveau de revenu que concernant l’équilibre de la vie sociale des producteurs, astreints à une charge de travail démultipliée.

Quant à l’aval, il a confortablement couvert ses propres coûts et a margé. Les GMS ont eu recours à l’inflation des prix vers les consommateurs (+ 62 % en 15 ans, de façon linéaire). Les abatteurs ont pressuré les éleveurs au lieu de procéder eux aussi aux efforts de modernisation nécessaires. Les organisations de producteurs ont pour certaines failli à leur mission première de se battre pour une meilleure valorisation de la production. Tout cela nous a conduits dans l’impasse terrible dans laquelle nous nous retrouvons aujourd’hui. Nous sommes à un tournant de l’histoire de cette production, à la fin d’une époque ! Il faut que les choses changent et en premier lieu, le comportement de l’aval, en respectant le producteur en tant que vrai partenaire économique au lieu de le considérer comme pourvoyeur de « minerai », selon la triste appellation qu’utilisent les entreprises.

Quelles sont les solutions à cette crise profonde ?
La FNB n’a pas varié des lignes définies depuis maintenant plus d’un an. Elle s’est battue pied à pied, dans le cadre interprofessionnel mais les lignes n’ont pas encore bougé. Un nouveau cap doit être passé. Ce constat est partagé par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, ce qui entraîne irrémédiablement une mobilisation de notre réseau syndical pour obtenir la mise en œuvre d’un plan d’ensemble. Concernant le marché national, la banalisation abusive du produit par l’aval aboutit à l’échec. Nous disposons d’une richesse majeure avec le plus grand cheptel européen, et des races allaitantes que nous envie le monde entier. Mais les entreprises de l’aval, abatteurs et GMS, se sont fourvoyées dans la logique du prix bas et des coûts bas (on pourrait même dire une stratégie de « coups bas »). Nous voici parvenus à la situation ubuesque de prix plus réduits en France qu’en Europe ! Les abatteurs portent une lourde responsabilité avec une logique industrielle axée sur la déflation, en cédant au quotidien à des GMS emportées dans leur course folle au « moins-disant ». La conséquence, c’est l’abaissement du niveau qualitatif détruisant la valeur d’un produit d’excellence et le travail des producteurs en amont.

Nous n’acceptons pas de voir le numéro 1 de l’abattage nous répondre devant le ministre, le 12 mai dernier, que les éleveurs « se mêlent de ce qui ne les regarde pas » avec l’implicite approbation de l’ensemble des autres groupes d’abattage français, aucun n’ayant contredit cette scandaleuse affirmation. Monsieur Bigard, les éleveurs « se mêlent » de leur revenu et de leur avenir, et plus globalement de l’avenir de la filière française, pour éviter une catastrophe annoncée. Elle se traduirait, faut-il le rappeler, par des pertes d’emploi en élevage comme dans l’ensemble des maillons de la filière et de ses fournisseurs. Sur le marché intérieur, une autre mesure est à prendre, il s’agit de la généralisation du logo Viande de France. Voila un an et demi que les engagements de l’apposer sur tous les produits ont été pris par les opérateurs devant trois ministres réunis. Aujourd’hui, ce n’est pas encore appliqué ! De qui se moque-t-on ? Nous avons pourtant l’opportunité de valoriser les viandes bovines françaises, allaitantes et laitières, en répondant par notre diversité de production à l’ensemble des débouchés.

L’export est-il compatible avec le marché intérieur ?
Bien entendu, et nous ne pouvons nous permettre de négliger tout segment porteur de débouchés. À l’export, nouveau constat d’incohérence des abatteurs. Quand admettront-ils enfin l’évidence, à savoir que le marché européen est en érosion et que les perspectives de croissance dynamique se trouvent sur les pays tiers ? Tous les voyants sont au vert pour le marché mondial, et la France vient de plus de retrouver un statut de « pays à risque négligeable ESB », qui va lui ouvrir d’autres destinations vers l’Asie. Alors certes, cela bouscule les habitudes et nécessite de se mobiliser pour conquérir ces marchés plutôt que chercher tous les lundis à livrer au moindre prix la GMS. Et il y a des aléas comme dans toute activité. Mais nous ne pouvons imaginer que les grands industriels de notre secteur ne sachent s’adapter à cette nouvelle donne de la mondialisation.

En conclusion, va-t-on vers l’épreuve de force ?
Certainement. Mais ce n’est pas faute d’avoir auparavant tiré le signal d’alarme et multiplié les propositions de dialogue. Nous vivons un temps d’accalmie avec la période des foins qui bat son plein. Pour autant, les éleveurs n’oublient pas les factures en instance, et ils gardent ce poids sur eux de ne pas disposer de perspectives, d’espoir. Comment conserver un élan, comment se projeter dans l’avenir, pour soi et sa famille, dans de telles conditions, et malgré la passion qui animent ces hommes et ses femmes ? Il faut que soient pris par l’aval, sous la responsabilité du ministre qui présidera cette table ronde prochainement, des engagements immédiats, fermes et tenus dans le temps, pour un indispensable redressement des cours et donc du revenu des producteurs de viande bovine. Aux éleveurs, qu’ils soient jeunes ou aînés, nous voulons porter ce message : prenez votre destin en main, tout de suite et collectivement. Personne d’autre ne le fera à votre place ! Par solidarité pour les éleveurs qui se mobilisent pour bloquer les abattoirs, nous demandons à tous de garder tous les animaux en ferme pendant toute la durée du blocage.

 

 

Une coopérative alsacienne solidaire

Les responsables professionnels de la coopérative Copvial sont conscients de la mauvaise conjoncture et des difficultés rencontrées par leurs collègues éleveurs. Ils soutiennent l’action menée par les dirigeants de la FNB, la FNSEA et les JA. Jean-Louis Siegrist, président de la coopérative, a annoncé « l’arrêt de la chaîne d’abattage de bovins du site de Holtzheim pendant toute la durée de l’action. »

 

 

Le groupement des Mousquetaires soutient les éleveurs porcins et bovins

Face à la grave crise que traversent actuellement les éleveurs bovins et porcins, le groupement des Mousquetaires, via son pôle agroalimentaire Agromousquetaires et son enseigne alimentaire Intermaché, s’engage à soutenir économiquement ces filières en augmentant ses prix d’achat. Alors que le cours du porc reste en dessous de 1,30 €/kg depuis plusieurs mois, Agromousquetaires souhaite agir sur le cadran en augmentant ses prix d’achat. Ainsi, Josselin Porc Abattage, sa toute dernière unité de production de porcs, augmentera ses prix d’achat au cadran de 5 cts/kg par semaine jusqu’à ce que le prix du porc au cadran atteigne un niveau proche de 1,40 €/kg.

Sur la filière bovine, Agromousquetaires, via sa filiale SVA Jean Rozé, soutiendra le troupeau allaitant français et les productions de jeunes bovins allaitants en augmentant également ses prix d’achat de 5 cts/kg par semaine. L’objectif est d’atteindre un niveau de prix rémunérateur pour les éleveurs. Les Mousquetaires s'engagent, dans le cadre de sa filière porc Louis d’Armel, à travailler à une contractualisation plus engageante pour réformer la relation entre éleveurs et distributeurs. Par cette initiative volontariste le groupement des Mousquetaires espère contribuer au redressement et à la pérennisation des productions agricoles françaises. Les Mousquetaires souhaitent ainsi provoquer une prise de conscience de l’ensemble des opérateurs industriels et distributeurs concernés.

événements

  • {0} - {1}

Du fourrage en quantité de qualité moindre

Du fourrage en quantité de qualité moindre

Toutes les émissions dans la médiathèque